FRANÇOIS WOUTERS. — VICTOR WOLFVOET ET AUTRES
» Italie, » Jordaens retoucha en 1637 deux grandes toiles faisant partie de cet arc de triomphe, que l’on voulait offrir au cardinal-infant. Van den Hoecke n’est donc pas resté longtemps chez Rubens: entré chez lui après 1630, il quitta la ville, peu après 1635. Un fait qui tend à prouver sa parenté artistique avec le maître, c’est que plusieurs gravures faites d’après ses tableaux passent pour des reproductions de tableaux de Rubens. Revenu au pays, il le quitta de nouveau pour aller à Vienne où il devint peintre en titre de l’archiduc Léopold-Guillaume. Devenu gouverneur des Pays-Bas espagnols, en 1647, celui-ci ramena avec lui Jean van den Hoecke qui se fixa à Anvers, où il mourut en 1651.
François Wouters. Plus d’un peintre a travaillé chez Rubens, sans que nous en ayons la preuve positive ; François Wouters est un de ceux sur lesquels le hasard nous a renseigné d’une façon satisfaisante. Il était né à Lierre et fut baptisé le 2 octobre 1612. En 1629, son père le mit en apprentissage chez Pierre van Avont, le distingué peintre d’enfants. Mais au commencement de Juin 1634, le jeune artiste quitta l’atelier de son maître, et van Avont se plaignit au Magistrat de ce que : « François Wouters eût quitté sans rime ni raison son atelier, pour la boutique du sieur Rubens, quoiqu’il lui eût fait faire un habit somptueux, valant bien » 13 livres. (1) II ne resta pas longtemps chez son nouveau maître; mais se rendit à Vienne où il devint peintre en titre de l’empereur Ferdinand II. En 1641, il était de retour à Anvers, où il fut chargé de taxer les œuvres d’art laissées par Rubens. II mourut en 1659. Malgré son titre ronflant, il nous reste de lui bien peu d’œuvres, qui ne sont pas d’un mérite extraordinaire.
Victor Wolfvoet et autres. — On cite encore comme élève de Rubens, Victor Wolfvoet qui peignait tout à fait dans sa manière. Né en 1612, il mourut en 1652. On a de lui fort peu de tableaux. L’un de ceux-ci, une Tête de Méduse , au Musée de Dresde, rappelle parfaitement la manière dont Rubens a traité le même sujet dans un tableau qui appartient au Musée impérial de Vienne. Il était aussi marchand de tableaux, et dans la succession figurait, outre plusieurs tableaux de sa main, de nombreuses copies d’après Rubens et des esquisses du maître. Ses tableaux : Sainte Catherine, une Abondance, Y Enlèvement des Sabines et la Réconciliation des Sabi/is, une Chasse de Méléagre et d'Atalante, une Pastourelle, Mars et Venus, la Décollation de Saint Paul, représentent tous des sujets traités aussi par Rubens.
Corneille De Bie cite encore Nicolas van der Horst, comme ayant été en apprentissage chez Rubens ; il était né à Anvers et travailla quelque temps à Bruxelles, où il mourut en 1646. Le même auteur mentionne aussi Lucas Franchois le Jeune, né à Malines en 1616. Il se rendit en France, revint en 1655, et mourut en 1681. Il parle également de Jean Thomas, né à Ypres en 1617, qui vint de bonne heure à Anvers, y adopta la manière de Rubens, et quitta cette ville après 1654, pour devenir d’abord peintre de l’archevêque de Metz, et ensuite peintre de l’empereur d’Allemagne. Il mourut à Vienne en 1673. Au moment du décès de Rubens, il travaillait chez celui-ci et les héritiers lui payèrent 90 florins « pour ce qu’il avait peint pour la maison mortuaire. »
Les héritiers payèrent aussi 300 florins à Nicolas de la Morlette, peintre, « pour avoir retouché les tableaux de la mortuaire. » Pierre Verluilst reçut 10 florins « pour ce qu’il
(1) F. Jos. van den Branden : Geschiedenis der Antwerpsche Schilderschool. page 806.
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Le Festin d’Hérodiade
(Hermann Linde)
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» avait peint dans la maison mortuaire. » Ces artistes peuvent donc être considérés comme des collaborateurs de Rubens. Rubens dit de ce dernier que c’était un peintre des plus ordinaires, et qu’il avait peint d’après un de ses dessins un paysage avec l’Escurial. (1)
On cite encore d’autres noms, mais sans preuves sérieuses ; c’est ainsi que Philippe Rubens mentionne expressément comme élève de son oncle, Jean Bronckliorst, qui paraît n’être jamais venu à Anvers. Quelques noms sont venus par hasard jusqu’à nous.
C’est ainsi que, dans une série de douze empereurs romains, {Œuvre. No 891), nous trouvons un tableau signé de Rubens (1619), un autre de Gaspard van den Hoecke (1622), et un troisième de A. Jansen (1618). Gaspard van den Hoecke est assez connu ; mais nous ignorons qui peut être l’autre, à moins que ce ne soit Abraham Janssens. Nous lisons encore dans un compte de Balthasar Moretus, sous la date du 18 février 1632: « A Monsieur » Petro Paulo Rubens, par Peter Boum son » disciple. » (2) Nous ne savons rien de ce Peter Boum ou plutôt Bom, si ce n’est qu’il fut reçu maître dans la confrérie de Saint-Luc en 1636-1637. et que sa dette mortuaire fut payée en 1668-1669. Le 10 juillet 1623, Peiresc écrit à Rubens, qu’il lui envoie une lettre par Maximilien, qui lui avait apporté des gravures et fait pour lui les dessins d’après des marbres antiques. Nous ignorons quel était ce Maximilien ; mais il est certain qu’il était au service de Rubens.
