TABLEAUX D’ENFANTS
célestes ; leur tête est d’une vérité plus humaine. 11 y en a évidemment qui sont des portraits, avec quelque chose d'irrégulier et de personnel dans les traits que le maître a pris dans la nature. Ils portent une grappe de fruits, qui pour eux est tout un fardeau. Le premier tient le bout de la guirlande sur son épaule et marche, la tête basse, les cheveux pendants sur le front, courbé sous la charge; trois autres le suivent, soutenant les fruits qui, sur l’épaule, qui, sous le bras ; un autre marche derrière, le fardeau sur l’épaule, le ruban en main. Nous reconnaissons en lui Albert, le jeune fils de Rubens. Deux enfants sont assis sur le sol, soulevant la grappe de la tête et de la main. Quelle grâce inexprimable il y a dans la composition et la peinture ! Jamais on n’a peint de petits garnements plus espiègles, plus joyeux, mieux portants. Chaque enfant a une pose différente, mais parfaitement naturelle; tous les visages diffèrent d’expression, et marquent un caiactère et un sentiment personnel; réunis, ils forment l’ensemble le plus heureux et le mieux agencé. Il n’y a, du reste, aucune recherche dans les mouvements ni les formes: c’est la nature même, le maître a bien senti que rien ici ne surpassait la vérité et que pour le moelleux et l’opulence des chairs, il n’avait rien à inventer. Du vivant de Rubens, ce tableau appartenait à un de ses principaux admirateurs et protecteurs, l’évêque de Gand, Antoine Triest, pour qui il fut probablement peint, et dans l’inventaire duquel il figure en 1657. La grappe de fruits a été peinte par Snijders et compte au nombre de ses meilleures productions.
Ce tableau et la Madone, entourée d’une guirlande de fleurs, peinte par Jean Breughel, et d’anges de la main de Rubens, qui se trouve aussi à Munich et dont nous venons de parler, se valent et sont de la plus haute valeur artistique. Il est probable aussi qu’ils ont été exécutés vers le même temps. On remarque cependant une différence. Peignant en collaboration avec Breughel, Rubens a rehaussé son coloris pour rester en harmonie avec les couleurs plus vives de son collaborateur. Ses petits anges ont la chair plus vermeille avec des ombres brunes, des jeux de lumière sur les contours et des teintes bleuâtres sur les parties saillantes des chairs. La nécessité de renforcer le ton l’engagea à mettre une tache rouge sur les ailes du petit ange dans le coin supérieur de gauche, bien qu’il eût l’intention de lui donner des plumes blanches. Travaillant avec Snijders, Rubens n’a pas eu a modifier sa manière. Bien que les tons de son collaborateur soient plus variés et plus éclatants que les siens, l’harmonie ne s’en établit pas moins facilement entre eux. Rubens a peint ses enfants portant des fruits, avec plus de largeur et de moelleux que les anges qui entourent la Madone. Dans le premier tableau, les chairs sont plus blanches, plus laiteuses, moins rouges ; sur les modelés les ombres sont grises, mais éclairées par des jeux de lumière. En général, le ton de ce joyau d’art est plus froid, mais il a plus de finesse et de noblesse que celui de la Madone à la guirlande.
Voir le même homme peindre vers le même temps des drames effroyables comme ceux de ses Jugements derniers et de charmantes idylles enfantines, où la fraîcheur des chairs rivalise avec la naïveté du sentiment et l’agrément des attitudes, montre à l’évidence de quels dons multiples et divers était doué ce génie colossal et combien il était sensible aux impressions les plus opposées.
Les groupes d’anges et d’enfants ont toujours été un des sujets favoris des peintres italiens. On connaît les enfantelets qui figurent à côté de la Madone et des Saints dans les anciennes productions de leur école, jouant dans un paisible recueillement de la mandoline ou de la viole au pied du trône de la sainte Vierge, ceux qui dans le Couronnement de Marie par Fra Giovanni
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Sept enfants portant une guirlande de fruits
(Pinacothèque, Munich)
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