PIERRE VAN MOL - PIERRE SOUTMAN
Corneille Schut. Le deuxième élève de marque que Rubens reçut dans son atelier était Corneille Schut, qui fut baptisé le 13 mai 1597 à l’église N.-D. d’Anvers. En' 1618 ou 1619, il fut reçu maître dans la Confrérie de Saint-Luc. Les registres de la Guilde ne le mentionnent plus durant 16 ans, puis en l’année 1633-1634, il reçoit un élève. Nous avons vu que van Dijck, bien qu’il fût inscrit comme maître, continua de travailler dans l’atelier de Rubens; il en a probablement été de même pour Schut. Nous n’avons pas de preuves positives qu’il soit entré en apprentissage chez Rubens, ni qu’il ait collaboré à tel ou tel de ses tableaux. La tradition seule l’a toujours indiqué comme un des élèves du maître et ses œuvres font voir clairement qu’il appartenait à l’école de Rubens. Mais pas plus que van Dijck, après que celui-ci fut revenu d'Italie, Schut n’adopta la manière héroïque du grand peintre sans lui faire subir quelques modifications ; dans le dessin et la couleur, il inclinait vers l’agréable et le douceâtre sans que cette tendance fût compensée par la profondeur et la délicatesse du sentiment qui donnent une originalité propre et très haute au plus distingué de ses condisciples. En tenant compte des années où Schut doit avoir travaillé chez Rubens, et des particularités qui distinguent certains tableaux de 1617 à 1621, dans les parties dues à des collaborateurs, nous croyons reconnaître sa main dans Y Assomption de Marie peinte pour les carmélites déchaussées à Bruxelles, aujourd’hui au Musée de la même ville; dans Saint Dominique et saint François Xavier intercédant pour le monde , peint pour l’église des Dominicains à Anvers, aujourd’hui au Musée de Lyon et dans le Martyre de saint Etienne, du Musée de Valenciennes. La première fois que nous apprenons quelque chose de positif sur la collaboration de Schut avec Rubens, c’est en 1634-1635 lorsque le maître fut chargé de peindre les arcs-de-triomphe pour l’Entrée solennelle du cardinal-infant Ferdinand, et qu’il engagea toute une légion de peintres anversois pour l’aider dans ce travail immense. Pour sa part, Corneille Schut eut à peindre un tableau pour le théâtre de la Bienvenue, élevé près de l’église Saint-Georges, et comprenant trois grands tableaux d’histoire et deux panneaux allégoriques. Il peignit d’après l’esquisse de Rubens la Rencontre du cardinal-infant et de Ferdinand , roi de Hongrie, à Nôrdlingen ; l’esquisse se trouve à l’Ermitage de Saint-Pétersbourg et le tableau au Musée impérial de Vienne {Œuvre. N° 775).
Pierre van Mol. On cite encore parmi les élèves de Rubens, Pierre van Mol né à Anvers et baptisé le 17 novembre 1599. En 1611, il entra en apprentissage chez un peintre tout à fait inconnu, Zeger van den Grave ; en 1622-1623, il devint maître dans la Confrérie de Saint-Luc. Dès 1631, il était établi à Paris; en 1642, il portait le titre de peintre ordinaire de la reine; en 1648, il fut reçu membre de l’Académie des Beaux-Arts de France; il mourut à Paris le 8 avril 1650. Les productions que nous connaissons de lui sont dans la manière de Rubens, mais lâchées et insignifiantes. 11 n’y a pas de preuves positives qu’il ait jamais collaboré avec le maître. L’époque où il débuta dans l’art rend cependant le fait probable; et sa facture le confirme plutôt qu’elle ne le contredit.