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Rubens jouit largement durant ses dernières années des fruits de son long et infatigable travail ; sa puissance créatrice garda jusqu’à la fin sa force et sa verdeur ; sa mort fut une apothéose. Le 15 avril 1636, le cardinal-infant l’avait nommé son peintre en titre, avec des émoluments de 500 florins l’an, et s’il n’avait plus avec la cour de Bruxelles des relations aussi fréquentes que du vivant de l’infante Isabelle, il continuait de jouir au même degré de la faveur et de l’estime du nouveau gouverneur. Nous avons vu que le roi d’Espagne lui demandait plus de tableaux qu’il n’en pouvait peindre; il était comme Velasquez, et peut-être à un plus haut
(1) Lettre de Rubens à Gerbier, 15 Mars 1640.
(2) Max Rooses : P. P. Rubens et Balthasar Moretus. P. 126.
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degré, le peintre favori de ce prince féru d’art. Il était en haute faveur auprès de Charles I d’Angleterre; le 24 mars 1638 (3 avril 1639), celui-ci donna encore l’ordre de lui remettre une chaîne et une médaille d’or de la valeur de 300 livres sterling. Il avait rompu toutes relations avec la cour de France depuis l’exil de Marie de Médicis, mais il était resté dans les meilleurs termes avec cette princesse. Il n’y avait pas jusqu'à Frédéric-Henri, le stadhouder des Pays-Bas, qui ne reconnût ses hautes facultés : le 2 juillet 1639, il fit inviter le peintre, par l’entremise de Constantin Huygens, à peindre un tableau pour lui. Le duc de Toscane lui fit une commande dans les dernières années de sa vie; elles affluaient de Madrid, de Prague, de Cologne, comme de toutes les villes du pays. Il avait mis son empreinte sur tout l’art de son temps et non seulement les artistes de sa ville et de son pays le prenaient pour modèle, mais architectes et sculpteurs voyaient en lui leur guide; les graveurs ne reconnaissaient d’autre maître que lui. Ils avaient fait connaître et admirer ses œuvres dans toute l’Europe et il avait donné à leur art une vigueur et une vie nouvelles. L’histoire de l’art ne mentionne point d’exemple d’une influence si universelle, d’une autorité si absolue, d’un triomphe si complet.
Il s’était retiré de la politique qui lui avait valu plus de déboires que de satisfaction, bien qu’on continuât de le consulter dans les affaires d’état. Une certaine consolation était réservée au couchant de sa vie à l’homme qui s’était acquitté avec tant de zèle et de conscience de sa tâche patriotique et dont l’unique déception au cours de sa carrière avait été l’échec de ses efforts en faveur de ses compatriotes ; un rayon de légitime espoir se glissa entre les sombres nuages, qui faisaient présager un funeste avenir. L’énergie du jeune gouverneur avait changé la face des affaires ; le vainqueur de Nordlingen était de taille à tenir tête au prince d’Orange, et en effet, il arrêta les armées ennemies, les fit même reculer. Si les gravures exécutées par van Thulden d'après Rubens, nous montrent le dieu Scaldis enchaîné et poussant son cri de désespoir, elles célèbrent aussi la journée victorieuse de Calloo. « Les affaires ont pris ici une autre tournure, écrit Rubens à son ami Peiresc, le 16 août 1635; de la défensive, nous avons passé à l’offensive dans la guerre, de sorte qu’au lieu de voir, comme il y a quelques semaines,
» soixante mille ennemis au cœur du Brabant, nous sommes en ce moment maîtres du terrain avec un nombre égal de soldats. La prise de Schencken nous a livré la clef de la Betuwe et de la Veluwe et nous portons la terreur chez l’ennemi, sans pour cela dégarnir l’Artois et le Hainaut, où nos troupes sont prêtes à repousser toute agression. Mais le cardinal-infant, jeune encore, suivit de près Rubens dans la tombe, laissant son œuvre inachevée. Après lui, la situation alla s’aggravant. Mais le maître glorieux n’eut pas la douleur de voir se consommer l’humiliation et le sacrifice de la ville et du pays qu’il aimait tant.
Son existence avait été très agitée et, dans ses derniers jours, il éprouvait le besoin du calme et de la tranquilité au milieu d’un petit cercle d’amis, à l’atelier et au sein de la famille. « Je suis un homme de paix, écrit-il à Peiresc dans la lettre du 16 août 1635, et je fuis comme la peste les querelles et les procès ; je tiens qu’un honnête homme doit désirer avant tout de jouir d’une parfaite tranquilité d’esprit dans la vie publique, comme dans la vie privée, en rendant tous les services qu’il pourra, sans nuire à personne. Il avait conservé ses relations intimes avec Gevartius, Rockox, Balthasar Moretus. Il continuait d’échanger de temps en temps avec Peiresc des lettres oii il n’était plus question de politique, mais d’art et de sciences, et où l’on s’occupait des ouvrages des premiers chrétiens comme de ceux de l’antiquité classique ; il s’occu-