‹ RubensChapitre 125 sur 164 · SES COLLECTIONS · texte numérisé non relu

SES COLLECTIONS

même; de Raphaël, il possédait un portrait et 8 copies de sa main ; de Paul Veronèse 4 tableaux et 2 dessins ; les maîtres allemands étaient représentés par un Albert Durer, 3 Holbein et 4 Elsheimer; dans sa collection, il se trouvait un ou deux tableaux de chacun de nos anciens maîtres nationaux : 2 portraits par Jean van Eyck, un tableau de Hugo van der Goes, un de Quentin Massys, 2 de Guillaume Key, un d’Antoine Moro, 3 de Frans Floris. Il aimait surtout Pierre

Breughel le Vieux, dont il possédait 12 tableaux. Parmi les contemporains, Adrien Brouwer était son favori ; il avait 1 7 tableaux de lui ; il en possédait 10 de van Dijck, tous de sa première manière, croyons-nous ; de Jordaens, il en avait 3 ; il possédait quelques tableaux de ses collaborateurs, François Snijders, Paul De Vos, Jean Breughel, Wildens et 6 de François Ykens. Entre les jeunes maîtres hollandais, il doit avoir donné la préférence à Corneille Saftleven, dont il possédait au moins 8 tableaux ; il avait peint lui-même les figures de quatre d’entre eux.

C’était évidemment la beauté du coloris qui déterminait ses achats. Il aimait par dessus tous le Titien, parmi les Italiens, Elsheimer, parmi les Allemands, Breughel le Vieux et Brouwer, parmi les Flamands. Ce qui réjouissait son œil, c’était la couleur riche et éclatante de l’un, les tons chauds et les nuances délicates de l’autre. On a prétendu que Brouwer avait exercé de l’influence sur Rubens, qui à la fin de sa vie aurait adopté sa manière libre, ses tons nuancés et ses reflets. Nous croyons que Rubens était accessible à toutes les influences et à tous les enseignements, et qu’il peut avoir appris à l’école de Brouwer comme à celle du Titien. Il avait évidemment autant d’admiration pour le peintre flamand des paysans et des cabarets que pour le peintre italien des grands de la terre et des habitants des deux. Brouwer se fit inscrire pendant l’hiver de 1631 comme franc-maître dans la confrérie de Saint-Luc. Avant même qu’il arrivât à Anvers, Rubens avait acheté un de ses tableaux, une Danse villageoise, et le 4 mars 1632, il déclara, par devant notaire, qu’il possédait cette toile depuis un an. Mais conclure de là, qu’après 1630, Rubens avait changé de manière et s’était mis à imiter Brouwer, c’est fantaisie pure. Le maître évolua et se transforma régulièrement et par degrés depuis son retour d’Italie jusqu’à sa mort, depuis la Descente de Croix de l’église Notre-Dame, jusqu’à la Vierge entourée de saints de l’église Saint-Jacques, à Anvers. Sa dernière manière, celle qu’on veut qu’il ait empruntée à Brouwer, apparaît déjà clairement dans son Adoration des Rois du Musée

P. P. Rubens — Dessin. Etude pour son portrait à l’âge de 60 ans (Louvre. Paris).

Page 1