‹ RubensChapitre 31 sur 164 · LE CHRIST ENTRE LES LARRONS · texte numérisé non relu

LE CHRIST ENTRE LES LARRONS

iance ; deux autres tombent sur les réprouvés à coups de poing. Les rebelles sont représentés sous la forme d’un dragon à sept têtes et au corps de serpent et par six monstres ayant des têtes d’animaux sur des corps d’hommes. Dans le haut, on voit un rayonnement de lumière céleste ; dans le bas, un coin d’enfer.

Ces trois tableaux sont dans le goût de ceux que Rubens faisait pour l’exportation et dont il confiait pour la plus grande part l’exécution à ses élèves. Il en fit lui-même les dessins et pour montrer qu’il ne les regardait pas comme indignes de lui, il fit graver les trois œuvres par deux de ses meilleurs burinistes. Seulement, il ne trouva pas satisfaisante la composition originale de la Chute des Anges, et il fournit au graveur Luc Vorsterman un modèle qui ne concorde avec le tableau que par la disposition générale et le nombre des personnages.

Ainsi, pendant les six premières années de son règne, Wolfgang-Guillaume avait fait peindre par Rubens quatre grands retables. On peut se demander comment ce petit prince allemand résidant dans un district écarté, était entré en relations avec le maître flamand. Nous ne le savons pas de science certaine, mais nous pouvons le conjecturer avec une probabilité qui laisse peu de place au doute. Pendant la lutte pour la possession des duchés de Berg, Clèves et Juliers, entre le père de Wolfgang-Guillaume et le duc de Brandebourg, l’empereur Rodolphe II avait fait occuper la ville de Juliers par ses troupes. Les deux compétiteurs, qui administraient conjointement les duchés, s’emparèrent de la ville et chassèrent les impériaux en 1610. Trois ans après, le duc de Brandebourg expulsa le duc de Neubourg et resta seul maître de Juliers. Les Provinces-Unies des Pays-Bas prirent parti pour le duc de Brandebourg et tentèrent de s’emparer de la ville de Dusseldorf, qui appartenait à Wolfgang-Guillaume. L’empereur Mathias invita l’archiduc Albert à intervenir. Celui-ci envoya des forces sous le commandement du marquis Spinola sur le théâtre de la guerre. Spinola s’empara d’Aix-la-Chapelle et de Duren, et rétablit les choses dans l’état où elles étaient avant 1610. L’archiduc Albert avait donc rendu un important service à son fervent coreligionnaire Wolfgang-Guillaume, qui venait sur ces entrefaites de succéder à son père. Il vint dans notre pays en 1616 pour plaider sa cause. Comme il était en quête d’un peintre de talent, Rubens doit lui avoir été recommandé chaudement par l’archiduc; il a rencontré l’artiste à Bruxelles, ou est allé le trouver à Anvers et est ainsi entré en relations avec lui.

Le Christ entre les larrons. Parmi les œuvres importantes que Rubens produisit à cette époque avec une étonnante fécondité, il faut compter le Christ entre les larrons, connu sous le nom du Christ au coup de lance, qui appartient au Musée d’Anvers (Œuvre. N° 296). Le dernier acte du drame de la Passion se joue sur le sommet du Golgotha. Le Christ a expiré.

Il est suspendu à la croix, la tête penchée sur la poitrine, calme comme si le sommeil de la mort était pour lui le repos, beau comme si, la tâche accomplie, sa nature divine avait repris ses droits et sa majesté. Le drame humain continue autour de lui : les deux larrons se tordent encore sur 1 instrument du supplice, le bon larron implorant miséricorde, le mauvais, hurlant et se rediessant convulsivement sous les coups de la barre de fer avec laquelle un soldat romain lui a brisé les os des jambes. A gauche se tiennent deux cavaliers, dont l’un perce le flanc du Christ d un coup de lance, tandis que l'autre regarde le supplice avec attention. A droite, la Vierge s évanouit de douleur devant le spectacle déchirant qu elle a sous les yeux ; Jean, le

Page 1