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d'Anvers, après avoir figuré dans l'éj^lise des Carmes de la même ville.
Sa première œuvre originale, après le départ d'Anvers, doit être le tryptique commandé par rarchiduc Albert pour l'église Sainte-Croix de Jérnsalem à Rome, et qui appartient aujourd'hui à l'hospice municipal de Grasse. Les trois sujets : VEcce homo, VÉi^ection de la Croix et Sainte EHène sont traités inégalement ; la Sainte Hélène est seule parée d'une poésie simple et touchante, et les trois panneaux sont fort détériorés.
En Espagne, le peintre fit des portraits, et aussi quelques compositions pour le duc de Lerme, notamment une série de scènes de la vie de Jésus et des Apôtres, qui se trouvent pour la plupart au musée du Prado. Un Christ seul est conservé au palais Rospigliosi.
Le retour à Mantoue est marqué par la décoration de la chapelle où était enterrée Éléonore d'Autriche, mère de Gonzague. Les sujets étaient le Mystère de la sainte Trinité^ le Mf/stère de la Transfiguration^ le Baptême du Sauveur par saint Jean-Baptiste, Cet ensemble a été en partie détruit pendant les guerres de la Révolution, l'église ayant été désaffectée et occupée par les troupes. On en retrouve des fragments aux musées de Mantoue, d'Anvers et de Nancy.
De la même époque, le musée de Dresde possède le Hh'os couronné par la Vicioire et Hercule ivre escorté par des satyres.
Du second voyage à Rome date le retable de l'égliî^e
des Pères de TOratoire, dont une copie est conservée au musée de Grenoble, et aussi une série de dessins pour illustrer une Vie de saint Icjnace de Loyola^ éditée à Anvers ; un exemplaire de ce livre a été légué par Mariette à la Bibliothèque nationale, exemplaire qui porte en marge des corrections de dessins, des annotations en flamand de la main de Rubens, et des gravures attribuées au maître flamand, qui sont indiquées par la mention Buh,
La seconde période de la vie d'artiste de Rubens peut être datée de 1608 à 1630.
Il revient à Anvers. La réputation Ty a précédé. La fortune lui sourit. Il a la sécurité matérielle, le bonheur du ménage, la confiance en son génie. Son atelier est en plein travail, les élèves secondent admirablement le maître qui trace la besogne, distribue les tâches, corrige les erreurs, marque toute œuvre de son empreinte. Les concurrents, cependant, ne manquent pas qui ont bénéficié avant Rubens de la faveur du souverain. Ce sont, avec Otho Venins, maître de Rubens : Jean Snellinck, Gœberger, Jean Brueghel, Sébastien Vrancx, Henrik van Balen, mais ils n'ont pas, comme le nouveau venu, séjourné en Italie, acquis au dehors le prestige de la célébrité.
Un des premiers ouvrages exécutés après le retour d'Italie est la Visitation de la Vierge^ pour le maître-autel de la congrégation des Lettrés d'Anvers. Puis, c'est [Adoration des Mages, pour la chambre des Etats à rhôtcl
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de ville : on aura une idée dn prix qne les Anversois attachaient à ce dernier tableau quand on saura qu'il fut offert, trois ans après, à Calderon^ ambassadeur extraordinaire du roi d'Espagne, par le magistrat de la ville, « comme le cadeau le plus précieux et le plus rare ». A peu près à la même époque se classe la Dispute du saint sacrement^ qui est encore à l'église Saint-Paul d'Anvers^ et Samson endormi su?' les genoux de Dalila.
