‹ RubensChapitre 52 sur 164 · JEAN-CHARLES DE CORDES ET JACQUELINE VAN CAESTRE · texte numérisé non relu

JEAN-CHARLES DE CORDES ET JACQUELINE VAN CAESTRE

La Prise de Tunis par l'empereur Charles-Quint appartenant au Musée de Berlin (Œuvre. N° 817) offre beaucoup plus d’intérêt. Ce n’est qu’une esquisse à demi-achevée, mais qui représente toute une bataille avec son désordre et sa fiévreuse activité. On distingue un combat singulier entre un chrétien et un Arabe, qui tombe de cheval comme celui de la Chasse aux lions et d’autres épisodes encore, des fantassins et des cavaliers, et parmi ceux-ci un gaillard de taille colossale qui a saisi un Turc par la barbe et se prépare à l’égorger. Au milieu de la mêlée, on reconnaît l’empereur et don Juan d’Autriche. Nous ne savons pour qui, ni à quelle occasion cet ouvrage fut entrepris ; mais la ressemblance de l’Arabe qui tombe de cheval avec un personnage de la Chasse aux lions et avec le personnage principal de la Conversion de saint Paul, nous permet de conclure qu’il date des environs de 1618. En tout cas, il est instructif, car on y voit comment Rubens commençait ses tableaux. Il prépare très légèrement le fond, là-dessus il fait quelques traits en brun, puis indique certains personnages, des effets de lumière et de couleur. Les premiers effets de coloris que nous voyons marqués ici, c’est le reflet de la flamme sur le visage du cavalier qui décharge un pistolet sur la gorge d’un ennemi, un cheval blanc et un cheval bai, un Arabe en rouge, un autre guerrier vêtu de même couleur, qui, l’épée à la main, enjambe les cadavres, à gauche l’empereur Charles-Quint, couvert de son armure et monté sur un cheval rouan; dans le fond, les flammes qui s’élancent au-dessus de Tunis en feu ; le bas est préparé par des tons chauds disposés en couches minces. Rubens peignait donc d’abord l’ensemble, ensuite quelques figures principales et indiquait l’action d’une façon générale. 11 distribuait les tons dominants sur la toile de manière qu’ils se fissent équilibre dans leurs différents rapports ; il se préoccupait de mettre de la variété dans l’ensemble, où tout restait transparent.

PORTRAITS

Jean-Charles de Cordes et Jacqueline van Caestre. Quelques-uns des portraits les plus connus et les plus remarquables de Rubens appartiennent aux années 1617-1621.

Il faut citer d’abord ceux de Jean-Charles de Cordes et de sa femme Jacqueline van Caestre, qui appartiennent au Musée de Bruxelles (Œuvre. N° 920). Le mari était fils de Lancelot de Renialme et de Marie de Cordes, fille de Jean, seigneur de la Marlière, mariés en 1574. En 1607, il fut adopté par son oncle maternel Jean de Cordes, dont il prit le nom. Il était chevalier décoré de la médaille d’or, seigneur de Reeth, Waerloos, Wichelen, Kerscamp et Hoybergen. Il se maria trois fois, d abord avec Isabelle van der Delft, morte en 1612; puis le 3 octobre 1617, avec Jacqueline van Caestre, morte en 1618; enfin avec Isabelle de Robiano. Il mourut le 18 août 1641 et fut enterré avec ses trois femmes à Anvers, dans le tombeau de la famille de Cordes dans la chapelle de Notre-Dame de la Cathédrale. Il eut de Jacqueline van Caestre un fils qui porta son nom. Elle mourut probablement en couches, et il est certain que les portraits des époux ont été peints en 1617 ou 1618. Les de Renialme et les de Cordes étaient des familles distinguées de la noblesse anversoise ; les portraits des jeunes mariés qui, sans aucun doute, sont représentés dans leurs habits de noce, témoignent assez qu’ils appartiennent à la classe la plus opulente.

Jean-Charles de Cordes (Œuvre. N° 920) est représenté sur un fond grisâtre dont la cou-

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