LA MARCHE DU VIEUX SI LÉ IN E
(Munich.)
RUBENS. 5î
crayon de la Cène de Vinci, laquelle fut plus tard gravée par Soutman. Rentrant à Mantoue, les voyageurs trouvent une lettre de rarchiduc Albert, datée du 4 août 1607, demandant pour le peintre un congé « afin de mettre ordre à des affaires que des personnes tierces n'arrangeraient pas selon son désir ». La réponse du duc vaut d'être citée, pour sa manière impertinente, et pour la façon dont il dispose de la liberté et de la dignité de l'artiste :
« Depuis quelques années déjà, Pierre-Paul Rubens, peintre flamand, me sert à ma satisfaction et à la sienne; je ne puis croire qu'il ait la pensée d'abandonner ce service, où il paraît entièrement se complaire. Si donc je ne puis obtempérer au désir des siens, qui ont voulu se prévaloir de votre autorité pour le rappeler dans sa famille, Votre Altesse m'excusera, l'intention du susdit Pierre-Paul étant toute différente, puisqu'il désire rester, et la mienne aussi, puisque je désire le garder. La bonté de Votre Altesse me donne l'assurance que vous prendrez ceci en bonne part, attendu que je permets également à mes sujets de servir les princes étrangers, et surtout Votre Altesse, à laquelle, pour terminer, je baise les mains et prie Dieu d'accorder toute félicité. »
A la fin de l'année 1607, Rubens a l'autorisation de retourner à Rome. Il y achève le travail commencé, mais il s'aperçoit, à la mise en place, que l'éclairage est tellement défectueux qu'il est impossible de distinguer les figures, le coloris, l'expression. Le peintre, à qui ce tra«
vail devait être payé 800 gros ducats, préfère perdre uns partie de la somme et refaire sa peinture en fresque. Le 2 février 1608, il écrit à Chieppio pour le prier de faire acheter la toile par Gonzague. Celui-ci affirme son estime pour Fœuvre du peintre, mais refuse l'acquisition, se rejetant sur les frais d'un voyage à Turin et sur les dépenses du mariage de son fils et des fêtes du carnaval ; mais, presque en même temps, la duchesse chargeait Rubens d'acheter à Rome un tableau de Gircignani, dit Pomerancio, destiné à la chapelle de Mantoue. Ge rôle de courtier auprès d'un confrère de mérite inférieur était un peu humiliant, et Gonzague, tout protecteur des arts qu'il était, ne devinait pas l'avenir en préférant un Pomerancio à un Rubens.
A partir de cette époque, il semble que les rapports entre la maison de Mantoue et Rubens deviennent plus froids. Gonzague se décide au voyage des Pays-Bas et se met en route le 18 juin 1608 sans avoir proposé à son pensionnaire de l'accompagner. Gelui-ci est toujours à Rome, où il achève de peindre ses fresques pour l'église Sainte-Marie.