SAIIST AMBROISE ET THÉODOSE
(Vienne.)
RUBENS. sa
L'archiduc avait mis à la disposition de Tartiste une vaste salie du palais de Bruxelles pour y peindre les sujets de grande dimension. C'est là qu'il exécute le retable de la chapelle ducale. Ce travail achevé, la confrérie de Saint-Ildefonse, dont Albert est le chef, envoie, d'accord avec ce dernier, une bourse pleine d'or à Rubens qui ta refuse, disant qu'il se trouve suffisamment récompensé par la satisfaction qu'on lui a montrée de son travail. Toutefois, il accepte une œuvre de joaillerie, exécutée par Robert Staes sur Tordre du souverain, et il est nommé, le 23 septembre, moins d'un an après sa rentrée, peintre officiel de la cour, avec autorisation de résider h Anvers, et exemption d'impôts.
Rubens acheva de s'établir chez lui, dans sa ville, en se mariant. Il avait rencontré, chez son frère Philippe, une nièce de la femme de celui-ci, Isabelle Brandt, âgée de dix-huit ans, fille de Jean Brandt, secrétaire de la régence. Rubens aima Isabelle et l'épousa.
Le mariage eut lieu le 3 octobre 1609^ à cette même église Saint-Michel où dormait pour toujours Marie Pypelincx.
Dès lors, une vie nouvelle commence pour Rubens. Le présent lui sourit, l'avenir s'annonce radieux. La ville d'Anvers redevenue prospère à la suite de la trêve conclue avec la Hollande, les commandes affluent, la renommée du peintre grandit. La ville lui off*re une coupe d'argent. La société anversoise tient à honneur de recevoir les nouveaux époux. Plus de cent élèves se présentent sans
pouvoir trouver place à l'atelier du maître à la mode» Le ménage Rubens doit quitter Tappartement qu'il occupe dans la maison de Jean Brandt. Le 4 janvier 1611 est acquis pour 7 600 florins un hôtel que Rubens fait <3n partie démolir et reconstruire sur ses propres plans. Il était situé sur le Wapper, rue qui est aujourd'hui la rue Rubens. Dans le grand jardin, l'artiste construisit une vaste rotonde éclairée par un dôme de verre, du goût de la Renaissance italienne, où il plaça sa collection d'œuvres d'art et exposa ses tableaux. Cette construction était reliée BU corps de logis par un portique à trois voûtes. Rubens consacra 60 000 florins (environ 150 000 francs) à son installation, et la dépense ne semble pas avoir pesé lourdement sur ses ressources, puisqu'il a été constaté qu'à cette époque il gagnait plus de 30 000 florins par an. De toute façon, pour l'aisance et la dignité de la vie, il n'avait pas à regretter la cour de Mantoue.
Cette même année 1611, le 28 août, son frère Philippe mourut. Il eut de cette disparition un profond chagrin et le manifesta, selon la coutume, par de splendides funérailles, puis par la construction d'un monument surmonté d'un portrait du défunt, qu'il fit placer auprès du tombeau de leur mère.
Dès que son installation fut achevée, Rubens régla sa vie et celle des siens d'après les convenances du temps et l'esprit de méthode qui était en lui. Ses biographes racontent qu'il assistait chaque matin à la messe, non par piété réelle , — il était plutôt sceptique , — mais pour imiter la
bonne société et le monde des fonctionnaires, et obéir aux usages. Il se mettait ensuite au travail, qu'il abandonnait une heure avant le repas de midi pour prendre quelque distraction. Il mangeait peu, reprenait sa palette en sortant de table, se faisait lire, durant qu'il travaillait, des ouvrages nouveaux et anciens, des pages des philosophes, de l'antiquité, Sénèque, Plutarque, Platon, puis allait faire une promenade à cheval dans les environs, pendant la belle saison. L'hiver, ou lorsque le temps était mauvais,, il restait dans sa maison, jouant avec son fils Albert, dont l'archiduc avait voulu être le parrain, allait visiter ses amis ou les recevait dans sa rotonde. Il entretenait desrelations suivies avec les peintres Johann Breughel, qu'il avait connu en Italie, et Paul Bril ; le bourgmestre Nicolas Rockox; le secrétaire de la commune, numismate distingué, Gaspard Gevaerts, son neveu ; l'imprimeur Balthazar Plantin. Au dehors, il suivit bientôt une correspondance avec certains personnages de marque : le cardinal de Richelieu, le duc de Buckingham, le comte Guzman Olivarès, ministre d'Espagne, Fabri de Peiresc, conseiller au Parlement d'Aix, surnommé le « procureur général de la littérature ».
Il passait une partie de l'été dans un château qu'il acquit aux environs d'Elewyt, entre Matines et Vilvorde^ mais il n'y demeurait pas inactif. Il trouvait dans la région, plus accidentée que celle d'Anvers, des motifs de paysage étendus et pittoresques.
A Anvers, il fit partie de plusieurs associations, notam-
ment de la « Gilde des Romanistes », dont il fut éludovenlo 1"" juillet 1613. On aimait à se l'attacher, chaque élection étant marquée par le don d'une œuvre d'art. A l'occasion de sa nomination comme doyen, Rubens fit exécuter une messe en musique, donna un banquet chez lui et fit présent à la Gilde de deux toiles représentant saint Pierre et saint Paul, ses patrons.
Ce qui devait arriver arriva. Rubens, bientôt, ne put suffire à ses travaux. Il dut en céder une partie à des confrères, puis se décider à faire ébaucher ses tableaux par des élèves après qu'il les avait esquissés. Des morceaux accessoires furent parfois achevés entièrement par les collaborateurs de Rubens. Des animaux, des fleurs, des fruits ont été peints par Snyders, des paysages par Lucas Van Uden.