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LE HÉROS COURONNÉ PAR LA VICTOIRE

à Prague, deux; le prince Albert de Solms Braunfels en possédait une, et, il y a une vingtaine d’années on en exposa une autre en vente à Vienne.

Le Héros couronné par la victoire. Une œuvre qui fut exécutée à la même époque que Y Histoire de De'cius et qui présente une ressemblance frappante avec un des tableaux de la série, c’est le Héros couronné par la Victoire, du Musée de Cassel (Œuvre. N° 830). Un guerrier, tête et jambes nues, portant un manteau rouge sur sa cuirasse est assis sur les cadavres de la Haine et de la Discorde. Dans la main droite, il tient l’épée encore souillée de sang et la gauche est placée sur son bouclier, qui repose sur le dos d’un prisonnier de guerre, gisant sur le sol. Une Victoire aux cheveux blonds, le torse nu, le bas du corps enveloppé d’une draperie pourpre, le couronne d’une main et élève de l’autre une palme au-dessus de sa tête. Un Génie ailé, tenant un faisceau de javelines à la main, est debout à côté d’un autel antique sur lequel sont placées une bannière rouge, des armes et une cuirasse. La Victoire a une ressemblance frappante avec la figure de femme qui couronne le héros, dans le tableau du Musée de Dresde. La même ressemblance existe entre les figures principales des deux tableaux ; le cadavre sur lequel est assis le guerrier est à peu près le même que celui qu’on voit dans la Mort de Décius et le guerrier enchaîné a beaucoup d’analogie avec celui des Funérailles de Décius. Rubens a donc repris, en le modifiant, un sujet qu’il avait traité précédemment et y a utilisé les figures empruntées à une de ses œuvres récentes. Mais le tableau surpasse de beaucoup le Héros couronné du Musée de Dresde. Le guerrier a quelque chose de saisissant. Il est transporté par sa victoire, ses regards plongent dans l’infini, il rêve à la renommée conquise, à ses plans pour l’avenir; il exulte dans sa gloire, prêt à tirer encore l'épée s’il le faut; aussi son œil tombe-t-il impitoyable sur le cadavre des vaincus comme sur une chose vile. Le tableau est tout entier de la main du maître; les modelés bleuâtres dominent dans la Victoire et dans le cadavre, la cuirasse et les ailes d’ange ont également une teinte bleue. Sur les contours, les ombres sont d’un brun foncé avec des reflets dorés. Le dos brun du prisonnier contraste fortement avec la pâleur du cadavre. La peinture est ferme dans son ensemble avec des contours nets sur un fond sombre; les teintes bleuâtres et la lumière intense, mais bien ménagée, lui donnent une puissance extraordinaire. Elle est bien plus vigoureuse que celle des œuvres de 1613 à 1615. Rubens a gagné en richesse de coloris et en éclat de tonalité. Cet éclat, qui ne va pas sans un peu d’acuité et de froideur, est caractéristique des années 1618 et 1619.

Le Héros couronné fut peint pour le vieux Serment de l’arc à Anvers, dans le local duquel le tableau était placé sur la cheminée. En 1749, il fut acheté par Gérard Hoet, peintre et marchand de tableaux à Anvers, qui était allé se fixer à Amsterdam. II ne paya pas plus de 5000 florins pour ce chef d’œuvre et pour une autre toile non moins intéressante, le Jubilé des doyens de l'arc, par Teniers, qui se trouve aujourd’hui à l’Ermitage à Saint-Pétersbourg; mais en échange du Héros Couronné, il dut livrer une copie qu'il fit faire par Aart Schouman à la Haye. A partir de cette même année 1749, le tableau appartient à la galerie de Cassel. Les commissaires de Napoléon I le transportèrent à Paris, et la tradition veut que l’empereur l’ait fait placer au-dessus de sa table de travail.

Au Musée impérial de Vienne se voit une répétition réduite (Œuvre. N" 831) où l’autel est remplacé par une colonne, et le Génie qui tient les javelines par une Bellone coiffée du casque

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