SUJETS TIRÉS DE L’ANCIEN TESTAMENT
moitié du xvne siècle, huit ans au plus tard après la mort de Rubens, cette toile se trouva donc en Danemarck et le comte de Ransau en fut le premier ou du moins l’un des premiers possesseurs. Quelques anciennes descriptions de la Belgique la placent dans une des salles de l’hôtel de ville de Bruxelles; c’est ce que fait entre autres Golnitzius, qui visita notre pays en 1624 et fit imprimer la relation de son voyage en 1631 ; c’est ce que font aussi les éditeurs de Guicciardini, dont l’ouvrage parut après cette dernière date. Mais Golnitzius a confondu avec le Jugement de Salomon un tableau de Rubens qui se trouvait à l’hôtel de ville de Bruxelles et qui représentait le Jugement de Cambyse. Il est bien vrai qu’un tableau représentant le premier sujet se trouvait alors dans cet édifice, mais il était de Michel Coxcie et il avait deux volets où figuraient des portraits d’échevins.
Un tableau qui offre une ressemblance assez grande avec le Jugement de Salomon et qui fut très probablement peint vers la même époque, c’est à dire en 1618, c’est la Continence de Scipion (Œuvre. N° 809), qui a été gravé par Schelte a Bolswert, comme le Jugement de Salomon. Cette toile qui a appartenu successivement au duc de Richelieu, à la reine Christine de Suède, au duc d’Orléans, à lord Berwick et à M. Yates, a été détruit en 1836 dans l’incendie du Western Exchange à Londres. La composition des deux tableaux a une grande analogie, l’attitude de Salomon et de Scipion sur le trône est à peu près la même.
David et Abigaïl (Œuvre. N° 120) est une œuvre moins importante de la même époque. Au xviie siècle elle appartenait an duc de Richelieu, qui en fit présent à de Piles. Elle fut achetée par M. Scrips à la vente Secretan à Paris en 1889. Elle représente Abigaïl, s’agenouillant devant le roi David, pour lui demander la grâce de son mari Nabal et pour lui offrir des présents. David se penche vers elle pour la relever. Derrière les deux personnages principaux, se tiennent des hommes et des femmes de leur suite. Ce tableau a été peint avec la collaboration des élèves de Rubens, et surtout de van Dijck. Le maître a retouché les figures principales. Rubens a traité dans ce tableau un sujet biblique, mais il a équipé ses guerriers à la romaine et leur a donné le casque à grand cimier, la cuirasse et la lance; son David a l’apparence et le costume d’un général romain. D’ordinaire, l’artiste se préoccupe peu de l’exactitude du vêtement. Tout ce qui est ancien, est romain pour lui; parfois aussi, les personnages qu’il emprunte aux siècles passés, portent des draperies qui n’appartiennent à aucune époque ; en général, le turban fait seul reconnaître les Orientaux.
Quelques-unes de nos remarques sur le précédent tableau conviennent aussi à la Réconciliation d'Esaii et de Jacob (Œuvre. N° 109). Jacob plie le genou devant Esaii, qui étend la main pour relever son frère, comme David le fait pour Abigaïl. Il porte le costume romain, de même que les deux guerriers casqués debout derrière lui ; un page tient son cheval. Il est accompagné de ses deux femmes; l’une est agenouillée au premier plan et tient un enfant qui se cramponne à son bras. A côté, on voit un troupeau de bœufs, de chèvres et de moutons ; à droite, deux chameaux sur l'un desquels est monté un nègre coiffé du turban. Ce tableau est haut de ton ; Jacob porte une robe verte avec des revers violets ; Esaii, une armure étincelante, sur laquelle est jetée une draperie rouge et bleue; Rachel porte un jupon couleur d’ambre; une autre femme blonde est vêtue d’une robe rouge. La peinture est mate et a été exécutée d’après une esquisse du maître par un élève, probablement van Dijck. L’œuvre date de 1618 et fut vendue en 1628 par Rubens au roi d’Espagne. Nous ignorons comment elle passa de Madrid à