NICOLAS VAN DER HORST
François en adoration devant le petit Jésus, que tient sa mère. C'est une copie d'après son chef d'atelier.
Nicolas van derHorst, peintre d'histoire et de portraits, a laissé moins de souvenirs encore. Né en 1598, à Anvers, il prit chez Rubens l'habitude de ce grand style, qui fait tant d'honneur au maître et aux élèves. Quand il se sentit capable de travailler seul, le désir de voir le monde lui mit en main le bâton du voyageur. L'Allemagne, la France, l'Italie devinrent l'une après l'autre le but de ses pérégrinations. Il séjournait dans les villes principales, et les tableaux qu'il exécutait alors lui acquirent une grande renommée. Elle le précéda comme une éloquente messagère, quand il voulut regagner son pays. Des motifs que l'on ne connaît pas, le déterminèrent à choisir Bruxelles pour lieu de résidence : il obtint les bonnes grâces de l'archiduc Albert, qui le nomma un des chefs de sa garde. Quoiqu'il semble étrange de voir un artiste remplir des fonctions militaires, il conserva ce poste même après la mort du souverain espagnol et ne cessa de l'occuper qu'en finissant de vivre. Comme ces places sont d'ailleurs de véritables sinécures, il put exercer librement son crayon et son pinceau. La tradition nous apprend que c'était un peintre habile, mais les libraires et graveurs lui demandèrent tant de dessins qu'il négligea souvent la palette. Les amateurs recherchaient jadis ces modèles, qui plaisaient en même temps par leur finesse et par leur correction. M. Winckler possédait trois gravures d'après Nicolas van der Horst : l'une représentait le corps du Sauveur, descendu de croix et entouré des saintes femmes qui le pleuraient ; les deux autres ne retracent que les monuments funèbres de Jean-Baptiste Tasse, père et fils.
438 SAMUEL HOFMAN.
La gloire do Riibens, propagée dans toute l'Europe, lui attira un élève du fond de la Suisse. Les esprits distingués semblaient accourir vers cette grande lumière, comme les oiseaux de passage volent, à la fin de l'automne, vers les climats où brille éternellement le soleil. Zuricb avait vu naître Samuel Hofmanen 1592 K II dessinait déjà Irès-bien, lorsqu'il résolut d'aller se mettre sous la tutelle de Pierre-Paul . Les leçons du grand liomme lui profitèrent et il devint un peintre liabile. Son intérêt lui conseillant alors de ne pas rester près d'un artiste fameux, qui absorbait toutes les commandes et toute Tattention, il quitta x\nvers pour Amsterdam. Il y peignit des jmrtraits aussi bien que des morceaux d'iiistoire, et se maria en 1628. Quelque temps après, l'amour de la patrie, le souvenir de ses belles montagnes lui inspirèrent le désir de retourner sur les bords du lac, où il avait joué pendant son enfance. Il exécuta parmi ses concitoyens des travaux qui lui firent beaucoup d'bonneur : le duc de Milan voulut posséder plusieurs tableaux de sa main. Il finit cependant par aller s'établir à Francfort et semble y avoir été très-bien reçu, car on lui demanda une grande composition pour l'hôtel de ville. Mais la goutte le tourmenta de bonne heure et termina ses jours en 1640. N'étant plus retenue loin du Zuyderzée, sa veuve retourna dans la ville d'Amsterdam, où ses deux filles cultivèrent aussi la peinture et montrèrent du talent. On voit de Samuel Hofman dans l'Institut Stœdel, à Francfort-
» Campo Weyerman dit qu'il était le fils d'un ministre du saint Évangile, was een pharheers zoon. Le mot pharheer, qui n'est ni flamand ni hollandais, a embarrassé Descamps et il ne l'a pas traduit. Mais on ne peut y voir qu'une corruption du substantif allemand pfarrer, curé,; pasteur; Campo Weyerman l'a employé avec une intention de couleur locale.
PENNEMAECKERS. 439
sur-le-Mein, le portrait d'une dame habillée en noir.
Il ne nous reste que de vagues indications sur Moeremans, Jean van Stok, Nicolai et Pennemaeckers, formant, pour ainsi dire, Farrière-garde de l'école. Moeremans se trouve cité dans le testament de Rubens ; Jean van Stok, d'Anvers, et Ve frère Nicolai, jésuite, sont mentionnés par M. Bogaerts S sans doute d'après une tradition orale, qui les fait élèves du grand coloriste. On voyait, dit-on, chez les jésuites de Namur, quelques tableaux du dernier, retraçant la vie et les miracles du Sauveur. Pennemaeckers figure dans le catalogue du musée d'Anvers, un morceau qu'on lui attribue ornant cette collection. Il représente le Christ qui monte au ciel, devant sa mère, saint Jean, saint Pierre et d'autres disciples. Le personnage principal, le Fils de l'homme, constate la descendance morale de l'artiste. Comme dessin, couleur, expression, il rappelle tout à fait la manière de Rubens; ajoutons qu'il mérite, sous ces divers rapports, les éloges des connaisseurs. Sa tournure et ses traits ont néanmoins quelque chose de sauvage. La tête de la Vierge et la tête de saint Jean ne laissent presque rien à désirer, mais on prendrait saint Pierre pour un gros moine bien repu , qui sort du réfectoire, l'œil animé par des libations plus ou moins abondantes. Les étoffes sont drapées avec une certaine gaucherie et n'ont point la splendeur qu'aime à leur donner l'école d'Anvers. Les autres parties du tableau ne fixent pas longtemps les regards. Les personnages se détachent sur un fond clair, sec et froid, autre déviation des habitudes flamandes.
