‹ RubensChapitre 113 sur 164 · SAINTE CÉCILE · texte numérisé non relu

SAINTE CÉCILE

pendant, et représente Y Enlèvement des Satines (Œuvre. No 807). Rubens exécuta également vers la fin de sa vie ces deux sujets pour le roi d’Espagne.

Le Serpent d’Airain. Le second tableau de la National Gallery, le Serpent d' Airain (Œuvre. N° 112), représente d’un côté Moïse et Eléazar, fils d’Aaron, montrant aux Israélites, le serpent d’airain, qui doit les guérir; de l’autre, ceux qui ont été mordus, et implorent du secours ou s’efforcent de se dégager de l’étreinte des serpents. Le tableau est tout entier de la main du maître, et a été peint vers 1637 ; sa parenté avec le Martyre de saint Thomas est évidente.

Les groupes des malheureux qui souffrent sont disposés en vue de l’effet dramatique. Mais ce n’est pas seulement la lutte de l’homme et du reptile que l’artiste a voulu nous montrer, c’est aussi celle de l’ombre et de la lumière. A gauche, Moïse et Eléazar se dessinent en brun lumineux sur un nuage sombre dans l’atmosphère lourde du fond; à droite, les chaudes carnations et les contours moelleux des Israélites mordus par les serpents, se détachent sur un fond obscur, qui paraît être une paroi rocheuse. Enchevêtrés les uns dans les autres comme les anneaux d’une chaîne, ils se tournent suppliants vers le serpent sauveur. En bas gisent les morts et les mourants ; une femme pleure dans un désespoir muet sur le cadavre de son père ; plus haut, d’autres luttent pour défendre leur vie ; dans une angoisse mortelle, les mères implorent du secours pour leurs enfants. Les souffrances physiques et les tortures morales ne s’expriment pas ici avec une violence sauvage, mais d’une façon contenue et pénétrante, par des plaintes, des gémissements et des supplications. Et tous ces corps, les uns pleins de vie et de santé, les autres couverts de la pâleur de l’agonie ou de la mort, sont mis en évidence par la pleine lumière. Rien d’admirable comme ces conflits de l’ombre et de la clarté, comme cette apparition de la lumière moelleuse et puissante surgissant du sein de la pénombre.

De plus en plus coloriste, Rubens néglige le dessin ; dans ce drame terrifiant, Moïse et Eléazar n’ont rien de la dignité sacerdotale, les femmes et les enfants sont sans beauté, ce sont des formes qui réflètent de la lumière où jettent des ombres, plus ou moins obscures.

Sainte Cécile. Un quatrième grand tableau, la Sainte Cécile (Œuvre. N° 403), est, comme les trois autres, entièrement de la main de Rubens. Il appartient au Musée royal de Berlin. Il nous montre la manière du maître dans la toute dernière période de sa vie. Il n’a plus souci que du jeu de la lumière et de l’ombre, des couleurs et des reflets, son amour de l’éclat a grandi ; il est arrivé au dernier degré de raffinement dans l’emploi des nuances délicates. La sainte, a qui il a donné les traits et les formes d’Hélène Fourment, est assise devant son clavecin ; elle lève au ciel de grands yeux humides ; des taches rouges, au contour très net, colorent ses pommettes ; les boucles de ses cheveux châtain clair se mêlent en désordre, elle a le teint pâle, presque blême. Elle porte une robe vert foncé avec des reflets clairs, un fichu de gaze blanche, une draperie de velours noir, doublée de soie jaune; sous sa robe relevée, apparaît une jupe saumon moirée de rouge et de jaune avec des reflets verts. De riches reflets se jouent également sur la chair moelleuse des petits anges qui l’entourent. Le tableau tout entier n’est que jeux d’ombre et de lumière : la clarté tombe

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