‹ RubensChapitre 107 sur 164 · LE MARTYRE DE SAINT JUSTE LE PORTEMENT DE LA CROIX · texte numérisé non relu

LE MARTYRE DE SAINT JUSTE LE PORTEMENT DE LA CROIX

nettement en deux parties : le martyre du saint et le châtiment des bourreaux. Le défaut d’unité est sensible non seulement dans la représentation du fait, mais aussi dans les lignes de la composition. Les deux groupes agissent isolément et sont tournés dans des directions différentes.

11 est vrai néanmoins que la confusion des mouvements rend bien l’atrocité du supplice et la terreur des coupables.

La peinture donne une certaine unité matérielle à cette action morcelée. Rubens se sert des couleurs les plus gaies pour peindre l’action la plus atroce. Au premier plan, les tons les plus riches sont éclairés de la plus vive lumière ; dans le fond, les tons s’adoucissent et s’atténuent ; toute la scène est baignée de la plus radieuse clarté. On dirait une fête. Les ornements somptueux de l’évêque, les armures étincelantes des guerriers, ici un bonnet rouge, là un casque élégant, le fond ensoleillé, tout parle plutôt de joie que d’épouvante ; le garçonnet qui excite les chiens à droite, est une figure gaie et riante d’enfant, les anges qui apparaissent dans la nue sont de petits êtres poupins et charmants. La laideur morale du fait disparaît sous la beauté matérielle de l’exécution. C’est à peine s’il y a des ombres, les contours sont fondus dans une lumière blonde, le charme de la couleur atténué la rudesse des visages.

Rubens a peint lui-même les figures du premier plan de même que les anges apparus dans la nue ; il a retouché les figures du second plan, les chevaux, les grands anges ; les animaux sont probablement de Paul De Vos. L’esquisse de ce tableau, puissante et chaude de ton, appartient à M. Rodolphe Kann à Paris, qui l’acheta à la vente Crabbe.

Le Martyre de saint Juste. Vers la même époque, c’est-à-dire à la fin de 1635 ou au commencement de 1636, Rubens peignit un retable, représentant saint Juste, portant dans les mains sa tête coupée {Œuvre. N° 467). La commande fut faite par son ami Balthazar Moretus, pour le maître-autel de l’église des Annonciades, à Anvers. Le 12 avril 1636, Moretus inscrivit dans son grand livre une somme de 300 florins, payée pour ce tableau. Celui-ci fut vendu le

12 septembre 1785, avec d’autres objets d’art provenant de couvents supprimés, et se trouve aujourd’hui au Musée de Bordeaux. Le sujet est hideux, l’exécution médiocre. Rubens a peint le personnage principal et retouché les deux autres. Le paysage est probablement de Wildens. Ce tableau doit avoir beaucoup souffert depuis que Josluia Reynholds le vit à l’église des Annonciades, car il ne trouva que des éloges à en faire et déclara que toutes les parties en étaient exécutées de façon à pouvoir servir de modèle.

Le Portement de la Croix. - Une des œuvres du maître les plus connues et les plus admirées appartient à cette époque : c’est le Portement de la Croix du musée royal de Bruxelles {Œuvre. N° 274). Il fut peint pour l’abbaye d’Afflighem, en Brabant. Les religieux étaient entrés en négociation avec Rubens, plusieurs années avant qu’il le peignît. En 1634, ils avaient commencé de grands travaux de restauration dans leur église, dont ils projetaient depuis queltemps déjà, de faire reconstruire le maître-autel. Ils demandèrent un projet de retable à Rubens; celui-ci exécuta l’esquisse avant 1632, année où parut la gravure qu’en fit Pontius. L’esquisse ne satisfit pas tout à fait les religieux: lorsqu’en 1634 ils adjugèrent à Jean Du Can la construction de l’autel, ils convinrent avec Rubens, que celui-ci livrerait un tableau modifié. L’autel était

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