‹ Rubens et l'ećole d'AnversChapitre 24 sur 58 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Antres élèves de Rubens.

François Wouters. — Tableaux qui nous restent de lui. — Ferdinand II rappelle en Allemagne. — Il va ensuite habiter l'Angleterre. — Style de ses paysages. — Déodat van der Mont, communément appelé Delmonte.— Curieux certificat que lui donne Rubens. — Sa biographie et sa mort. — Presque toutes ses œuvres ont disparu. — Gérard van Herp. — Magnifiques tableaux peints par lui. — Jean Thomas, Mathieu van den Berg, Nicolas van der Horst, Samuel Hofman, Moeremans, Jean van Stok, NicOLAÏ. — Victor Wolfvoet, nommé par ignorance Jean Victoor ou Fictoor. — Nécessité de faire des recherches à Vienne.

Ce fut encore un bon paysagiste que François Wouters : il obtint pendant sa vie de brillants succès. Né en 1614 , dans la petite ville de Lierre , il apprit les éléments de son art chez un peintre médiocre : mais aussitôt qu'il eut senti le charme et entrevu les difficultés de sa tâche , il voulut prendre un guide plus sur. Rubens l'accepta pour élève et lui montra comment on assouplit ses lignes, comment on donne à sa couleur une harmonieuse magniticence. Il réussit également bien dans la figure et dans le paysage , en sorte qu'il put lui-même placer des acteurs parmi les sites qu'il représentait. Le musée de Cas-

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sel renferme deux œuvres de sa main, qui dénotent une imagination poétique. La première retrace im paysage éclairé par la lune. Au milieu , sur un pont de bois jeté en travers d'un ruisseau, cliemine un villageois qui porte une longue perche appuyée contre son épaule : une femme et un enfant marchent derrière lui. A gauche, on aperçoit un groupe de maisons , sans doute le hameau qu'ils habitent. Trois individus, qui occupent le premier plan, paraissent deviser ensemble aux rayons de l'astre mélancolique. Le second tableau a pour motif un sujet analogue. La Unie, dont le disque effleure presque l'horizon, argenté de sa lumière une tranquille perspective. Sur une éminence voisine du spectateur se tiennent trois hommes, l'un desquels pèche à la ligne. Plusieurs barques sont éparpillées le long de la rivière. A gauche, s'entremêlent des arbres et des cabanes, que la pâle déesse illumine de ses regards. A droite , on découvre au loin un village endormi dans le calme et la fraîcheur des nuits.

François VVouters aimait à décorer ses paysages de femmes nues, qu'il exécutait admirablement ^ Son goût pour ces attrayantes figurines et son habile manière de les peindre allument même le courroux du vertueux Papebroeck. « Il empruntait souvent des motifs aux poètes, dit-il, représentait Vénus toute nue avec Adonis, Diane surprise par Actéon et autres obscénités de même espèce ; il y déployait d'ailleurs un si grand talent qu'on le jugeait l'égal de son condisciple Van Dyck et qu'on le regardait comme s'étant aussi bien approprié la somptueuse couleur du Titien^. »

1 Campo Weyerman, t. I", p. 319.

2 Plurinia T^imït arp^umento ex poetis desurapto, niidas scilicetenm Ado-

Il faut classer Wouters parmi les peintres flamands qui durent aux étrangers leur fortune et presque toute leur gloire. Ses tableaux l'ayant fait connaitre en divers pays de l'Europe, l'empereur Ferdinand II l'attira près de lui , le reçut de la manière la plus affable et le nomma son peintre officiel ^ Parla suite, il lui permit d'accompagner son ambassadeur dans la Grande-Bretagne. Mais celui-ci étant mort durant l'année lf)*]7, François Wouters quitta le service de l'empereur pour celui du prince de Galles , qui devait être un jour roi d'Angleterre sous le nom de Charles II : l'artiste devint son chambellan ~. Le futur monarque avait dès lors les goûts licencieux qu'il porta sur le trône , car ce fut à sa demande (jue l'habile coloriste exécuta une foule de scènes un peu lestes.

La révolution d'Angleterre allait changer les préoccupations de la famille royale. La violence des luttes religieuses mit tous les catholiques dans une [)Osition difficile et inquiétante. Wouters eifrayé quitta l'île orageuse, où la persécution pouvait s'attaquer à lui. Comme un enfant qui cherche la sécurité près de sa mère, quand un péril h) menace , le peintre se retira d'abord dans sa ville natale. Mais il retourna promptement à Anvers et fut nommé doyen de l'académie en 16 i8. Il mourut onzo ans après d'une manière assez mystérieuse. Descamps

nide Vénères, deprehensamque ah Aciœone Dianara, sirailesqiie spurcitia'?, ea arte ut condiscipulum saura Van Dyck aequare putaretur et, ioqne ac ille, Titiani nitore proximè assequi. Annales antverpicnscs, t. V, p. 161.

* Papcbrochius, t. V, p. 160. — Houbraken, t. II, p. 18.