En 1610, Rubens signe un contrat avec la fabrique de Saint- Walburge pour Texécution, moyennant 2 600 florins, d'un triptyque composé de V Érection de la Croix ^ le Miracle de saint Walburge^ la Translation du corps de sainte Catherine par les anges. Le premier de ces tableaux est aujourd'hui à Notre-Dame d'Anvers; on ignore le sort des deux autres et d'un panneau plus petit représentant Dieu le Père. En même temps, Rubens composait le tableau des Philosophes, qui orne la galerie Pitti et qui fut dédié à son frère Philippe. Il y met en scène, autour d'une table, son frère, Jean van den Wouwre, Juste Lipse, et lui-même, debout, vu de trois quarts, le front déjà un peu dégarni, le visage largement éclairé. Un autre triptyque, qui figure tout entier à la cathédrale d'Anvers, avec la Descente de Croix au centre, a été peint deux ans plus tard pour le compte de la corporation du Serment des Arquebusiers.
11 existe de nombreuses variantes de la Descente de Croix, que Rubens exécuta pour différentes églises : le musée de Lille en possède une ; deux autres sont dans
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deux églises d'Arras, une autre à la cathédrale de Saint- Omer. Celle d'Anvers, qui fut enlevée de Notre-Dame en 1794, n'y est retournée qu'en 1815, après avoir figuré plus de vingt ans au Louvre.
Jupiter et Calipso date de 1613; la Fuite en Égijpte, dont le Louvre possède une copie abominablement restaurée, est de 1614. Ces deux toiles sont au musée de Cassel. De 1611 à 1620, Rubens eut à exécuter divers portraits pour l'imprimerie Plantin : ils n'ont pas changé de place, sont au musée Plantin. Un triptyque, qui ornait le tombeau de Moretus, est à Notre-Dame d'Anvers ; un autre, pour le caveau de Nicolas Rockox, est au musée. A la même époque se placent l'exécution d'un tableau du musée du Capitole, /?om^^/^^5 et Remus; les répétitions de Persée et Andromède, dont l'une est au musée de Berlin et l'autre à TErmitage ; Neptune et Amphitrite^ acquis par Berlin en 1881 pour 200 000 marks ; la Bataille des Amazones^ qui est à Munich.
On raconte que la vue d'une ménagerie de passage à Anvers suggéra à Rubens l'idée de peindre des animaux et des tableaux de chasse : de là, sans doute, la Chasse aux lions de la pinacothèque de Munich ; les croquis de la collection de l'Albertine; le Daniel dans la fosse aux lions, la Tigressv allaitant ses petits, de l'Académie de Vienne ; la Chasse aux lions et aux tigres, du musée de Dresde; la Chasse au crocodile et à r hippopotame, du musée d'Augsbourg. Delacroix a dit de cette dernière toile qu'elle était la plus féroce et qu'il en aimait « les formes outrées et
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lâchées ». Par contre, il constate que l'aspect de la Chnsse aux lions est confus, et il regrette « que l'art n'y ait pas assez présidé pour augmenter, par une prudente distribution de la lumière ou par des sacrifices, l'effet de tant d'inventions de génie ».
A la fin de 1616, Matines demande à Rubens, pour l'église Saint-Jean, le triptyque de P Adoration des Mages^ puis, pour l'église Notre-Dame, le triptyque de la Pêche mirncnleuse. Il existe plusieurs variantes des Mages^ au Louvre, à Rouen, à Munich, à Bruxelles. Les Miracles de saint François-Xavier et les Miracles de saint Ignace^ qui, avec les esquisses, sont au musée de Vienne, datent de 1619- 1620, et furent commandés à Rubens par les Jésuites d'Anvers. Le musée de Valenciennes possède un triptyque, la Lapidation de saint Etienne^ achevé vers 1620 pour l'abbaye de Saint-Amand.
Le Martyre de sainte Catherine, qui est à l'église Sainte- Catherine de Lille, date de 1622. Le Coup de lance, qui décorait autrefois le maître-autel de l'église des Récollets, à Anvers, et qui est passé au musée de la ville, est de la même époque. On peut classer à la suite Saint Ambroise et Théodose, qui est au musée de Vienne, et toute une série de compositions mythologiques : Vénus et Adonis, dont il existe plusieurs variantes à l'Ermitage, aux Uffizi, à la Haye ; le Repos de Diane, l'Ealèvement des filles de Leucippe, àMunich; Horée enlevant Orithye , de l'Académie de Vienne; Vénus dans la grotte de Vulcain, tableau en partie détruit dont le musée de Bruxelles possède un fragment.
