‹ RubensChapitre 2 sur 20 · LE COUP DE LA^CE · texte numérisé non relu

LE COUP DE LA^CE

(Anvers.)

intérêts de son dépôt. Et il faut subvenir, avec cette somme, aux besoins de quatre personnes : le père, la mère, deux enfants d'abord, Jean-Baptiste et Blandine, puis un troisième, Philippe, né le 27 avril 1S74, onze mois environ après la mise en liberté du docteur en droit, et onfm un quatrième, auquel ces pages sont consacrées, Pierre-Paul, venu au monde le 29 juin 1577.

Peu de mois après la naissance de Pierre-Paul, Jean Rubens essaye de recouvrer son entière liberté. 11 rédige un plaidoyer que recopie sa femme et qui est envoyé à Jean de Nassau. Jean Rubens était peut-être un avocat distingué et un jurisconsulte éminent, mais il était un médiocre écrivain, diffus et ampoulé : des citations de l'Evangile complètent ses louanges à l'adresse du comte; il adjure Nassau d' « imiter la clémence du Fils de THomme, qui rassura et protégea l'épouse infidèle » ; il fait des allusions aux législations grecque et romaine sur le crime d'adultère ; il cite Pompée, Domitien, Auguste, Constantin, Justinien, etc. Il termine par son propre panégyrique, mettant en relief ses titres de docteur en droit civil et en droit canon, qui n'ont vraiment que faire à propos de son aventure avec Anne de Saxe, et conclut définitivement en remarquant, dit un de ses biographes, qu'(( un docteur pourvu d'un seul diplôme peut rechercher la main d'une baronne sans qu'elle se trouve humiliée de sa demande ».

C'est seulement le 10 janvier 1583 qu'un contrat fut signé de part et d'autre, assurant à la malheureuse famille

sa liberté. Mais douze ans de tourments et de persécutions de toutes sortes avaient ébranlé l'énergie et altéré la santé de Jean Rubens. Il déclina de jour en jour et mourut le 1^"^ mars 1587.

Le défunt, converti au calvinisme, était revenu, à la fin de sa vie, au catholicisme. Sa femme le fit enterrer dans Téglise Saint-Pierre et fit graver sur sa tombe une inscription bien faite pour obscurcir le souvenir de l'équipée amoureuse. Il y était dit en substance que, forcé par la guerre civile d'abandonner sa terre natale, Jean Rubens s'était réfugié à Cologne, oii il était demeuré jusqu'à sa mort; qu'il avait eu sept enfants, et que Marie Pypelincx, sa femme, « avec laquelle il vécut vingt-six années dans la concorde sans lui donner aucun sujet de plainte, a fait ériger ce tombeau en l'honneur de son excellent et bien-aimé mari ».

Marie Pypelincx fit plus. Lorsqu'elle quitta Cologna pour retourner à Anvers, le 7 juin 1587, elle obtint du magistrat le certificat d'usage, attestant que depuis 1569^ la famille Rubens avait habité la ville, y avait eu bonne, renommée et tenu excellente conduite.

Lorsque la veuve et ses enfants rentrèrent à Anvers,, la ville était loin de leur offrir la tranquillité dont ils auraient eu tant besoin. On y était encore sous Fémotion des troubles de la guerre civile. Marie Pypelincx put

néanmoins rentrer en possession des biens de la famille et s'installer dans une maison de la rue du Couvent pour s'occuper de l'éducation de ses enfants.

Pierre-Paul est mis à l'école dans un établissement laïque dirigé par Rombout-Verdouck, situé derrière le chevet de Notre-Dame. Il connaît déjà la langue allemande et a reçu des notions de latin chez les Jésuites de Cologne. Il apprend le flamand et le français avec facilité et continue ses études jusqu'en rhétorique. Il dessine entre temps, copie les images d'une Bible composées par Tobias Stimmer. Sa mère le destine à la robe du magistrat, mais, comme il est encore trop jeune, il entre comme page chez Marguerite de Ligne, veuve du comte de Lalaing, ancien gouverneur d'Anvers.

La bonne tournure du jeune homme, son instruction, l'aisance avec laquelle il s'exprime en plusieurs langues, lui valent des suffrages autour de la grande dame. Mais, tout de suite, il montre une clairvoyance et une volonté. Ce milieu frivole ne lui convient pas. Son enfance a connu l'exil et le malheur. Il devine les efforts et les sacrifices de sa mère. Il a une répugnance pour la vie de cette société paresseuse et sensuelle qui l'accueille. Il songe à vivre autrement, à conquérir l'indépendance par un travail selon ses goûts. Il utilise ses loisirs en dessinant, et bientôt l'art l'envahit, le possède. Il dit à sa mère son irrésistible vocation et, en même temps, le dégoût que lui inspire cette manière de domesticité élégante à laquelle il est contraint.

La mère, prudente, n'ose pas accepter seule la responsabilité d'une décision. Elle réunit un conseil de famille auquel Rubens expose ses projets. Il est éloquent, il est persuasif, il convainc l'assistance. Tout de suite, des démarches sont faites auprès d'un professeur, parent de la famille, qui jouit déjà, malgré son jeune âge, d'une certaine réputation, Tobie Verhaegt ou Verhaecht, né en 1S6G, fils de peintre et franc-maître à la Gilde de Saint-Luc.

Tobie Verhaegt accepta de donner des leçons au jeune Rubens. Il avait séjourné à Rome et à Florence, où il s'était surtout attaché à l'étude du paysage. Le musée de Rruxelles conserve de lui une toile. Aventure de chasse de Maximilien P\ datée de 1615. D'autres œuvres de Verhaegt sont connues par la gravure : les Quatre Points du Jom\ les Quatre Éléments^ les Quatre Ages de la Terre^ une Tour de BabeL Ce sont des compositions chargées de détails qui ont moins fait pour le nom de Tobie Verhaegt que le passage de Rubens dans son atelier. Car Rubens ne fait que passer, entre presque immédiatement chez Adam van Noort, reste avec lui quelques mois, l'abandonne en 1596 pour se joindre aux élèves d'Otho van Veen.

Adam van Noort, fils de peintre comme Verhaegt, et comme lui membre de l'Académie de Saint-Luc, est également plus célèbre par ses élèves que par lui-même. Avec Rubens, il eut chez lui Sébastien Vrancx, van Ralen et Jordaëns, qui devint son gendre. Ses œuvres peintes sont rares au point qu'un biographe de Rubens, Alfred

Cliché Hanfstaengl.

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