MADONES
lande. Ce tableau fut vendu en 1895 avec la collection Lyne Stephens, chez Christie à Londres et appartient aujourd’hui au Musée des Beaux-Arts à New-York.
La Madone avec l'enfant Jésus sur ses genoux {Œuvre. N° 197), du Musée de Bruxelles, appartient à la même époque. L’enfant tient d’une main le voile de gaze de sa mère et de l’autre une fleur de myosotis. Dans le fond, on voit un paysage; à gauche, des rosiers en fleurs. Le paysage et les fleurs sont peints à la manière de Breughel, probablement par Ykens.
La Madone {Œuvre. V, 319) que possède le Musée de Berlin, fut peinte vers 1620. La Vierge est assise à une table couverte d’un tapis rouge à fleurs, et feuillette un livre d’heures enluminé. Sur la table est placée une corbeille de prunes ; dans le fond, on voit un paysage; à gauche, des rosiers dressent leur rameaux fleuris. La corbeille de fruits est de Snijders, le paysage de van Uden ; les fleurs sont traitées à la manière de Jean Breughel, mais par un autre artiste. Le tapis et le livre d’heures sont aussi d’un collaborateur.
Outre ses Madones, auxquelles collaborèrent Jean Breughel et d’autres peintres de fleurs, Rubens en produisit encore plusieurs autres. La plus ancienne, qui date du commencement de cette période, et probablement de peu après 1615, c’est la Vierge aux anges {Œuvre. N° 204) du Louvre. Marie est debout au milieu du tableau, portant l’enfant Jésus, qui entoure de son petit bras le cou de sa mère ; le groupe est soutenu par une demi-douzaine d’anges sans ailes ; d’autres esprits célestes au nombre d’une quarantaine, forment un cercle à l’entour. Le tableau est remarquable par la rapidité et la légèreté de la peinture et par les chairs rosées, aux ombres bleuâtres et transparentes.
Parmi les Madones, citées dans les catalogues, ou connues par des gravures, nous citerons encore celle que copia et chanta, en 1621, Anna Roemers Visscher, la poétesse hollandaise, remarquable par ses multiples talents {Œuvre. N° 187). C’est un petit tableau « où l’on voit les traits charmants d’une mère qui allaite son enfant chéri étendu devant elle. Eh bien ! mon petit cœur, lui dit-elle, es tu bien repu maintenant. Et pressant encore une fois son sein » elle arrose de lait blanc le mignon visage du petit innocent (1). »
Nous n’avons pas retrouvé l’original de cette Madone, dont nous ne connaissons que des répétitions, des copies ou des gravures. Nous avons vu en 1896, chez un marchand de tableaux, à Bruxelles, une de ces copies, peinte sur un panneau de 66 cm. de haut sur 52,5 de large ; une deuxième se trouvait à la même époque chez M. Ravaisson à Paris ; nous en avons découvert en 1898 une troisième au Musée Corsini à Rome, où elle figure sous le nom d’ Abraham van Diepenbeeck. Tous ces tableaux sont d’une facture dure et d’une tonalité brun foncé; l’enfant Jésus a une tête arrondie, qu’on dirait faite au tour. Ces particularités ne sont pas de nature à justifier l’engouement d’Anna Roemers Visscher, ni l’éloge qu’elle fait de la couleur: « ce blanc que le temps ne jaunit pas.
Une autre Madone fut gravée par Luc Vorsterman, et d’une manière relativement maladroite, permettant de conjecturer que ce fut un des premiers ouvrages qu’il exécuta pour Rubens. Elle daterait par conséquent de 1617. L’enfant est couché sur un lit en forme de sofa; la mère est assise derrière le lit et joint les mains en regardant son fils {Œuvre. N° 188).
Rubens a donc peint vers cette époque de nombreuses Madones. On ne peut les ranger
0) Aile de Gedichten van Anna Roemers Visscher, édité par Nie. Beets. Utrecht, Beyers, 1881. Il, page 85.