LES ADORATIONS DES ROIS
Les Adorations des Rois. - Vers la même époque, Rubens peignit plusieurs autres exemplaires de X Adoration des Rois. L’un d’entre eux (Œuvre. No 158) se trouve au Musée de Bruxelles, et provient de l’église des Capucins de Tournai. Comme dans X Adoration de Malines, Marie est debout tenant son enfant, qui pose les pieds sur les bords de la crèche et la main sur le crâne chauve du roi agenouillé. Ici aussi, les deux autres rois sont debout à gauche ; l’un, les mains croisées sur la poitrine, lève avec respect les yeux sur Marie; l’autre, le roi maure, regarde la scène avec une admiration joyeuse et naïve. A l’extrême droite, se tient un page d’environ quatre ans, comme celui qui figure sur le tableau de Malines et qui a, comme ce dernier, les traits d’Albert Rubens, né en 1614. De même que dans le retable de Malines, la suite des rois est rangée sur un escalier qui conduit à l’étage, et d’où elle contemple la scène. Le chevalier armé de toutes pièces, qui, sur le tableau de Malines, est debout derrière les rois, se tient ici sur la première marche de l’escalier, et empêche les hommes de la suite de descendre. Ici encore, la scène est éclairée par des torches que portent des serviteurs. On pourrait énumérer d’autres points de ressemblance ; mais les différences ne sont pas moins sensibles. C'est d’abord la composition. Marie ne se tient pas sur le côté, mais au centre ; les pages sont séparés, l’un à droite, l’autre à gauche; les porteurs de torches sont en bas; les présents ne sont point portés par les rois, mais par des hommes de leur suite. L’ordonnance est loin d’être aussi solide que dans le tableau de Malines ; elle est plus lâche, plus morcelée. L'éclairage aussi est différent : aucune clarté n’émane de l’enfant Jésus, et la scène est éclairée par la lumière du soleil, de sorte que les torches ne servent guère que d'ornements. Le retable de l’église Saint-Jean est d’une couleur claire et tendre ; celui de Bruxelles est d’un ton intense et vigoureux. Le manteau doré du roi agenouillé, ample et riche comme une chape d’évêque, et le large vêtement rouge du roi qui se tient debout, forment deux dominantes puissamment colorées. A côté de ces tons intenses et lumineux ressort le bleu de la robe de dessous du roi agenouillé, du vêtement de Marie et de l’habit somptueux et éclatant du petit page ; tout cela forme un ensemble richement et hautement coloré. Rubens peignit les groupes du bas de la composition et fit exécuter d’après ses dessins la partie supérieure par ses aides, dont il revit et retoucha le travail.
Une troisième Adoration des Rois (Œuvre. N" 173) fut peinte vers la même époque. La scène s’y étale en largeur, et le groupe principal offre beaucoup de ressemblance avec celui du tableau précédent ; Marie tient l’enfant qui est debout sur le bord de la crèche et pose une main sur la tête du roi agenouillé. Derrière celui-ci, se tient un deuxième roi, coiffé d’un lourd turban et drapé dans un long manteau rouge sur une robe blanche ; le roi nègre debout, dans une attitude majestueuse, porte un manteau bleu sur une robe de drap d'or. Le groupe formé par la Sainte Famille et les trois princes orientaux, occupe, au premier plan, toute la largeur du tableau ; derrière eux, au second plan, se pressent les hommes de la suite. L’action est insignifiante ; le peintre a cherché l’intérêt dans un étalage de personnages princiers magnifiquement vêtus. La part de Rubens dans la peinture est infiniment moindre que pour les tableaux précédents ; la Sainte Famille et le petit page debout à côté du roi agenouillé et auquel Rubens a, cette fois encore, donné les traits de son fils aîné, sont seuls de la main du maître; le reste a été peint par des élèves et légèrement retouché par Rubens. La Vierge surtout est remarquable ; c’est une belle et robuste figure, vêtue par exception d’une robe blanche, sur laquelle est jetée