CHAPITRE PREMIER
N 1626, Isabelle Brant meurt brusquement. La douleur du peintre est telle qu'elle dérange pour longtemps ses habitudes, arrête son activité. Il n'a pas le courage de conserver l'impassibilité stoïcienne : « Une telle perte me paraît mériter d'être ressentie profondément, et puisque le seul remède à tous les maux est l'oubli qu'amène le temps, j'ai besoin sans doute d'attendre de lui mon secours; mais il me sera bien difficile de séparer la douleur causée par cette séparation de la mémoire d'une personne que tant que Je vivrai je dois respecter et honorer. Je croirais assez qu'un voyage serait propre à me dérober la vue de tant
La P k 1 1 T E p i; L I s s E (après i 6 3 i J . Musée Impérial, Vienne.
RUBENS loi
d'objets qui, nécessairement, renouvellent mon chagrin, car elle seule remplit ma maison, vide désormais. Elle seule repose près de moi, sur ma couche abandonnée, tandis que les spectacles nouveaux qui, dans un voyage, s'offrent à nos regards, occupent l'imagination et ne fournissent pas matière à ces regrets sans cesse ravivés. Mais j'aurai beau voyager, c'est moi-même que j'emporterai partout avec moi * ». Le désir d'un déplacement était né chez Rubens. Les circonstances l'aidèrent à le satisfaire. Pendant quelques années, son activité est détournée. Il tient le rôle d'ambassadeur. Les œuvres se font rares et moins importantes. Les événements de sa vie se confondent pour un temps avec l'histoire de son pays.
Rubens n'avait jamais cessé de s'intéresser aux affaires politiques d'Europe, et sa correspondance montre avec quel soin il se faisait renseigner, par ses amis, sur ce qui se passait en France. Lorsqu'il vient à la cour de Marie de Médicis, pour placer les peintures de la galerie du Luxembourg, l'archiduchesse Isabelle le charge secrètement d'étudier les disposi- j tions de la cour de France au sujet d'un rapproche- i ment possible entre les Provinces-Unies et les Pays- j Bas espagnols. A Paris, il lie connaissance avec Buckingham, reste en relations avec le ministre anglais et son chargé d'affaire, le peintre Gerbier. Or, à ce moment, Buckingham est en train de brouiller