‹ RubensChapitre 46 sur 164 · SAINTES FAMILLES · texte numérisé non relu

SAINTES FAMILLES

nu sur les genoux d’Elisabeth. Il a les mains jointes et regarde le Sauveur avec l’expression d’un profond amour. St-Joseph est debout contre une colonne derrière Marie, et regarde avec émotion ce gracieux spectacle. La peinture est mince, le coloris chaud, l’enfant Jésus surtout est splendide. La Vierge, dont le visage est à moitié dans l’ombre, rappelle la femme au chapeau de paille, Susanne Fourment; le petit Jésus a les traits d’Albert Rubens. Le tableau fut peint en 1616 ou 1617 et est entièrement de la main du maître. Les auteurs qui l’ont le plus vanté, y critiquent le défaut de sentiment religieux; d’après eux, la Vierge et son fils ne sont qu’une mère et son enfant, fidèlement reproduits d’après la vie réelle. La même observation peut s’appliquer à toutes les Madones de Rubens. Si c’est un blâme, celle-ci le mérite ni plus ni moins que toutes les autres. Mois prétend que cette Sainte Famille provient de l’oratoire de l’archiduc Albert, pour qui elle aurait été peinte. En 1770, elle appartenait au prince Charles de Lorraine, gouverneur des Pays-Bas autrichiens; après sa mort, en 1780, elle passa dans la collection de l’empereur d’Autriche. Joseph II en fit présent à Burtin, le célèbre amateur d’art de Bruxelles. Après avoir changé encore à diverses reprises de propriétaire, elle fut achetée en 1846 par le marquis de Hertford ; Sir Richard Wallace en hérita de lui et en dernier lieu, elle fut léguée au Royaume Uni, en même temps que toute la riche collection dont elle faisait partie et dont on fit un Musée spécial.

La Sainte Famille de la galerie Pitti à Florence fut peinte peu après la précédente, probablement en 1618 (Œuvre. N° 228). L’enfant Jésus est assis dans son berceau et caresse le petit Jean debout à côté de lui, Marie, Joseph et Ste-Anne regardent cette scène d’un air attentif et attendri. La peinture a souffert, les figures de la Vierge et de Ste-Anne sont tachées et la tête des enfants n’a plus son éclat primitif, mais les personnages paraissent bien de la main de Rubens et les accessoires ont été retouchés par lui. La gravure de ce tableau a été publiée par Luc Vorsterman ; il se peut qu’elle n’ait pas été burinée par lui, mais elle doit avoir paru à la même époque que les planches signées de ce graveur.

Parmi les dernières, il faut citer une autre Sainte Famille (Œuvre. N° 227), gravée en 1620 et peinte peu auparavant. On y voit Notre-Dame, assise sur un banc, l’enfant sur les genoux. Celui-ci flatte de la main le menton de sa mère et se presse contre elle d’un air caressant. Le petit St-Jean, debout près de Marie, regarde ce badinage. St-Joseph porte la main à la bouche du mouton, qui accompagne St-Jean ; Ste-Elisabeth s’appuie des deux mains au berceau, placé au premier plan. Ce tableau, d’une couleur pâle et terne, a été peint par un élève d’après le dessin du maître. Le duc de Marlborough l’enleva en 1708 du château de Tervueren, où il figurait parmi les objets d’art, appartenant à nos gouvernants. 11 fut acheté par M. Charles Butler, à la vente de la galerie Marlborough.

Toutes ces Saintes Familles , et les autres qu’on doit à Rubens, sont des tableaux simples et touchants de la vie de famille où l’on voit une ou deux mères qui se réjouissent de la santé et du bonheur de leurs enfants et un père qui contemple la scène dans la joie et la bonté de son cœur. Les enfants sont plantureux, gracieux et blonds, comme de vrais enfants de la Flandre. Les mères, comme toutes ses Madones, sont des femmes aux chairs blanches et à la blonde chevelure, de ces femmes dont Rubens avait fait son idéal de beauté et qu’il trouvait d’autant plus belles qu’il les rencontrait plus rarement. Elles portent des vêtements de couleurs éclatantes, bleus et rouges, ajoutant ainsi les nuances les plus vives aux carnations les plus

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