MARIAGE AVEC ISABELLE BRANDT
Le 26 octobre 1608, Pierre-Paul reçoit d'Anvers une lettre lui annonçant que sa mère est atteinte d'une maladie grave. Qu'il fasse diligence pour la revoir. Peut-être
respérance de son retour donnera-t-clle un sursaut de vie à la malade.
Gonzague est alors à Fontainebleau, d'où il entend partir pour Marseille, avec rentrée par Gênes. Impossible de le prévenir et d'attendre sa réponse. Rubens s'adresse donc simplement à Ghieppio. Le 28, au moment de monter à cheval, il lui écrit que son départ est déterminé « par des nouvelles très fâcheuses » de la santé de sa mère : (( Elle est tellement malade d'un asthme que, si l'on considère son âge de soixante-douze ans, on ne peut espérer d'autre issue que la fin commune à tous les hommes... Je supplie Votre Seigneurie illustrissime de vouloir bien apprendre mon malheur à Mme Sérénissime et m'excuser auprès d'elle si, pour gagner du temps afin de rejoindre le Sérénissime duc, je ne me rends pas d'abord à Mantoue, mais prends le plus court chemin en toute diligence. »
Un changement brusque de température avait déjà emporté Marie Pypelincx : elle était morte au moment où son fils recevait la nouvelle de sa maladie. Lorsque, après une absence de près de neuf ans, Rubens rentra à Anvers, il ne put qu'aller pleurer, à l'abbaye de Saint-Michel, sur la tombe de la mère si héroïque et si tendre qui n'avait pas eu la joie suprême de revoir son fils bienaimé.
Dans sa lettre à Ghieppio du 28 octobre, Rubens disait aussi : « De mon retour je ne dirai rien autre chose, sinon que j'obéirai toujours à toutes les volontés de mon Sérénissime Patron, et m'y conformerai comme à une
loi inviolable, en tout lieu et en tout temps. » C'était exagéré, mais Rubens, en somme, subordonnait son retour à un désir éventuel du duc. Celui-ci restant coi, le peintre ne croit pas devoir, de son chef, retourner à Mantoue. 11 demeure pendant quelque temps dans le voisinage du monastère où reposent les restes de sa mère, lui élève un monument dont il compose Fépitaphe, fait des visites à ses parents, à ses amis, à ses anciens maîtres. Otho van Veen, promu peintre officiel de l'archiduc Albert, mande son ancien élève à Bruxelles, le présente au souverain qui lui fait un accueil auquel Gonzague ne l'avait pas habitué. Il l'interroge sur toutes choses qu'il a vues, sur ses travaux, la mission qu'il aremplie, ses voyages et, pour le garder dans les Pays-Bas, lui fait sur-le-champ la commande de son portrait, de celui de l'infante Isabelle, et aussi d'une Sainte Famille pour la chapelle du palais.
Ces bons procédés et les instances de ses parents font que Rubens se fixe à Anvers, oîi son frère occupe le poste de secrétaire de la ville et peut lui aplanir les premières difficultés d'établissement.
L'exemple du souverain est suivi. Les travaux ne tardent pas à venir dans la petite maison de Klooster- Straat, où Pierre-Paul a repris sa place. La congrégation des Lettres, fondée par Albert, lui demande une Visitation de la Vie?ye pour sa chapelle. Il peint, pour la chambre des États à l'hôtel de ville, une Adoration des Mages qui lui est payée 1 800 florins, puis la Dispute du saint sacrement pour l'église des Dominicains.
Cliché Hanfstaengl.