2 La date assignée par tous les auteurs à ce changement de condition, me fait douter que Wouters ait vu le jour en 1614, comme on radiuet généralement. D'après cette donnée, il n'aurait eu que vingt-trois ans lorsque mourut l'ambassadeur d'Autriche. Si jeune encore, pouvait-il s'être fait une brillante réputation, avoir séjourné à Vienne et en Angleterre? Quel âge avait-il donc lorsque Ferdinand TI s'éprit de son talent

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rapporte qu'il fut tué d'un coup de pistolet , sans qu'on ait jamais [)u savoir qui avait tiré sur lui. Papebroeck déclare ignorer la cause de son décès Suivant luimerzeel, ses paysages ont un coloris agréable, mais se distinguent surtout par l'exf'ellence de la perspective aérienne : ils sembl(^nt profonds et spacieux counne nne campagne véritable. Wouters a peint aussi d(î grands ouvrages, qui sont moins estimés. La couleur en est souvent lourde, dit-on, et il y régne des teintes jaunalres(jui ne cliarment point la vue.

Voilà tout ce qu'on peut dire du talent de ce paysagiste. Que sont devenus ses tableaux? Nul ne le sait'^ Abstraction faite de ceux que j'ai décrits plus haut, je n'en ai pas vu un seul mentionné dans les catalogues des galeries et colleclions européeimes. On en retrouverait sans doute , si on fouillait avec soin les cabinets des amateurs, si on allait voir palieunnent les expositions qui précèdent les ventes publiques. Mais que de temps , que de persévérance il faudrait pour obtenir quelques résultats ! Que de fonds dévorerait cette lente et pénible recherche !

Déodat van der Mont , ([ui, ayant fait un long séjour en Italie, donna une forme italienne à son nom, si bien qu'on l'appelle encore Del Monte ouDelmonte^ eut pour lieu de

1 « A. G. MDCLIX. Sub idem terapus, nescio an ex eadem causa (peste), obiit celebris valdePictor Franciscus Wouters, Rubenii discipulus. » Annales antverpienses , loc. cit. On trouve dans les volumes de Descamps plusieurs faits que ne relatent pas les historiens originaux et dont il devait sans doute la connaissance à des manuscrits ou à des traditions verbales, éteintes depuis lors. On a constaté, par exemple, qu'il fit usage d'un travail manuscrit, intitulé : Beschryving der Kerken van Antwerpen door den Kunstschilder Jacohus de Witte. La bibliothèque de Bourgogne possède maintenant cet ouvrage, auquel un nommé IMols a joint des notes.

2 On en voyait un jadis, à Paris, chez le comte de Vence, qui représentait la mort de Sénèque et portait la date de 1652.

3 Son véritable nom, Van der Mont, se trouve dans les Annales anver-

DÉODAT VAN DER MONT. i%Z

naissance la ville de Saint-ïrond , dans le duché de Lim- 1)0 urg. Michel le déclare né à Anvers , mais il y fait naître tous les hommes célèbres. Déodat était d'une bonne famille et vit le jour en 1581. Son heureuse intelligence lui permit de recevoir une brillante éducation : la plupart des sciences lui devinrent familières , la géométrie et l'astronomie spécialement, ce qui ne l'empêcha point d'étudier les beaux-arts , mais surtout la peinture , et d'y réussir. Il fut reçu franc-maître de l'académie de Saint- Luc en 1009, et l'article du Liggere le désigne comme iils de maître. Il est donc manifeste que son père exerçait un art quelconque. En KilO , il eut lui-même pour élève un nommé Thomas Morren. Ses talents et ses connaissances le firent rechercher par le duc de Neubourg, qui l'attira dans son château , l'y garda longtemps et lui donna des lettres de noblesse Il était à la fois son peintre et son architecte principal. Le mérite de Déodat lui valut aussi l'honneur d'être employé tout jeune par le roi d'Espagne, comme ingénieur militaire ; le monarque le récompensa généreusement et lui accorda plusieurs privilèges. On ne manqua point de les lui contester par la suite ; mais alors Phdippe IV, prenant lui-même sa défense, écrivit à son frète don Ferdinand, gouverneur des Pays-Bas , pour lui intimer l'ordre de rétablir Van der Mont dans ses fran-

soises de Papebroeck et dans le cerlificat de Rubens, que nous donnons plus bas. Le Liggere l'appelle Deodati van Dermonde; Cornille de Bie et, lloubraken, par une sorte de compromis, Deodatus del Mont, mêlant de la sorte le latin, l'italien et le flamand. Canipo Weyerman écrit : Deodaal del Mont.

' M. de Laet a eu tort, par conséquent, de dire qu'il était noble de naissance ; celte erreur vient de Campo Weyerman, qui a mal compris Houbraken et trompé Descamps. Le texte de Cornille de Bie ne laisse aucun doute à cet égard. Le catalogue du musée d'Anvers renferme d'autres méprises plus ou moins graves, que nous avons rectifiées au fur et à mesure, sans avertir le lecteur.

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