‹ RubensChapitre 6 sur 20 · LE CHRIST A LA PAILLE · texte numérisé non relu

LE CHRIST A LA PAILLE

(Anvers.)

ÏIUBENS. 43

ajoute-t-il, car, pour avoir été retouchées par le Flamand, elles paraissent tout autres qu'elles n'étaient d abord. »

Sitôt, Rubens s'occupe de rechercher les c( dames de qualité » pour les portraits désirés par son maître. Mais cette besogne ne lui convient guère, comme on le verra tout à l'heure. Il préfère visiter les travaux de décoration que le roi fait exécuter dans ses palais par des peintres espagnols, les frères Garducho, Barthélémy de Cardenas, Manuel de Molina, Juan de Chirinos, etc. , presque inconnus aujourd'hui, et dont la façon de faire donne à sourire au Flamand. C'est alors qu'il exécute pour le duc de Lerme une série de peintures représentant des sujets de l'Evangile et un portrait équestre à propos duquel Iberti écrit au duc de Mantoue qu' « au jugement de tous » il était « admirablement réussi ».

Mais le peintre reçoit l'ordre de se rendre en France, à la cour de Henri IV, pour y peindre de nouveaux portraits de « dames de qualité », et cette fois Rubens ne cache pas son mécontentement, parle en artiste qui ne veut pas plier sa dignité à tous les ordres. Il écrit à Ghieppio :

« Qu'il me soit permis à ce propos de dire mon sentiment sur mon aptitude pour une telle besogne. La tâche des portraits à faire, quoique ce soit wv^ prétexte bas^ me servirait à obtenir des travaux plus importants, n'était que, parce genre de commission, le duc ne peut donner à Leurs Majestés une opinion vraie de ce que je suis. Si Ton me permet de le suggérer, il serait, à mon sens, bien plus sûr et plus avantageux, plus prompt et plus économique, de

s'adresser à M. de la Brosse ou au seigneur Carlo Rossi, pour les faire traiter par quelque praticien de la cour ayant déjà peint beaucoup d'images pareilles, sans que je continue à perdre mon temps, à me fatiguer en voyages, à dépenser mes honoraires, pour exécuter des travaux qui me semblent infimes et qui sont jugés vulgaires par tout le monde. »

Quelques auteurs ont prétendu qu'il s'agissait d'enrichii^ une galerie secrète où Gonzague se délectait de nudités : les deux mots soulignés de la lettre qui précède donnent de la vraisemblance à cette hypothèse. Certes, Rubens fut un glorieux peintre du nu, et son inspiration ne connut ni pruderie ni atténuation, mais il voulait faire apparaître la chair en pleine lumière, et non dans la demi-obscurité d'un musée secret.

Quoi qu'il en soit, le duc de Mantoue n'insista pas et consentit au retour de Rubens en Italie.

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