I. Delacroix. Journal, 21 ocî
:ii2 LES MAITRES DE L'ART
irrégularités, les violences, les ploiements étranges, les détentes de la chair élastique, qui se meut et qui pèse : « J'aime son emphase, j'aime ses formes outrées ou lâchées * ». Mais aussi, dans aucun de ces corps en action, on ne sent la pose lourde, fixée, ■fatiguée du modèle; en une brève synthèse, son regard compose le geste essentiel, évoque rapidement la contraction, la direction d'un muscle et donne à toutes ses figures l'élan, la légèreté, la flamme de vie.
Sapeinture s'éclaire de plus en plus. Dès longtemps, il a renoncé aux pratiques de Caravage, abandonné les ombres opaques chères aux amateurs de reliefs vigoureux. Même lorsque les ombres sont violemment accentuées, il y a toujours un reflet pour colorer, illuminer l'obscurité, une tache de vermillon dans un pli de chair, un violet franc dans l'ombre d'une robe jaune ; tous ces rappels de lumière qui détachent l'objet, font circuler l'air autour de lui, l'empêchent de se noyer dans le fond, ou, s'il est à ciel ouvert, l'éclairent de tous les rayonnements indirects du grand jour. •Rubens n'emploie plus le contraste de chairs très lumineuses sur des obscurités opaques. Il ne commet .pas non plus le contre-sens de transporter en plein •air un eftet d'atelier. L'ombre n'est plus une lourdeur ; légère, aérée, elle a la fluidité de l'atmosphère •et c'est cette transformation qui a conduit Rubens :à-. dès découvertes nouvelles et qui a commencé une révolution dans l'art de la peinture.