SUJETS HISTORIQUES
Les deux nouveaux groupes du tableau de Berlin si différents qu’ils soient de caractère sont superbes l’un et l’autre. Quoique la grande Bacchante manque de relief, c’est une figure de femme des plus remarquables, effrontée, sensuelle, émoustillée sans vulgarité, sans autre pensée que de jouir de la vie libre et joyeuse, pure de formes et de couleur dans son juvénile abandon. Le satyre et la faunesse sont en belle humeur; lui regarde et étreint avec avidité la bacchante blonde, tandis que la faunesse se serre contre lui, espiègle et badine. En revanche rien de plus innocent et de plus gracieux que les enfants préoccupés uniquement de satisfaire leur gourmandise. L’ensemble forme un groupe joyeux, qui prend la vie du bon côté, se délecte à toutes les jouissances matérielles et déclare que l’existence est courte et que le plaisir est doux. La lumière est prodiguée, brillante et intense ; elle est brune et chaude sur le corps bronzé des hommes, claire et blonde sur celui des femmes. Les ombres sont gris foncé et égayées de reflets ardents. Le tableau est en majeure partie de Rubens ; le collaborateur qui l’a aidé était très probablement van Dijck pour les figures accessoires ; Snijders a peint les fruits et le tigre qui ont été retouchés par Rubens. La faunesse a les traits d’Isabelle Brant, un peu exagérés ; nous retrouvons l’enfant assis dans le groupe de Jésus et des deux enfants du Musée impérial de Vienne. Le bambin a probablement été peint d’après le petit Albert Rubens, lorsque celui-ci avait à peu près quatre ans. Le tableau date de 1618 environ, époque où Rubens aimait à introduire des nègres et des tigres dans ses compositions. Il fut donné par l’empereur d’Allemagne au grand Marlborough et fit partie jusqu’en 1885 de la galerie de Blenheim. Il devint alors la propriété du Musée de Berlin.
Une Marche de Silène qui par ses personnages n’appartient pas à la même série, c’est celle de la Galerie Nationale de Londres (Œuvre. N° 680). Au lieu de s’avancer en trébuchant et penché en avant comme dans les autres tableaux, Silène s’affaise en arrière dans les bras d’un satyre qui pousse de grands cris ; un autre satyre aide à le soutenir, tandis qu’une bacchante fait tomber goutte à goutte sur son crâne le jus d’une grappe de raisins qu’elle presse entre ses mains levées; un joueur de flûte ouvre la marche ; un satyre qui caresse une vieille femme portant un flambeau, et deux enfants qui reluquent les raisins que porte Silène viennent ensuite, conduisant un bouc dont on ne voit que la tête. Le tableau respire l’animation et la joie; le plaisir y a quelque chose de moins grossier, de moins abruti dans la figure principale, peinte d’un pinceau moelleux, dans une tonalité chaude et baignée d’un flot de lumière abondante. Les figures sont de la main de Rubens, les fruits et le paysage sont d'un élève.
Sujets historiques. Durant cette période, Rubens n’a guère peint d’autres sujets historiques que Y Histoire de Décins. Nous n’avons à citer qu’une série de douze empereurs romains, qu’on voit dans la galerie du palais royal de Berlin et dont le premier, Auguste, porte la mention P. P. Rubens 1619, le cinquième G. r. H. (Gaspar van den Hoecke) 1622, le sixième A.Janson F. 1618 (Œuvre. N° 891). Ces tableaux forment évidemment une série peinte dans les ateliers du maître par ses élèves et livrée par lui. Dans la galerie Sedelmeyer, nous avons rencontré un Néron différent de celui que Rubens fit graver dans la série de Douze bustes de philosophes, de généraux et d' empereurs grecs et romains (Œuvre. N° 1219). Il faisait probablement partie d’une autre série d’empereurs romains, destinée comme la précédente à décorer un appartement.