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XI. MALADIE, MORT, OBSÈQUES ET VENTE

L'infante morte, le roi d'Espagne confie à son frère ■ Ferdinand le gouvernement des Pays-Bas, et, au début de 1635, le successeur d'Albert et d Isabelle ayant décidé un voyage à Anvers, la municipalité et les habitants organisent un programme de fêtes dont la partie décorative est confiée à Rubens. Il s'agit des arcs de triomphe que l'on veut dresser pour le régent. L'artiste fait on/e dessins, qui sont fort admirés, mais il est atteint d'un accès de goutte et ne peut assister à la cérémonie. Ferdinand vient le visiter et le complimenter, et lui commande son portrait, ainsi qu'une série de tableaux historiques pour le roi d'Espagne.

C'est le moment critique pour Rubens. La maladie s'abat sur lui. Les accès de goutte se succèdent avec rapidité pendant les années qui suivent. Sa main garde sa sûreté, son dessin est d'une perfection mouvementée et frémissante, sa couleur est délicieusement fleurie. Les portraits de sa femme et de ses enfants qu'il fait h cette époque le montrent en travail et en progrès constants, respectueux, amoureux et avide devant la nature. Mais, hélas! son caractère se modifie, la mélancolie l'envahit. Lui, l'homme équilibré, tout de douceur ferme et de sérénité, il connaît la tristesse de quitter ce qui a été son bonheur, cet univers qui l'entoure, cette lumière, ces paysages, et les aspects, les apparitions des

choses et des êtres. Et cette Hélène si charmante, si savoureuse, en laquelle se résument toutes les beautés de la vie, l'éclat de la lumière, la splendeur de la chair! Cette Hélène, douceur et volupté de vivre, que deviendrat-elle après lui? Toutes ces pensées de l'homme qui voit son déclin assombrissent l'âme paisible, le clair esprit de Rubens. On n'a pas prouvé pourtant qu'il y ait eu, chez lui, jalousie des succès des autres, et qu'il ait ravi une commande à Jordaëns. Le grand artiste n'aurait jamais commis une telle indélicatesse. Môme l'organisme troublé par la souffrance, cet homme d'une si belle élévation de caractère, dont tout le monde proclamait le désintéressement, la générosité, cet homme ne se laissa pas dévorer tout entier par le mal. Il se garda avec sa bonté, sa faculté d'admiration. Je n'en veux pour preuve que la lettre écrite par lui, le 17 avril 1640, au sculpteur Duquesnoy, dit François Flamand, qui lui avait envoyé de Rome un souvenir. Après l'avoir remercié et avoir loué ses œuvres, il dit : <( Si mon âge et la goutte funeste qui me dévore ne me retenaient ici, je partirais à l'instant et irais admirer de mes yeux des choses si dignes d'admiration. Mais, puisque je ne puis me procurer cette satisfaction, j'espère du moins avoir celle de vous revoir incessamment parmi nous, et je ne doute pas que notre chère patrie ne se glorifie un jour des ouvrages dont vous l'aurez ornée. Plaise au ciel que cela arrive avant que la mort, qui va bientôt me fermer les yeux pour jamais, me prive du plaisir inexprimable de contempler les merveilles qu'exécute

cette main habile, que je baise du plus profond de mon cœur. »

Le 27 mai suivant, Pierre-Paul Rubens rédige son testament avec l'aide du notaire Toussaint Gayot. Il désire que l'on consulte François Snyders, Jean Wildens et Jacques Mœremans pour la vente de ses tableaux et de ses collections. Il recommande que les portraits de famille soient partagés entre les enfants qu'il a eus de ses deux femmes. Un tableau, la Petite Pelisse^ est spécialement légué à Hélène Fourment. Ses dessins iront à celui de ses fils qui voudra se faire peintre, ou à l'une de ses filles si celle-ci se marie à un artiste ; faute de quoi ils seront vendus.

Deux jours après, le 29 mai, de violentes douleurs ravagent le malade. Il sent partout d'atroces brûlures. Il lui semble qu'on broie ses os dans des instruments de torture. Sa jeune femme, enceinte de trois semaines, est assise à ses côtés, attentive, douloureuse et impuissante. Pendant vingt-quatre heures, le patient étouffe, la fièvre le dévore. Enfin, le lendemain 30 mai, dans un accès suprême, la respiration s'arrête, la puissante organisation se dissout. Rubens n'est plus.

Les obsèques eurent lieu le 2 juin, au milieu d'une affluence énorme. Le clergé de l'église Saint-Jacques marchait, suivi de tout le chapitre, en tête du cortège. Le cercueil était escorté par des ordres mendiants prêcheurs, augustins, mineurs, etc., et soixante orphelins portant des cierges allumés. Derrière la fauiille suivait la corporation

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des peintres, la magistritture, la noblesse anvcrsoise, les corps constitués.

Le registre mortuaire do la paroisse porte cette mention : (( Le 2 juin a été célébré le service de messire Pierre-Paul Uubens, enterré dans le caveau de messire Fourment et mort trois jours auparavant. Ces messieurs ont contribué tous ensemble aux dépens de transport et la quête a produit 9 gros 10 sous. Le convoi a eu lieu avec soixante flambeaux ornés de croix de satin rouge et la musique de Notre-Dame. Nous avons chanté le Miserere avant la messe, puis le Dies irœ et d'autres psaumes. Il a été exposé avec six cierges. Les frais de l'église, fixés d'abord à six livres, se sont montés à 69 gros 3 sous qui ont été payés. »

L'évêque, d'accord avec le gouvernement de Ferdinand, autorisa Hélène Fourment à élever, derrière le chœur de l'église Saint-Jacques, la chapelle, qui existe toujours, oi^i sont déposés les restes de Rubens. L'autel est décoré du Saint Georges oh l'artiste se serait représenté avec ses deux femmes : Isabelle Brandt en Vierge Marie, Hélène Fourment en Marie-Madeleine. L'inscription funéraire, composée par le neveu de l'artiste, Gaspard Gevaerts^ n'a été mise en place qu'en 1755. Ce fut un des arrière-neveux de Rubens, le chanoine Van Paris, qui, ayant retrouvé le texte de l'épitaphe, la fit graver dans la pierre. Cela impliquerait un certain oubli de la part d'Hélène Fourment. Celle-ci, qui accoucha, le 3 février 1041, d'une fille. Constance-Albertine, quitta le nom de Rubens au mois (l'août 1645, date de son second mariage.

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Tous frais poyés, le disponible de la succession s'éleva à environ 700 000 florins. Les dessins et une grande quantité de tableaux furent acquis par le banquier Jabach, qui, plus tard, revendit une partie de sa collection à Louis XIV (premier fonds du musée du Louvre). La vente se fit le 17 mars 1642. La veuve et les deux fils du premier lit, Albert et Nicolas Rubens, se firent adjuger, en plus des portraits qui leur revenaient, un certain nombre de toiles. Le roi d'Espagne envoya un représentant qui acheta trente-deux tableaux originaux ou copies d'œuvres de différents maîtres de TEcole italienne, pour 27100 florins. Le reste, qui ne contenait pas moins de trois cent quatorze numéros catalogués par le sieur llerckc, fut dispersé aux enchères. La vente eut lieu dans une auberge d'Anvers, au Souci (fOr^ dont la tenancière, la veuve Snyers, reçut de la famille 474 florins pour prix des rafraîchissements servis aux agents et amateurs, parmi lesquels se trouvaient, avec l'envoyé du roi d'Espagne, des représentants de l'empereur d'Allemagne, de l'électeur de Bavière, du roi de Pologne.

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