‹ RubensChapitre 117 sur 164 · LA CONVERSATION A LA MODE · texte numérisé non relu

LA CONVERSATION A LA MODE

poussé par Cupidon, se dispose à danser; un autre couple assis par terre se livre à une causerie intime, elle a posé le bras sur le genou de son cavalier, et, sa jolie tête appuyée sur sa main, elle écoute rêveuse les doux propos que lui adresse son compagnon. Au milieu, trois dames sont assises et en invitent une quatrième à prendre place auprès d’elle; à côté de chacune des trois premières, on voit un petit amour ; un cavalier tenant une guitare est debout auprès du groupe. A droite, un couple descend, en se donnant le bras, un escalier pour rejoindre le groupe central. Tous ces personnages sont jeunes, beaux, heureux de vivre, les femmes ont des formes opulentes, les hommes, des allures distinguées ; les costumes sont riches et éclatants ; le décor est d’une merveilleuse beauté : c’est une fontaine dont les jets d'eau retombent

d’étage en étage, un berceau où les roses se mêlent à la verdure, un pavillon dont l’entrée est ornée de riches sculptures, et dans le fond, une vue sur un jardin princier. Le soir tombe, la lumière s’adoucit, les ombres sont transparentes, l’air calme est plein de rêverie. C’est l’heure où le cœur s’attendri I et s’ouvre aux émotions douces ; et tous ces gens jouissent du bonheur d’être beaux, d’avoir l’esprit cultivé, d’aimer et d’être aimés. Impossible de se figurer un spectacle plus magnifique, des êtres plus élégants et une plus splendide peinture. Le charme de cette lumière vespérale qui revêt toute chose de teintes moelleuses, la richesse des costumes, la chair potelée des femmes, le jeu des nuances, des moires, des reflets, tout montre que Rubens a senti la grâce et la poésie

Un couple se tenant embrassé — Dessin. Etude pour la

Conversation à la Mode (Musée Fodor, Amsterdam). de cette scène mondaine et qu’il a voulu faire

partager à d’autres son plaisir.

Du temps de Rubens ce tableau s’appelait la Conversation à la mode ; on dirait aujourd’hui une Garden party. L’artiste s’est évidemment souvenu d’une Conversazione dont il a pu être témoin dans un palais italien ; c’est un souvenir exotique qu’il a adapté à son milieu national. Les réunions mondaines de son temps n’auront sans doute pas répondu tout à fait à ce type idéal qu’il avait conçu. Cependant le monde où il vivait, et qu’il nous montre sur cette toile était très raffiné, s’habillait avec élégance, avait des manières courtoises ; mais il avait des mœurs peu sévères, si l’on en croit le père Poirters, qui a fait une peinture satirique de la façon dont on y passait le temps :

On s’asseyait sous un berceau de verdure, ou bien l’on faisait une promenade sur l’eau pour se donner de l’appétit, ou encore l’après-midi on montait en carrosse pour faire le pèlerinage de Vénus au Tour à la mode; le soir venu, on chantait, on dansait la nuit entière, et l’on faisait l’amour d’une façon qui ne peut se raconter. » (1)

(1) Pater Poirters : liet masker van de wereld afgetrokken. page 272.

Page 1