Pierre Soutman. Philippe Rubens, dans la vie de son oncle, et Corneille De Bie assurent que Pierre Soutman fut un des élèves de Rubens. Ici le doute n’est pas permis. Soutman était né à Harlem en 1580 ou environ et devint bourgeois d’Anvers le 18 septembre
1620. Quelques années après, il quitta Anvers pour se rendre à la cour du roi de Pologne, qui l’avait nommé son peintre en titre. Revenu dans sa ville natale en 1630, il s’y maria. Il y mourut le 16 août 1657. C’est surtout comme graveur qu’il entra au service du maître et travailla sous sa direction, et c’est en cette qualité que nous aurons bientôt à nous occuper plus longuement de lui. On peut admettre qu’il a collaboré aux tableaux de Rubens, mais sans pouvoir indiquer aucune œuvre où cette collaboration soit évidente. Soutman était un peintre de peu de mérite ; bien qu’il ait adopté les procédés de l’école de Rubens et les ait suivis même après son retour dans sa ville natale, son œuvre n’en vaut guère mieux. Sa fidélité à suivre la manière du maître éclate en même temps que sa faiblesse dans un tableau qu’il peignit pour la salle d’honneur du Palais-du-Bois à La Haye. 11 travaillait alors avec Jacques Jordaens et les disciples de Rubens qui étaient établis en Hollande vers 1652 : van Thulden, De Grebber et Lievens et il peignit un panneau représentant les Trésors du Brésil.
En somme, les élèves de Rubens que nous pouvons citer à cette époque, forment un groupe assez maigre ; nous avons la conviction, la certitude absolue, qu’il y en eut un bien plus grand nombre qui travaillèrent dans son atelier et collaborèrent à ses tableaux ; mais toutes les données nous manquent pour indiquer leur nom d’une façon précise et ces noms mêmes, si nous les connaissions, seraient pour nous vides de toute signification comme c’est le cas pour ceux de quelques peintres, dont nous savons par hasard qu’ils ont travaillé chez Rubens, mais dont nous ignorons tout le reste.
Les Galle. Nous avons déjà eu l’occasion de parler des dessins faits par Rubens pour les graveurs, et qui furent burinés par ceux-ci pour illustrer des livres. Nous avons vu qu’il envoya d’Italie des dessins faits par lui d’après des statues et des bas-reliefs antiques. Ces dessins furent publiés dans un ouvrage qui parut à l’imprimerie Plantinienne en 1608, pendant que Rubens était encore en Italie ; ils furent gravés par Corneille Galle le Vieux. Le fondateur de la famille de graveurs anversois de ce nom, était Philippe Galle, né à Harlem en 1537, élève de Dirk Volkertsz Coornhert, qui vint se fixer à Anvers vers 1570, y obtint le 20 juillet 1571 le droit de bourgeoisie, burina de nombreuses gravures sur cuivre et en publia un grand nombre que d’autres avaient gravées. Durant plus de cent-vingt ans, les Galle furent à Anvers les principaux imprimeurs et éditeurs de gravures. Philippe Galle eut plusieurs fils, dont les deux aînés, Théodore et Corneille, exercèrent l’art de leur père. Théodore fut baptisé le 16 juillet 1571 ; il visita l’Italie et fit à Rome les dessins des lllustrium imagines qu’il fit imprimer chez Plantin et qui parurent en 1598. Il épousa Catherine Moerentorf, sœur de Balthasar Moretus ; l’une de ses sœurs, Josine, devint la femme du graveur Adrien Collaert ; son autre sœur, Catherine, épousa le graveur Charles de Mallery. Il mourut vers la fin de 1633 ou au commencement de 1634. Après la mort de son père, survenue le 12 mars 1612, il prit la direction de l’imprimerie en taille douce, qu’il dirigea jusqu’à la fin de sa vie. Corneille Galle était né en 1576 ; comme Théo-
(1) Voyez sur les graveurs de Rubens : Henri Hymans. La Gravure dans l'École de Rubens (Olivier, Bruxelles 1879). - Id. Lucas Vostennan (Emile Bruylant, Bruxelles 1893). — Adolf Rosenberg : Die Rubensstecher (Gesellschaft für vervielfàltigende Kunst, Vienne, 1893).
