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L’INCRÉDULITÉ DE SAINT THOMAS

plan et dans la grotte du sépulcre régnent encore des ténèbres à moitié dissipées par la lumière qui émane du ressuscité. Dans l’espace étroit qui s’étend à gauche aux pieds du Christ, s’agitent les soldats romains, saisis d’étonnement et d’épouvante; trois d’entre eux sont encore courbés, trois se sont relevés ; les uns regardent, ébahis, le prodige qui s’accomplit, les autres détournent la tête avec effroi.

La peinture appartient encore à la précédente manière de Rubens. La lourdeur des ombres du premier plan, la musculature saillante des épaules du soldat qui se trouve en bas sur le devant, la touche sèche des hommes qui se tiennent debout, et surtout du Romain casqué, au visage blême de terreur, rappellent l 'Erection de la Croix, tandis que le dessin ferme et net des petits nuages flottant dans un ciel d'un bleu dur, font songer à ceux de la Dispute du saint Sacrement. La peinture unie et l’éclat chaud et gras de la poitrine du Christ, marquent la transition vers le Christ de la Descente de Croix et de Y Incrédulité de saint Thomas.

Sur le volet de gauche, on voit saint Jean-Baptiste, debout, enveloppé dans une peau de mouton ; il regarde du côté du panneau principal et lève la main comme s’il était frappé lui aussi par ce spectacle prodigieux. A droite se trouve sainte Martine ; d’une main elle tient une palme, de l’autre, elle soulève une draperie violet clair, jetée sur sa robe rouge. A côté d’elle gît un piédestal brisé ; derrière, on voit les débris d’un édifice antique : c’est un souvenir des faits racontés dans les Vies des Saints. Sainte Martine martyre fut conduite, par ordre de l’empereur, au temple d’Apollon pour y faire un sacrifice à ce dieu ; mais lorsque, au lieu d’obéir, elle fit le signe de la croix, l’idole tomba de son piédestal et une partie du temple s’écroula.

Dans les volets, les tons sombres dominent également.

La peinture est soignée, mais timide. Sainte Martine est drapée comme une statue antique dont elle a l’attitude; et en effet la même figure de sainte fut gravée par Schelte a Bolswert, sous le nom de sainte Barbe, et par Luc Vorsterman, sous celui de sainte Catherine. Au bas de cette dernière planche, le graveur mentionne expressément qu'il l’a burinée d’après une statue antique.

L'incrédulité de saint Thomas. Lorsque Rubens eut mis la dernière main à la Descente de Croix, son ami Nicolas Rockox, chef du Serment des Arquebusiers, lui commanda un autre ouvrage important, un triptyque destiné à être placé sur son tombeau et celui de sa femme Adrienne Perez (Œuvre. Nos 346-350). Rockox était né le 14 décembre 1560 et mourut le 12 décembre 1640. Sa femme mourut le 22 septembre 1619. Il s’y était donc pris à temps pour s’assurer que nul autre que Rubens ne peindrait son tableau funéraire. Le triptyque fut placé

Nicolas Rockox (Musée, Anvers).

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