LES TABLEAUX PEINTS POUR WOLFGANG-GUILLAUME DE BAVIÈRE
soin avait été de favoriser autant que possible la religion romaine dans son duché. Pour atteindre ce but, il déploya tout le zèle d’un nouveau converti. 11 fit rendre toutes leurs églises aux fidèles de l’ancienne religion, et fonda dans sa résidence un couvent de Jésuites, dont la chapelle fut consacrée le 21 octobre 1618. C’est à ce temple et à d’autres situés dans ses états, qu’il fit don des tableaux qu’il commanda à Rubens.
Avant même que l’église des Jésuites de Neubourg fût ouverte, le grand artiste avait peint pour le maître-autel son grand Jugement dernier, dont nous avons parlé plus haut. En effet, le 28 avril 1618, Rubens fait allusion à ce tableau, qu'il avait livré à Wolfgang-Guillaume au prix élevé de 3500 florins. La commande de trois autres tableaux suivit de près. Deux d’entre eux, la Naissance du Christ ou Y Adoration des Bergers (Œuvre. N° 149) et la Descente du Saint- Esprit (Œuvre. N° 353), étaient très avancés le 11 octobre 1619, comme Rubens l’écrit au duc; le 7 décembre suivant, le peintre annonce qu’ils sont achevés; le 24 juillet 1620, ils étaient arrivés à Neubourg, où ils devaient être placés sur les autels latéraux de l’église des Jésuites. Le troisième tableau, Saint Michel précipitant les anges rebelles du ciel en enfer (Œuvre. N° 86), avait déjà été commandé le 11 octobre 1619, car ce jour Rubens écrit à Wolfgang-Guillaume: « Le sujet de saint Michel est très beau, mais très difficile ; aussi, je doute que parmi mes élèves » il s’en trouve un seul qui soit capable de l’exécuter, même d’après mes dessins. En tout cas,
» je devrais le retoucher moi-même soigneusement. » Il n’y a pas de doute que le tableau ne fût peint immédiatement après les autres en 1620; il fut donné par le duc à l’église de Hemau, petite ville de Bavière, près de Ratisbonne, où il fut placé sur le maître-autel. Le Musée de Buda-Pesth en possède l’esquisse. Les trois tableaux se trouvent, de même que le grand Jugement dernier, à la Pinacothèque de Munich. Tous les trois sont peints en majeure partie par des élèves d’après les dessins du maître, et retouchés par lui.
Dans 1 "Adoration des Bergers, Marie montre le petit Jésus aux pasteurs accourus pour le voir et qui s’agenouillent ou s’inclinent pour contempler l’enfant, qu’ils adorent les mains jointes. Ils sont pauvrement vêtus, mal soignés ; l’un d’entre eux a passé sa musette dans sa ceinture ; une bergère porte une cruche de lait sur la tête ; un agneau, présent de ces humbles, gît dans un coin, les pattes liées ensemble. C’est une scène de la vie de gens simples de condition, de cœur et d’esprit. Une troupe d’anges, grands et petits, proclament du haut des deux la bonne nouvelle. La couleur est variée, mais la peinture est extraordinairement mate et cotonneuse; les animaux ont été peints par un peintre de quatrième ordre; le reste a été un peu retouché par Rubens, particulièrement dans les parties inférieures.
Dans la Descente du Saint-Esprit, les apôtres sont assemblés avec Marie dans une salle d’architecture romaine. Le saint Esprit plane dans les hauteurs, d’où descendent des langues de feu. Debout, agenouillés ou courbés, les bras étendus, les mains jointes sur la poitrine ou levées en l’air, les disciples du Christ contemplent le phénomène surnaturel avec un étonnement joyeux. Marie joint les mains et lève les yeux au ciel, avec un recueillement tranquille ; l’expression des figures est bonne, mais les couleurs sont d’une dureté exagérée, comme si Rubens avait travaillé pour un homme d’un goût médiocre, préférant les morceaux à effet à l’art véritable.
Dans la Chute des anges rebelles, Dieu le Père plane aux cieux. Au-dessous de lui, l’archange Michel se précipite en avant, armé de l’épée flamboyante et du bouclier qui porte le nom de Jéhovah ; quatre anges descendent à ses côtés, l’un armé de la foudre, le second, d’une