‹ RubensChapitre 7 sur 20 · VI. SÉJOUR A MANTOUE ET A ROME · texte numérisé non relu

VI. SÉJOUR A MANTOUE ET A ROME

L'artiste rentra à Mantoue vers la fin d'avril 1604. II y trouva des nouvelles de sa famille. Son frère Philippe, qui était à Rome où il s'occupait de l'éducation des enfants du président Richardot, lui annonçait sa prochaine visite et lui faisait part du désir que leur mère avait exprimé de revoir son Pierre-Paul. Il y avait quatre ans que celui-ci avait quitté Anvers.

Gonzague fit vérifier le compte des dépenses de voyage

Cliché Hanfstaengl

(Munich.)

de son envoyé, se montra satisfait, renouvela son engagement avec lui moyennant « une provision de 400 ducatons à l'année, payable de trois mois en trois mois à partir du 24 mai », le chargea d'exécuter la décoration du retable pour l'un des autels de l'église de la Trinité à Mantoue ; après quoi, le peintre dut retournera ses éternelles copies. On alla même jusqu'à lui faire recopier ses copies : deux toiles d'Antonio AUegri que désirait Tempereur d'Autriche.

Le vif désir de Rubens était de retourner étudier à Rome, oii se trouvait encore son frère Philippe. Il n'y fut autorisé par Gonzague que vers la fin de Tannée 1605.

A Rome, Pierre-Paul assiste à la lutte d'influence livrée par les frères Carrache au Garavage, qui défend volontiers ses opinions artistiques Fépée ou la dague au poing. Gonzague, qui ne sert que très irrégulièrement le traitement de son pensionnaire, le charge cependant d'achats, et c'est ainsi que Rubens se rend acquéreur d'une toile de Garavage, la Vierge morte pleur ée par les Apôtres^ que l'église de la Scala avait commandée, puis refusée pour cause de réalisme, et qui excita une telle curiosité que le duc de Mantoue dut consentir à l'exposer publique^ ment pendant huit jours. Gette toile, payée 220 écus, est aujourd'hui au Louvre.

Rubens, ainsi tiraillé par l'argent, est forcé de travailler pour vivre. Il a plusieurs commandes en cours d'exécution lorsque, vers la fin de 1606, son capricieux souverain le fait rappeler à Mantoue. Il demande un répit, écrit à Ghieppio : « Après avoir consacré tout mon été

aux études de mon art, j'ai été contraint d'accepter lesdits travaux, ne pouvant soutenir honorablement ma maison avec les 140 écus seulement que j'ai reçus depuis mon départ... Il s'agissait d'orner le grand autel de l'église dite Sainte-Marie in Vallicella, récemment construite par les prêtres de l'Oratoire, aujourd'hui la plus célèbre et la plus fréquentée de Rome, parce qu'elle est située au centre de la ville et décorée de tableaux dus aux meilleurs peintres de l'Italie. » Il explique qu'il a obtenu cette commande malgré les efforts des premiers artistes de Rome. « Pourtant, ajoute-t-il, si le besoin que le duc a de mes services n'admet aucun délai, je mettrai mon devoir au-dessus de toute chose. »

Le sursis de six mois qui a été accordé à Rubens ne lui suffisant pas, le cardinal-ministre Borghèse use de son influence pour le prolonger de quelques jours. Rubens doit enfin partir, laissant son œuvre inachevée. A son arrivée à Mantoue, il a une fausse joie : le duc avait projeté un voyage dans les Pays-Bas, et Rubens devait être de sa suite. Mais, au dernier moment, Gonzague change d'avis, part pour Gênes, pour Sesti, où les monuments intéressent Rubens plus que les fêtes auxquelles il assiste. Il prend de nombreux croquis, plus tard publiés en livraisons, exécute plusieurs toiles, et même, dit-on, sculpte deux bustes de marbre représentant des aïeux d'un seigneur de Gênes, Gianettino Spinola.

Le duc revient par Milan, oii Rubens fait une copie au

Cliché Hanfstaengl.

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