I E COMTE 1) ARU^DEL ET SA FEMME
(Munich.)
Michiels, chercheur consciencieux, historien de la peinture flamande, a pu seulement découvrir quatre morceaux peints par lui : le Malade guéri par r intercession de la Vierge^ à Saint-Michel de Gand ; Laissez venir à moi les petits enfants^ dans la collection bruxelloise Dubus de Ghisignies ; le même sujet, au musée de Bruxelles; le Sauveur descendu de la Croix^ à Thospice des Orphelins d'Anvers. Çà et là, des qualités d'expression, de couleur^ un ressouvenir de Véronèse, mais l'ordonnance est maladroite, le caractère manque, le total, en somme, est médiocre. On s'est trompé, Fromentin comme les autres dans ses Maîtres d'autrefois^ en acceptant l'attribution à van Noort d'un tableau de Jordaëns que possède l'église Saint-Jacques d'Anvers, et en faisant ainsi, d'un imitateur des Italiens, un peintre du cru, flamand dans les moelles.
On a dit que c'était à cause du mauvais caractère, des manières désagréables et de la brutalité de van Noort que Rubens l'abandonna pour entrer chez Otho van Veen^ dit Otho Venins, né à Leyde, établi à Anvers depuis 1592. Celui-là fut le vrai maître de Rubens. Il avait le ton et la distinction d'un homme bien élevé, élégant, instruit, poli et doux avec ses élèves. Il avait été page chez le duc Jean de Bavière, comme Rubens ch^z Marguerite de Ligne, et il avait gardé les allures d'un homme de cour. Rubens fit chez lui un long séjour, ne le quitta que tard, alors qu'il commençait déjà à être lui-même.
VanVeen avait voyagé en Belgique, en Allemagne, en Italie. Le duc de Paraie Favait nommé ingénieur en chef
des bâliments et peintre de la cour d'Espagne. Il exerça à Bruxelles [les fonctions de surintendant des monnaies, et refusa de se rendre à Paris, où Louis XIII voulait le charger de dessiner des cartons pour les tapisseries du Louvre. Presque tous ses tableaux sont restés dans les églises et les musées de Flandre ou de Hollande. Notre Louvre certifie de lui : Otho Venins et sa famille^ et lui attribue un Galiléen descendu de la Croix,
II serait intéressant de rechercher la part d'influence que chacun de ces trois maîtres eut sur Rubens. Mais, pour un résultat quelque peu certain, il aurait fallu que les œuvres de jeunesse du grand peintre eussent été conservées et datées. On admet généralement que Verhaegt lui enseigna l'alphabet de l'art. On ne sait si van Noort eut une influence sur lui, ou s'il en exerça une sur van Noort. On s'accorde donc généralement pour proclamer que le maître définitif de Rubens fut Otho Venins, intelligence élégante et ordonnée, exécutant probe et sage, Flamand rendu timide par l'Jtalie, mais probablement bon conseiller, critique avisé.
Rubens, à la suite de ces maîtres incertains, apporte l'originalité native, la force d'un tempérament et d'une race, la persistance de l'instinct, la volonté de l'esprit. Lui aussi il était le Flamand mis en présence de l'Italie. Là, il allait trouver la richesse, l'abondance, la profusion de l'art. Là, il allait trouver des maîtres, et ses maîtres, parmi tant d'artistes différents, grandioses, puissants, fins, élégants, subtils, savoureux. Il allait discerner et choisir,
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il allait s'assimiler les élémeitts qui convenaient à sa jeune et vigoureuse nature, à son appétit de jeunesse, à sa fringale de beauté et de vie. Mais il restait Flamand, le sûr continuateur de Quentin Matsys.