L'INCRÉDULITÉ DE SAINT THOMAS
sur l’autel de la chapelle de Notre-Dame dans l'église des Récollets. Rockox avait une prédilection particulière pour ce temple qui était situé dans son voisinage et où les membres de plusieurs familles notables s’étaient fait construire des caveaux. Les églises des franciscains avaient jadis le privilège d’être choisies pour dernière demeure par les personnages de distinction. Le tableau y resta jusqu’à l’époque de la révolution française, lorsque les envahisseurs le transportèrent à Paris. En 1815, il nous revint et fut donné au musée d’Anvers.
11 se compose d’un panneau principal ; Y Incrédulité de saint Thomas et de deux volets dont celui de gauche représente le portrait de Nicolas Rockox, celui de droite, le portrait d’Adrienne Perez. Les armes des deux époux sont peintes au revers de leur portrait ; sur le volet de gauche, dans le coin supérieur du même côté, on lit le millésime 1615; mais en regardant les chiffres de bas en haut, on reconnaît que le dernier fut d’abord un trois et que le millésime primitif était donc 1613. Je ne trouve pas d'autre explication à cette double date, que de supposer que Rubens avait achevé le portrait de Nicolas Rockox et peut-être celui de sa femme, dès 1613, et le marqua alors de la première date, qu’il changea deux ans plus tard, après avoir achevé le panneau principal. Le portrait de Rockox est un des meilleurs que Rubens ait peints. Le bourgmestre d’Anvers est représenté à peu près de profil. Il est nu-tête et porte une fraise, un habit fermé sur la poitrine au moyen d’une rangée de petits boutons d’or, et un manteau noir fourré de martre. La main droite est posée sur la poitrine, à la hauteur des boutons; la main gauche tient un livre de prières. Les cheveux et la barbe, courts et clair-semés, sont de couleur foncée. Les traits sont réguliers, le nez pointu, la bouche un peu rentrée, les lèvres minces et serrées. L’œil est bien ouvert et regarde droit devant lui. Le front est haut et régulièrement bombé. Le ton des vêtements est tempéré, de sorte que la main charnue ressort vivement sur la poitrine. Un peu plus bas, la tranche dorée, le velours rouge de la reliure du petit livre de prières et la chair claire du bout des doigts, mettent une tache de couleur vive. La tête est faite de tons bien fondus, qu’éclaire une lumière douce et dit avec calme et précision ce que le peintre a voulu lui faire dire. Il s’était proposé de représenter un homme très distingué, ayant la perspicacité qui sied au magistrat, et la vivacité d’esprit de l’homme qui s’intéresse à tout : administration, politique, lettres et beaux-arts. Le portrait de Rockox peut servir d’exemple de la manière de Rubens en ce genre pendant ses premières années. Il a toujours aimé les hommes sains de corps et d'esprit, et il a donné, autant que la vérité le lui a permis, ces qualités à ses modèles. Les portraits sont peints d’après nature, ils ont l’air bien personnels, bien vivants. Il ne leur prête pas comme van Dijck une haute distinction, mais il leur donne quelque chose de son souffle puissant, de son sang chaud, et en fait autant que possible des êtres robustes. De même que les autres portraits de cette époque, son Rockox est conçu avec sagesse et modération ; plus tard, la matière dominera davantage. La chair deviendra plus souple, plus exubérante aux dépens de l’intérêt donné à l’homme intérieur ; ici l’artiste s’est plus attaché à rendre le caractère du modèle, et l’esprit parle plus haut que la vie matérielle dans les traits délicats du visage.
Rubens peignit une fois encore son ami Rockox au déclin de leur vie à tous les deux. Le tableau est perdu et ne nous est connu que par la gravure de Pontius datée de 1639 (Œuvre. No 1035).
Le portrait d’Adrienne Perez est bien inférieur ; le modèle était moins heureux et Rubens