LES ADORATIONS DES ROIS
une sorte de mantille noire. Elle rappelle la Marie de l’ Adoration de l'église Saint-Jean à Malines, mais la peinture est beaucoup plus belle et mieux conservée. Nous savons peu de chose de l’histoire de ce tableau. Le 17 septembre 1698, il fut vendu par un certain Gisbert de Cologne à l'électeur de Bavière, Maximilien-Emmanuel, qui le plaça dans son château de Schleissheim. En 1800, il fut enlevé par les Français et donné en 1805 par le gouvernement au Musée de Lyon, où il est resté.
Toujours à la même époque, et probablement en 1620, à en juger par la facture, Rubens peignit une quatrième Adoration des Rois, qui se trouve aujourd’hui au Musée de l’Ermitage à Saint-Pétersbourg (Œuvre. N° 175). Ce tableau est à peu près carré, un peu plus large que haut. Marie est assise et tient sur ses genoux l’enfant, qui étend la main vers les pièces d’or dont est pleine la coupe offerte par le roi agenouillé. C’est le roi nègre qui joue ici le rôle principal. 11 est debout en première ligne au centre de la composition. Son immense manteau rouge, couvert de broderies, et dont la traîne est portée par un page, remplit la moitié de la largeur du tableau. Cette fois encore, Albert Rubens a servi de modèle pour le page, et comme il a 5 à 6 ans, le tableau doit dater de 1619 ou 1620. Dans le fond, on voit un bâtiment ruiné, et la suite des rois, à cheval ou debout sur un escalier de quelques marches. La composition se distingue par le mouvement et l’heureux agencement des groupes ; la peinture est de la main d’un élève et légèrement retouchée par Rubens. L’histoire du tableau est inconnue ; tout ce qu’on sait, c’est qu’il fut acheté par ordre de Catherine 11, pour l’Ermitage, à la vente Dufresne, qui eut lieu à Amsterdam le 22 août 1770.
Une autre interprétation du même sujet, en tout semblable à la précédente, sauf qu’elle était un peu plus haute et beaucoup plus large, décorait l’autel dans l’église Saint-Martin de Bergues-Saint-Winnox (Œuvre. N» 1 75 1 ). Elle fut vendue en 1766 à M. Randon de Boisset et parut successivement dans plusieurs ventes. A celle de Charles Bonaparte en 1853, elle fut achetée par M. Bâtes.
Un autre exemplaire de la même époque fut peint en 1621 pour l’archiduchesse Isabelle (Œuvre. N° 161). A la mort de la princesse, ce tableau se trouvait dans son oratoire avec deux autres tableaux de Rubens, une Naissance du Christ (Œuvre. N° 153) et une Descente du Saint Esprit (Œuvre. N° 354). L’état, dressé en 1639, des objets précieux qui s’y trouvaient rassemblés et qu’lsabelle avait légués par testament à l’église Sainte-Gudule, porte ce qui suit : « Un grand tableau sur toile représentant l 'Adoration des Rois, peint par Rubens en 1621 pour 400 florins large de 10 >/2 pieds, haut de 8 pieds ; une Naissance du Sauveur par Rubens, qui a coûté 300 florins, tableau sur toile, ayant 8 1/2 pieds de hauteur et de largeur; une Descente du Saint Esprit par Rubens, a coûté 300 florins, sur toile, haute de 10 pieds, large de 16. » Ces tableaux furent placés dans la chapelle du Saint-Sacrement du Miracle. En 1706, ils furent vendus avec les œuvres d'autres grands maîtres, qui décoraient cette chapelle, pour permettre de faire des boiseries et d’acheter de nouvelles orgues. On ignore ce qu’ils sont devenus ; jamais on n’entendit plus parler d’aucun des trois tableaux. Quoique l’état dressé en 1639 ne mentionne pas que les tableaux commandés par Isabelle aient été livrés tous les trois en 1621, cela est assez probable, puisqu’ils sont nommés en même temps que Y Adoration des Rois, pour laquelle cette date est indiquée, et aussi parce que Rubens peignit vers le même temps pour le comte palatin Wolfgang-