‹ RubensChapitre 18 sur 164 · L’INCRÉDULITÉ DE SAINT THOMAS · texte numérisé non relu

L’INCRÉDULITÉ DE SAINT THOMAS

ne se donna pas beaucoup de peine pour le rendre intéressant. La chevelure brune relevée en bandeaux raides, est couverte d’un petit capuchon noir dont le bout arrondi descend sur le front ; les yeux louchent quelque peu, les traits insignifiants sont ceux d’une femme sans hautes capacités intellectuelles. Les mains d’une pâleur dure tiennent un rosaire aux grains de corail rouge. Le portrait des deux époux est destiné à être placé dans une église; aussi sontils représentés l’un et l’autre en prière. Mais pour l’homme, les pratiques du culte sont évidemment accessoires, et son esprit est surtout tourné vers les choses de ce monde ; pour la femme, la prière est la grande affaire et elle s’y livre avec plus de ferveur.

Le panneau du milieu représente le Christ avec trois de ses apôtres, saint Jean, saint Thomas et un troisième dont il n’est pas possible de préciser le nom. Les personnages sontvus tous les quatre jusqu’aux genoux. Le Christ est nu jusqu’à la ceinture, une draperie rouge clair, qu’il porte sur le bras gauche, entoure ses reins, un linge blanc dépasse légèrement la draperie sur la cuisse. Le Sauveur lève une de ses mains et ouvre légèrement l’autre qu’il incline pour montrer ses plaies. Son visage, vu de profil, offre des lignes régulières. Ses cheveux châtains lui tombent dans le cou, sa jeune barbe floconneuse est de la même couleur, l’expression de la physionomie est débonnaire et contribue avec la mollesse des traits à donner à la tête un air à la fois de lourdeur et de suffisance, qui est particulièrement énervante. La poitrine et les bras ne sont pas exceptionnellement robustes, mais ils témoignent d’une santé florisante ; c’est un homme qui n’a jamais souffert ni travaillé, ou dont le corps a été complètement renouvelé par la résurrection qui a effacé toute trace de fatigues et de soucis. La chair est ferme, l’épiderme velouté ; des teintes jaunâtres et lumineuses mêlées à la couleur rosée lui donnent un air de fraîcheur et d’éclat. Sur les tons dominants, les creux du modelé sont indiqués par des teintes d’un gris bleuâtre. Les tons doux et lumineux sont fondus pour rendre une chair potelée sans muscles et sans os. Les bords de la poitrine et des bras sont marqués par de légères ombres brunâtres, où se jouent les reflets rouges de la draperie ; le cou et les autres parties que n’atteignent pas ces reflets, ont ce luisant et cet éclat incandescant que Rubens employait surtout à cette époque pour rendre ses ombres transparentes. Le centre de la composition, c’est le Christ et son torse nu. Rubens a voulu en faire le modèle irréprochable, non de la beauté académique en général, mais de la beauté flamande bien nourrie, avec des chairs moelleuses sous la blancheur de l’épiderme. Après cela, son Homme-Dieu n’a plus grand’ehose de divin ; c’est un bel homme bien découplé, mais rien de plus. On peut en dire autant des apôtres ; ils ont respectivement la tête d’un jeune homme blond, celle d’un vieillard, celle d’un homme fait, robuste et à cheveux châtains bouclés. La figure la plus vivante est encore celle du vieux Thomas, qui regarde les plaies d’un œil défiant; Jean est l’homme crédule qui admet sans examen ce qu’on lui dit et admire de confiance ; le troisième n’est qu’un figurant. Ce sont tous les trois des modèles vivants ayant juste assez de mouvement pour ne pas paraître de bois. La chevelure et la barbe sont soignées et traitées avec un détail qui va jusqu’à l’indication de chaque poil en particulier, ce qui est une des caractéristiques de Rubens à cette époque. Les mains du Christ et celles de saint Jean sont belles et traitées avec soin ; celles du disciple bien-aimé ont les doigts longs et fins avec les bouts effilés que Rubens aimait à donner à ses personnages.

L Incrédulité de saint Thomas a trop peu de valeur intrinsèque pour justifier une description étendue; mais ce tableau est intéressant parce qu’on peut le regarder comme le témoignage

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