* Esquisse d'une histoire des Arts en Belgique, depuis \ G ^kO jusqu'en 4840, page, 45.
440 VICTOR VVOLFVOET.
Pennemaeckers était frère dans J 'ordre des Récollets ou Minimes : Y Ascension ornait la chapelle de Saint- Didace , qui faisait partie de l'église où ces religieux célébraient l'office divin. Elle surmontait l'épitaplie de Juste Canis, mort en lOfi^ , et doit par conséquent avoir été peinte vers cette époque ^
Michel énumère parmi les disciples de Pierre-Paul un certain Jean Victor, que d'autres ont nommé Victoor et Fictoor. Ilouhraken, Weyerman, Van Gool et Descamps ne le citent même pas. Oubli singulier, commis au préjudice d'un peintre si habile. Pilkington le fait vivre entre les années 1600 et 1G70, mais Pilkington ne doutait de rien. Michel le croit natif d'Anvers, Immerzeel pense qu'il avait vu le jour en Hollande et pris les leçons de Rembrandt. Son véritable nom, d'après M. Van der Straclen, qui a eu entre les mains une foule de documents précieux, est Victor Wolfvoet. Il étudia réellement chez Pierre-Paul, mais semble avoir été plus tard influencé par le génie de Rembrandt. Sa manière a des affinités avec le style de ces deux grands maîtres, ce qui explique la dissidence des opinions. Wolfvoet transportait en partie dans les scènes de genre les grandes formes de Rubens, quoiqu'il aimât les sujets calmes, et sa couleur rappelle à certains égards celle de Rembrandt. Le Louvre possède deux tableaux de sa main. La Jeune fille tirant la chaîne de son volet pour le fermer est une œuvre exquise. On y trouve, dans les proportions habituelles de la nature, les fines qualités de Metzu. La force, la beauté, l'harmonie de la couleur méritent des éloges sans restriction. La tête est modelée avec une
* Catalogue du musée d'Anvers. — Notice sur ce catalogue, par M. Van Lerius, p. 51.
VICTOR WOLFVOET. 441
rare délicatesse. L'autre toile, Isaac bénissant Jacob, excite l'admiratioii la plus vive. On ne saurait croire combien est belle la figure du patriarcbe, qui se tient sur son séant, habillé d'un costume splendide et portant un bonnet garni de fourrures blanches. Son fils s'agenouille devant lui d'un air naïf. Rebecca debout, un doigt sur ses lèvres, a la tournure et les traits d'une commère flamande. De volumineux rideaux entourent le lit, et une échappée de vue laisse découvrir, dans une salle immense, Esait revenant de la chasse.
La Visitation de Wolfvoet \ que possède l'église Saint- Jacques d'Anvers, appartient surtout à l'école de Rubens. L'imitation de Pierre-Paul s'y trahit d'une façon évidente ; mais le clair-obscur est plus fortement accusé, le coloris plus doux, plus moelleux, moins brillant que sur les toiles du maître. Le type de la Vierge semble un emprunt fait au grand dessinateur flamand. On remarque d'ailleurs dans ce tableau une circonstance iimsitée. Sainte Elisabeth, fléchissant le genou, s'incline sur le ventre de Marie, qu'elle touche de l'index de sa main gauche, avec un sentiment de vénération, comme si elle lui disait : « C'est là que le fils de Dieu se prépare à sauver le monde. » La Vierge appuie sa main droite sur l'épaule de la matrone, dans une attitude familière. Saint Joseph et saint Joachim, peints de couleurs très-sombres, se tiennent derrière les Juives prédestinées, qu'ils font ressortir. Deux petits anges, les mains pleines de fleurs, voltigent gaiement au-dessus des personnages. Ce tableau, du reste, n'a pas la même valeur que ceux de Paris.
* Prononcez Omlffout,
442 VICTOR WOLFVOET.
Voilà tous les renseignements que j'ai pu glaner sur les élèves secondaires de Rubens. Comme un bon nombre d'entre eux ont été appelés à Vienne par les empereurs d'Allemagne, que plusieurs y sont morts, on trouverait sans doute de précieux documents, si on fouillait les archives de la maison d'Autriche. Un jour ou l'autre, un homme patient et laborieux entreprendra de lire ces vieilles annales, secouera la poussière dont le temps les enveloppe. Il ne faudrait pas cependant que cet investigateur tardât trop à commencer ses recherches : les toiles périssent, les insectes rongent les parchemins, les empires s'écroulent. Dans un petit nombre d'années peutêtre, le fleuve éternel qui emporte l'homme et ses ouvrages, les monuments et les nations, aura balayé ces dernières traces d'une puissante école.
Quelques élèves de Rubens, après avoir manié le pinceau et tenu la palette , aimèreii^ mieux faire usage du burin : nous les avons réservés rour le dernier chapitre de ce volume.