I. Delacroix, Journal, mardi 27 janvier i
variété. Comment Rubens a-t-il soutenu une pareille production sans montrer, je ne dis pas de lassitude, mais même d'effort? En ménageant ses forces. C'est un riche économe. D'abord lorsqu'il n'y est pas tenu par le sujet commandé, Rubens ne se met pas en frais d'invention. Il emprunte, sans chercher à les déguiser, leurs motifs et leurs personnages à l'école flamande ou italienne [Descentes de Croix^ Jugements derniei'S, Assomptions, Mages, Madones). Ensuite, il ne laisse jamais tomber une idée, si elle ne lui semble pas encore avoir rendu tout ce qu'elle pouvait donner. Un même motif hante longtemps son imagination. On le voit apparaître dans les tableaux d'une période, beaucoup sont comme des projets en vue d'une œuvre qui sera définitive. Des tableaux naissent comme d'une source commune, jusqu'à ce que, bien maître de son exécution et de son idée, il crée en un jour d'inspiration l'Adoration des Mages d'Anvers ou la Montée au Calvaiî^e de Bruxelles. Par un progrès naturel, le thème s'est fait plus riche et plus précis, la traduction plus large et plus sûre, et, un jour, le chef-d'œuvre s'est détaché, en quelque sorte spontanément, comme un beau fruit mûr.
Aussi, bien souvent, les œuvres de Rubens se groupent-elles à la fois par leur sujet et par leur date [Descentes de Croix, Assomptions, Adorations des Mages), et c'est ainsi qu'en les étudiant il est possible, sans trop fausser la chronologie, de suivre un ordre méthodique.