‹ Royer-CollardChapitre 9 sur 26 · DANS LES CONSEILS DU PAHTI ROYALISTE · texte numérisé non relu

DANS LES CONSEILS DU PAHTI ROYALISTE

Gomme on le voit, Royer Gollard n'y allait pas de main morte avec les monarchistes qui n'étaient pas de sa nuance : c'est qu'il avait des idées, et non pas des passions comme les émigrés; c'est aussi qu'il se rendait compte par avance du cours qu'allaient prendre les événements. Sa lettre se terminait ainsi : « Gomme c'est la force des événements et des choses qui a produit et conduit la Révolution, c'est la même force qui peut seule l'arrêter ou la détruire. Tous les plans qui ne s'appuient pas sur cette force, qui n'ont pas pour unique objet de l'employer lorsqu'elle existera, ne sont que des intrigues impuissantes qui ne tarderont pas à devenir la pâture de la police et le scandale de l'opinion- Les vrais royalistes ne peuvent y prendre aucune part. ))

On ne pouvait prédire avec plus de sagacité tout ce qui allait arriver. Les intrigues, les correspondances, les complots se succédèrent, et la police du Gonsul y eut bientôt les yeux et la main. On vit d'abord éclater le complot de la machine infernale, dont les républicains payèrent les frais; et puis, peu de temps après, la conspiration de Georges et du général Pichegru, dans laquelle fut enveloppé l'illustre général Moreau. Ro3'er-Gollard avait grandement raison de ne point se compromettre avec ses amis dans ces inutiles et imprudentes aventures. Revenu à des idées plus exactes, Louis XMII voulut reconstituer son ancien Gonseil, et si la chose parut un instant possible, c'est grâce au secret qui avait été gardé. A ce Gonseil rétabli, le Prétendant crut devoir communiquer la réponse vraiment digne d'un roi

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de France qu'il adressa au premier Consul, lorsque celui-ci lui proposa de renoncer à ses droits et à ses espérances, en acceptant une position honorable. C'est Royer-Collard qui écrivit à Louis XVIII les sentiments de ses conseillers, et cette pièce lui fait le plus grand honneur, car elle montre dans tout son jour sa conception très personnelle de la restauration du trùne. C'est bien le droit héréditaire fondé sur la naissance, c'est le principe de la légitimité dont le roi et les Bourbons sont les dépositaires que Royer-Collard pose et développe dans cette lettre, en opposition avec le pouvoir électif dont Bonaparte, j^reraier consul de la République, était investi et qu il allait bientôt transformer en dictature impériale, nouvelle forme de la Révolution. Il félicitait hautement son prince d'avoir maintenu son droit : « On propose à Votre Majesté, lui disait-il, d'assurer à la France, autant qu'il est en elle, à la jilace du gouvernement monarchique héréditaire tempéré par des lois fondamentales, le gouvernement militaire électif sans limites et sans barrières. Avoir réduit la question à ces termes, c'est l'avoir résolue. Il s'agit en effet de prononcer entre le plus parfait et le pire des gouvernements : entre celui qui a fait la gloire de la France et celui qui a été la honte et le fléau de Rome; entre celui qui a donné à l'une soixante-dix monarques en treize siècles, et celui qui a donné à l'autre le même nombre de despotes en un siècle et demi; entre celui qui confond les intérêts de l'Etat et de son chef et celui qui les sépare; entre celui qui éteint les ambitions criminelles et celui ipii les allume dans le cœur des plus

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indignes; entre celui pour qui la guerre est presque toujours une calamité et celui pour qui elle est presque toujours une nécessité. » Ce langage, sauf quelques variantes, a été maintes fois repris par les princes, héritiers des prétentions monarchiques, et par les partisans, les publicistes et les docteurs d'une Restauration qui a toujours fui devant leurs yeux comme le plus décevant des mirages; mais ce n'est pas une raison d'oublier qui l'a tenu le premier, avec le plus de prévoyance et d'autorité. L'Empire de 1804 s'établit par voie plébiscitaire, comme s'étaient établis le consulat à vie et le consulat décennal. Les adversaires de la démocratie affectèrent de dire, dès ce temps-là, que le despotisme militaire est sa fin naturelle, sans vouloir reconnaître qu'il n'y a là qu'un sophisme qui ne saurait prévaloir sur le droit et la raison. Les dictatures ne sont que des usurpations, dont les principes de la démocratie et la République qui incarne et consacre ces principes supérieurs, ne peuvent être rendus responsables que par une criante injustice. Quoi qu'il en soit d'ailleurs, un nouveau gouvernement s'était établi qui allait, comprimant au dedans toute liberté et même toute pensée, enivrer la France de gloire militaire et la conduire par l'épuisement de ses forces jusqu'aux suprêmes désastres. La correspondance avec Louis XVIII cessa, le Conseil secret fut dissous spontanément par ses membres eux-mêmes, et Royer-Gollard rentra dans la vie privée où il faut maintenant le suivre.

KOYER-COLLAKD DANS SA FAMILLE

Aussitôt après le retour eu France de sou auii (^^uatremère de Oaincy, qui avait lieureusemcnl échappé à la proscription en se réfugiant en Allemagne et en Suisse, Royer-Collard était venu se fixer à Passy, où Quatremère possédait une maisou. afin de se trouver plus près de cet homme instruit et disert et de jouir de ses entretiens variés, charmants et solides. Quatremère était plus ardent royaliste que Royer-Collard, et il n'est guère douteux que, dans leurs conversations politiques, ces deux esprits tournant incessamment sur eux-mêmes, à la fois méditatifs et mécontents, ne se soient excités mutuellement à la haine et au mépris du temps où ils vivaient. La solitude en commun ne leur en plut que davantage; ils surent l'animer par le travail. Royer-Collard aimait à dire cjuil avait appris beaucoup dans le coirimerce de Quatremère. Cet

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