LE MASSACRE DES INNOCENTS
intense sur la tête, le sein et les mains de la sainte, sur les deux petits anges et sur la jupe saumon ; des ombres légères et transparentes s’étendent sur la tapisserie rouge suspendue dans le haut et sur la draperie jaune qui recouvre le banc ; la robe et le petit ange debout sur le sol sont inondés d’un doux soleil. L'expression du visage de la sainte est désagréable comme toute sa personne, mais la délicatesse des tons et des nuances est vraiment admirable. Le tableau faisait partie de la succession du maître, comme bien d’autres, dont il nous reste à parler. On en fit présent à
M. van Ophem en reconnaissance de services rendus par lui à l’occasion de l’achat fait par le roi d’Espagne de 29 tableaux provenant de la mortuaire. Les tableaux de dimension réduite de la même époque sont traités dans la même manière que les retables.
Le Massacre des Innocents. Le plus remarquable de tous, c’est le Massacre des Innocents {Œuvre. N° 181), un des chefsd’œuvre de Rubens, et celui peut-être où sa puissance dramatique et sa richesse de coloris s’unissent dans la plus parfaite harmonie.
Le drame est épouvantable. Que peuton imaginer de plus atroce, de plus inhumain, que l'ordre donné par Hérode ? Quoi de plus désespéré que la résistance des mères, dont on se prépare à massacrer les enfants ? Quelles scènes de rage et de désespoir pourraient rivaliser avec celles-ci ? Le grand artiste tragique nous avait montré dans la Chute des Réprouvés et dans le petit Jugement dernier, le spectacle le plus terrifiant que puisse se figurer notre imagination : un immense tourbillon de créatures humaines précipitées dans l’abîme ; dans le Combat des Amazones, il avait représenté l’épisode le plus effrayant que l’œil humain puisse contempler : une troupe de cavaliers précipités du haut d’un pont dans un fleuve; mais il ne s’agissait là que de souffrances physiques ; ici, il montre les tortures morales de ces mères dont on massacre les enfants, leur ôtant ainsi plus que la vie. Rubens a voulu rendre ce drame dans toute sa vérité ; d’un côté il a montré toute la barbarie humaine, de l’autre, toute la souffrance, sans art académique, sans gestes ni groupements de convention, laissant à l’action toute sa sauvagerie.
Il a représenté le désespoir à ses trois degrés. Il a personnifié la douleur muette dans la mère penchée sur le cadavre de son enfant, dans une autre qui presse dans ses bras le petit être sans vie, et dans une troisième repoussant, affolée, le bourreau qui a saisi l’enfant par la jambe. Le désespoir qui s’exhale en cris et en lamentations, nous apparaît dans la mère qui, au
Bethsabée a la fontaine (Musée, Dresde).
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