La série exécutée pour Marie de Médicis, et qui est maintenant logée au Louvre, dans une galerie spéciale inaugurée en 1900, comprend vingt et une toiles, série très importante et très renseignante dans la biographie d'artiste de Rubens et qu'il a été longtemps de mode, on ne sait pourquoi, de tenir en une sorte de suspicion. Pourtant, si l'histoire y est quelquefois banalisée et défigurée en allégorie, si certaines parties ont été trop abandonnées aux élèves, il en est d'autres qui sont des merveilles de conception raisonnée, de composition décorative, de représentation des caractères. La grâce cavalière et le charme féminin y régnent, exprimés par toutes les ressources du dessin le plus ample, de la couleur la plus savante. On peut rester sans un ennui, sans une lassitude, en contemplation devant les Parques de la Destinée de Marie de Médicis^ devant les Trois Grâces de UÈdiicatioîi^ devant les naïades du Débarquement., et aussi devant tant de beaux portraits en action de Marie de Médicis, de Henri IV, de Louis XIII, d'ambassadeurs, de suivantes, tout un personnel, toute une cour qui se trouve rassemblée par l'apothéose vraiment admirable du Couronnement,
Pour rester au Louvre, je nomme la Kermesse^ la Vierge entourée des saints Innocents^ le Tournoi près des fossés d'un château ; une série de portraits parmi lesquels celui du Baron de Vicq^ l'ambassadeur qui fut l'intermédiaire entre Marie de Médicis et Rubens ; Elisabeth d'Autriche^ fille de Henri IV, épouse de Philippe IV, roi d'Espagne ;
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Jeanne d' Autriche \ François de Médicis; et, enfin, Hélène Fow^ment et ses enfants.
C'est à la suite de la mission en Hollande que l'infante Isabelle demande à Rubens quatorze cartons pour des modèles de tapisserie ayant pour sujet le Triomphe de f Eucharistie sur P Idolâtrie^ que la régente destinait à un couvent de Madrid et qui furent achevés vers 1628. Les tapisseries ont été fabriquées à Bruxelles, une partie des esquisses a été envoyée en Espagne, une autre devint la proie des flammes, deux morceaux ont été enlevés par l'armée française en 1808 et placés au Louvre, le reste est à Londres, à la galerie de Grosvenor-House.
Lors du voyage en Espagne en 1628, Rubens exécute un assez grand nombre de tableaux et de portraits.
L'année suivante, date de sa mission à Londres, il rapporte la commande de neuf compositions pour le plafond de la salle des Banquets du palais de Whitehall. Les sujets choisis se rattachent à l'histoire du règne de Jacques P^ père de Charles P^ Il peint pour ce dernier et pour Buckingham une série de toiles, notamment un Saint Georges qui est à Buckingham- Palace, une Minerve protégeant la Paix, qui, après nombre de pérégrinations, est revenue en Angleterre, à la National Gallery, où se trouve également le Chapeau de poil.
Le second mariage de Rubens marque la troisième et dernière période de sa production. Ses idées se modifient, ou, plutôt,41 suit le cours de la vie. Il se donne tout entier, avec son art, à l'amour qui le gouverne. C'est Hélène
Fourment, désormais, qui inspire son génie. En des portraits et des compositions délicieuses de tendresse, ou audacieuses jusqu'à la sensualité, c'est elle qu'il représente sans cesse : ses portraits sont à Munich, à Vienne, à Saint-Pétersbourg, à la Haye, à Amsterdam, dans la collection Rothschild, au Louvre 11 l'a montrée de toutes manières, habillée, costumée, demi nue, nue, seule, et avec lui, et avec ses enfants ; il l'a fait figurer dans nombre de compositions mythologiques et dans des tableaux religieux : le triptyque de Saint lldefonse^ commandé par Isabelle pour l'église Saint-Jacques de Caudeberg, et qui est maintenant au musée de Vienne ; l'Abondance^ de la collection Rothschild; les Trois Grâces^ Diane et Calisto^ au Prado; la Fête de Vénus^ à Madrid et à Vienne; la Promenade au Jardin^ à Munich, et même le Croc-en-jambe.
