LE CHRIST CHEZ SIMON LE PHARISIEN
brillantes pour exprimer toute la puissance d’une nature pleine de richesse et de vie. Il n’est pas question de religion dans ces peintures, à moins qu’on ne regarde comme une religion le culte de l’amour maternel, de l’innocence juvénile et du bonheur domestique.
Outre les tableaux qu’il peignit pour les églises, Rubens emprunta à l’histoire sainte les sujets d’autres grandes oeuvres appartenant à cette époque.
Le Christ chez Simon le Pharisien. Une des plus importantes, c’est le Christ chez Simon le Pharisien {Œuvre. N° 254). On connaît le récit de Luc VII : « Et l’un des Pharisiens » l’invita à dîner chez lui. Et étant allé dans la maison du Pharisien il s’assit à table. Et voilà
» qu’une femme, qui était une pécheresse dans la ville, ayant appris qu’il était assis à table dans
» la maison du Pharisien, apporta un vase d’albâtre précieux avec du parfum, et s’étant placée » derrière lui à ses pieds, elle commença à les baigner de ses larmes, et elle les essuya avec sa » chevelure, les baisa et les oignit de parfum. Mais voyant cela, le Pharisien qui l’avait invité se » mit à parler en lui même, disant: si celui-ci était un prophète, ils saurait bien qui est cette femme qui le touche et quelle est sa qualité et que c'est une pécheresse. Et Jésus, lui répon- » dant dit: Simon, j’ai quelque chose à vous dire et Simon dit : Parlez maître. Un créancier avait deux débiteurs, l’un lui devait cinq cents deniers et l’autre cinquante. Et comme ils n’avaient » pas de quoi le payer, il fit rémission de leur dette. Quel est celui qui l’aimera le plus? Simon » lui répondit, disant : Je suppose que ce sera celui à qui il a remis la dette la plus forte. Et il lui » dit : Vous avez bien jugé. Et s’étant retourné vers la femme il dit à Simon : Voyez-vous cette » femme? Je suis venu dans votre maison; vous ne m'avez pas donné d’eau, mais celle-ci a » baigné mes pieds de ses larmes et les a essuyés de ses cheveux. Vous ne m’avez point donné » de baiser; mais depuis que je suis entré celle-ci n’a pas cessé de me baiser les pieds. Vous
» n’avez pas oint ma tête de parfum. Mais celle-ci en a oint mes pieds : c’est pourquoi je vous
» dis : Il lui sera pardonné beaucoup de péchés parce qu’elle a beaucoup aimé : mais celui à qui » on pardonne moins aime moins. Et il dit à la femme: Vos péchés vous sont pardonnés. Et » ceux qui étaient assis à table commencèrent à dire en eux-mêmes: Qui est celui-ci qui par- » donne aussi les péchés? Et il dit à la femme: Votre foi vous a sauvée; allez en paix. »
Cette parabole frappante avec sa morale toute nouvelle, préconisant la vertu salutaire de la foi, et la rémission des péchés, relevant ceux qui sont tombés, bravant l’orgueilleux, fournissait à Rubens un sujet à son goût. La pécheresse est tombée aux pieds du Christ, qu’elle arrose de ses larmes et qu’elle essuye avec sa chevelure. A côté de lui, trois de ses apôtres sont assis à table, l’un réfléchissant aux paroles du maître, le deuxième se tournant vers son voisin et lui parlant de la leçon donnée aux Pharisiens, le troisième regardant le Christ en face, avec une expression haineuse. Les Pharisiens se sentent atteints par la leçon du réformateur. Quel est cet homme qui oublie ainsi le passé honteux de la pécheresse pour lui adresser des paroles de pardon et de louange; cet homme qui, calme et doux comme si sa parole n’admettait aucune contradiction, méconnaît leur moralité, leur haute respectabilité et leur adresse des paroles de reproche et de mépris ? Le maître de la maison, la coupe en main, son corps épais enveloppé d’une robe bariolée, son ample menton descendant a triple étage sur sa poitrine, regarde l'audacieux avec étonnement. Son voisin fixe sur le Chist un regard incisif, pénétrant et interrogateur ; un troisième se penche au-dessus de la table, menaçant, le sarcasme