‹ RubensChapitre 14 sur 35 · I. Lettre à Dupuy. i5 juillet · texte numérisé non relu

I. Lettre à Dupuy. i5 juillet

l'Angleterre et la France. Un rapprochement avec l'Espagne lui semble utile. De son côté, la gouvernante des Pays-Bas désire la paix avec l'Angleterre. Elle choisit Rubens pour mener les négociations, à cause de la confiance qu'elle a dans son habileté et dans son amour de la paix. Le roi d'Espagne trouve tout à fait regrettable le choix d'un pareil ambassadeur : « Un homme d'aussi médiocre condition» conférant, «pour des propositions d'une telle gravité », n'y a-t-il pas de quoi jeter « un discrédit bien légitime sur cette monarchie »? Mais, après tout, Gerbier n'est-il pas peintre aussi? D'ailleurs, il ne s'agit pas ici de plénipotentiaires. Ce sont des agents secrets que l'on désavouera au besoin et l'on ne peut guère conduire les pourparlers ouvertement, car Richelieu, prenant les devants, a déjà obtenu de l'Espagne la signature d'un traité offensif contre l'Angleterre. L'Escurial doit même être gêné pour suivre Rubens dans ses propositions amicales. Aussi, le projet d'entente, poursuivi en grand mystère à Utrecht, où Gerbier est allé rencontrer Rubens, échoue-t-il pour le moment. Richelieu conserve l'alliance espagnole contre l'Angleterre, le temps de réduire les Rochellois. Mais, après leur défaite devant La Rochelle, les Anglais redoublent les préparatifs et semblent disposés à des concessions plus considérables pour obtenir l'alliance espagnole. De son côté, le roi d'Espagne, Philippe IV, comprend mieux les avantages de ce rapprochement ; pour reprendre

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les négociations où Rubens les a laissées, il le mande à Madrid, et voici le peintre-ambassadeur quittant "de nouveau Anvers.

Naturellement, il faut laisser croire à un simple déplacement d'artiste. Rubens emporte des tableaux et il fera, à Madrid, les portraits qu'on lui demandera. « Ici, comme, partout, je m'occupe à peindre et j'ai déjà fait le portrait équestre de Sa Majesté, qui m'en a témoigné son approbation et son contentement... Comme je suis logé dans son palais, il vient me voir presque chaque jour. J'ai aussi fait fort à mon aise les portraits de tous les membres de la famille royale, qui ont posé complaisamment devant moi, pour m'acquitter de la commande que m'en avait faite ma maîtresse, la Sérénissime Infante^ ». Il est bien certain qu'au milieu des lenteurs de la diplomatie espagnole, il y a beaucoup de moments perdus pour les affaires. Rubens les consacre à son art. Philippe IV, la reine, Olivarès, les infants, etc., sont portraiturés. LesTitiens rassemblésparCharles-Quint et Philippe II sont copiés par le Flamand. Il fait la connaissance deVelazquez qui, âgé de vingt-neuf ans, annonce dès lors sa glorieuse fortune. Voilà plus de six mois que Rubens vit à la cour de Madrid. Le roi et son ministre le choyent de plus en plus et Philippe IV ne cessera, désormais, de l'accabler de commandes.

Mais les questions diplomatiques restent non réso-

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