Dans le même temps, Rubens peint, pour une église de Malines, une Cène qui est maintenant au musée Rrera et dont TErmitagè possède une esquisse ; une Sainte Thérèse pour les Carmes d'Anvers, qui est au musée de la ville; les ébauches pour la galerie Henri IV; le Martyre de saint Liévin^ à Anvers, dont Delacroix a dit qu'il était (( le comble de la maestria de Rubens » ; la répétition de Thomyris qui est au Louvre.
Le roi d'Espagne, s'étant fait construire aux environs de Madrid un castelet appelé Torre de la Parada, chargea, en 1636, Rubens d'en diriger la décoration, dont les sujets devaient être puisés dans les Métamorphoses d'Ovide. Les
locaux à orner comprenaient huit pièces au rez-dechaussée et douze au premier étage. Le maître vieilli, ne se sentant plus la force d'effectuer à lui seul ce travail, et Philippe IV le laissant libre de choisir ses collaborateurs, il traça les esquisses et appela à lui Snyders, Jordaëns, C. de Vos, van Thulden, E. Quellin, J. van Hoeck, J.-P. Gouwi, Th. Willeborts, J.-B. Barrekens et J. Cossiers, presque tous ses élèves. Les travaux, commencés le 20 novembre 1636, furent poussés vigoureusement et achevés le 21 janvier 1638. Ces peintures figurent aujourd'hui sous le nom de leurs différents auteurs au musée du Prado, et les esquisses ont été éparpillées çà et là, après avoir été réunies par deux collectionneurs de Madrid. On les retrouve dans les musées de Berlin, de Bruxelles, et dans plusieurs collections particulières. Cette première série fut complétée peu après par une autre de dix-huit toiles que Rubens devait peindre seul. La plus célèbre est le Jugement de Pdris^ qui scandalisa Ferdinand. C'est, dit-il, « la meilleure œuvre de Rubens. Je ne lui reproche qu'un défaut, mais à propos duquel je n'ai pu obtenir satisfaction : c'est l'excessive nudité des trois déesses; à quoi l'artiste a répondu que c'était là que se voyait le mérite de la peinture. La Vénus placée au milieu est le portrait fort ressemblant de la femme du peintre, la plus belle de toutes les dames d'Anvers ». Le tableau est au musée de Madrid ; il en existe une autre version à la National Gallery et une copie au musée de Dresde.
L'une des dernières œuvres de Rubens, les Horreurs de
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la Guerre^ est au priais PiUi. On ne peut guère citer, comme œuvre postérieure, que le Martyre de saint Pierre^ destinée au banquier Jabach, de Cologne, et à propos de laquelle Rubens avait, le 25 juillet 1637, prié qu'on lui accordât « un répit d'un an et demi, afin de s'occuper de ce travail un peu plus à son aise». Il est désireux de faire «de son mieux, car il a conservé une très vive affection pour la ville de Cologne, où il a vécu jusqu'à l'âge de dix ans*». Jabach mourut avant que la toile ne fût livrée, et la mort frappa aussi l'artiste. Son œuvre fut adjugée, à la vente posthume de Rubens, pour 1 200 florins, à un sieur Deschamps « agissant pour le compte d'une personne de (Pologne », qui l'offrit en 1642 à l'église Saint-Pierre do Cologne, où elle est toujours.