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LE MASSACRE DES INNOCENTS

centre de la composition, lève vers le ciel des langes ensanglantés ; dans une antre qui demande grâce pour son nourrisson que l’on va écraser; dans une troisième qui vole au secours de son enfant que le bourreau tient dans ses bras et qui tend vers elle des mains suppliantes. Enfin l’artiste nous montre la résistance furieuse. Une femme enfonce ses ongles dans la joue du bourreau, et lui mord le bras ; deux autres femmes se débattent frénétiquement contre les massacreurs ; une vieille femme, quelque grand’mère sans doute, arrête un soldat en le saisissant par les jambes.

La Société élégante. — Dessin pour la gravure de Christophe Jegher. Côté gauche du tableau.

(Sir Charles Robinson, Londres).

Un groupe de trois enfants, qui dorment paisiblement du sommeil éternel, fait un contraste émouvant avec ces scènes de violence.

Passons à l’exécution. Ces horreurs et ces souffrances sont rendues par des couleurs riantes, inondées d’une vive lumière. On dirait qu’une nature indifférente et impitoyable se raille des émotions les plus profondes de l’humanité. Rubens semble avoir illustré d’avance ces paroles d’un philosophe français: La nature est immorale, le soleil a vu sans se voiler les plus

criantes iniquités, il a souri aux plus grands crimes. (1) Deux des mères portent une robe bleu-clair; d’autres, des robes couleur d'ambre, rouges ou violettes avec des reflets pourpres; il y en a une en grande toilette, qui porte un jupon de soie rouge, une robe de soie noire doublée de soie jaune, comme Hélène Fourment avait l'habitude d'en porter. Le ciel est en fête :

(1) Renan : Dialogues et fragments philosophiques. Paris, 1876. page 250.

TABLEAUX MYTHOLOGIQUES ET AUTRES

c’est une orgie de lumière et de couleur. L’azur est rayé de petits nuages dorés ; des anges portant des fleurs et des couronnes, planent dans les airs ; au fond et sur les côtés, des temples et des palais se dressent dans une buée chaude, qui adoucit le radieux éclat du soleil. Les couleurs sont moelleuses et teintées de reflets vert-bronze sur brun, violet sur pourpre, jaune sur rouge. Le ton est plus sobre et plus contenu à droite, plus fondu à gauche ; les ombres sont absentes ; tout est lumière, et cette lumière est d’une intensité, d’une blancheur, d’une douceur incomparables.

Ce chef d’œuvre est tout entier de la main de Rubens, sauf le fond, qu'il n’a fait que retoucher. 11 a été peint pour Antoine Triest, évêque de Gand, à qui il appartenait encore en 1643, comme le déclare dans sa dédicace, Pontius, qui en fit la gravure; plus tard il passa dans la galerie du duc de Richelieu, qui le vendit à l’électeur de Bavière. Il appartient aujourd’hui à la Pinacothèque de Munich.

Tableaux mythologiques et autres. A la même époque appartiennent Bethsabée à la Fontaine {Œuvre. N° 121), au musée de Dresde, tout entier de la main du maître, peinte dans un ton vaporeux sur un fond clair, et Mercure et Argus {Œuvre. N° 644), au même musée, vrai chefd’œuvre d’une tonalité plus chaude, et inondé d’une lumière blonde ; la Sainte Famille du musée de Madrid {Œuvre. N° 222) et celle du musée de Cologne {Œuvre. N° 229) ; Méléagre et Atalante, {Œuvre. N° 640) de la Pinacothèque de Munich; le Héros couronné par la Victoire, {Œuvre. N° 831), du musée impérial de Vienne; le Jugement de Paris, de la National Gallery de Londres {Œuvre. N° 663) ; Diane et Actéon, en dernier lieu dans la collection Schubart à Munich, {Œuvre. N° 601) ; Bacc/uis sur son tonneau, {Œuvre. N° 574) à l’Ermitage de Saint Pétersbourg; les Nymphes et Faunes, du musée de Madrid {Œuvre. N° 649).

Tous ces tableaux sont de petits chefs-d’œuvre. Le Bacchus sur son tonneau, les Nymphes et faunes et la Bethsabée sont d’un ton plus clair comme nacré, le Mercure et Argus, le figement de Paris, Méléagre et Atalante sont éclairés d’une lumière plus chaude, plus vaporeuse; mais tous sont inondés de soleil et d’une incomparable richesse de nuances. C’est ainsi que les teintes blondes dominent dans Bethsabée, où des tons clairs se jouent sur la chevelure crespelée de la jolie femme, sur sa chemise transparente et chiffonnée, sur la draperie rouge et sur les plis cassés de la robe bleue du nègre ; la lumière est réflétée par le vase de verre placé au pied de la baigneuse, par le palais de marbre, dans le fond et flotte diffuse dans l’atmosphère. Nulle part les teintes ne sont éclatantes; elles s’harmonisent, se fondent, se combinent dans un ensemble plein de douceur, discret de tons, mais rayonnant de lumière. La scène du Jugement de Paris, se passe par un soir d’été dans un paysage aux arbres noueux et aux épais massifs. Paris et Mercure s’effacent dans les vapeurs lumineuses, tandis que les déesses ressortent blanches et fermes sur un fond de verdure et de nuages; Junon, le dos en pleine lumière, a sur les contours des ombres d’un brun moelleux, sa large draperie carmin a glissé de ses épaules et s’est arrêtée entre la hanche et le genou; Vénus est blonde, potelée, presque enfantine: Minerve est fièrement campée; toutes trois rivalisent de grâce dans la finesse et l’opulence de leurs tons lumineux et se détachent éclatantes sur la douceur du fond aux teintes rissolées. Le Méléagre et Atalante de Dresde, copie du tableau de Munich {Œuvre. N° 641), la Madeleine

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