LES QALLE
dore il visita l’Italie; il était de retour en 1604. Vers 1637, il se fixa à Bruxelles, où il mourut en 1650. Son fils, Corneille le Jeune, né en 1615, exerça l’art de son père, demeura à Bruxelles avec lui de 1637 à 1641, se maria le 23 décembre de cette année et revint alors s’établir à Anvers, où il mourut en 1678. Son fils, Corneille III, devint également graveur. Après la mort de Théodore Galle, son fils Jean lui succéda comme propriétaire de l’imprimerie. Lorsque celui-ci mourut, en 1676, il eut pour successeur son fils Norbert, qui travailla jusqu’en 1693.
Théodore Galle, son frère Corneille et le fils de celui-ci, Corneille le Jeune, furent les premiers graveurs de Rubens et ceux qui travaillèrent le plus longtemps pour lui. Aucun d’entre-eux ne produisit des œuvres d’une valeur exceptionnelle, mais ils eurent l’honneur de recevoir plus tôt qu’aucun autre graveur les leçons du maître d’après lesquelles ils se firent une manière. Philippe Galle, le fondateur de la dynastie, appartenait à cette classe de graveurs et d’éditeurs, qui avaient fait d’Anvers le grand marché des produits de leur art. Ils gravèrent un grand nombre de suites et de planches détachées représentant pour la plupart des sujets tirés de l’Écriture sainte et faites d’après des peintres flamands, tels que : Martin De Vos, Frans Floris, Otto Vænius, Crispin van den Broeck, Stradanus, Heemskerck, De Motnper, Bril, ou bien d’après des maîtres italiens. Outre les Galle, ces anciens graveurs étaient Gérard De Jode, Pierre van der Heyden ou America, Crispin van de Passe, Pierre van der Borcht, les frères Wiericx : Jean, Jérôme et Antoine, les Collaert : Adrien et Jean, les Sadeleers : Raphaël le Vieux et le Jeune, Egide, Josse et Jean, Charles de Mallery, J. B. Barbé et bien d’autres. Tous ces artistes appartenaient à la même école néerlandaise, dont les représentants les plus remarquables étaient Goltzius en Hollande et les frères Wiericx à Anvers. Ils se distinguaient par la belle exécution de leurs planches ; il fallait pour eux que la gravure fît de l’effet par l’opposition violente du blanc et du noir et, en même temps, que les nuances fussent indiquées avec finesse par des traits tenant de la miniature, surtout dans les planches de petite dimension. Pourvu que leur œuvre fût belle et agréable en elle-même, ils s’inquiétaient moins de rendre fidèlement le tableau avec ses effets de couleur, d’ombre et de lumière.
Les productions de Philippe Galle ne se distinguent pas de celles de ses contemporains. Son fils aîné, Théodore resta fidèle aux traditions paternelles ; ses planches sont soignées et timides comme celles de ses prédécesseurs, et il est probable qu’il se faisait aider par des graveurs qui travaillaient dans son atelier. C’est lui qui imprima la plupart des estampes faites d’après les dessins de Rubens pour la maison Plantin. Il n’y en a que deux qui portent sa signature, le frontispice du Breviarium Romanum, de 1614, {Œuvre. N° 1250) et celui de Mascardi Silvœ, de 1622 {Œuvre. N° 1288). Ce fut lui encore qui fournit le titre et les vignettes de YOptica d’Aguilonius, de 1613 {Œuvre. Nos 1234-1240); les planches et les encadrements du Breviarium , de 1614 {Œuvre. Nos 1250-1262); le frontispice de Thomas a Jesu, de Contemplatione diviua, de 1620 {Œuvre. N° 1308) et des Annales Sacri d’Augustin Tornielli, de 1620 (Œuvre. N° 1309).
Jean Collaert, qui fut évidemment un de ses collaborateurs gravait absolument de la même manière ; il burina également quelques frontispices de livres d’après les dessins de Rubens : celui de la Bible de 1617 (Œuvre. N° 1244), du Vadersboeck de Rosweydus de la même année (Œuvre. N° 1296), celui des Gelrische Rechten de 1620 (Œuvre. N° 1268), de la Rerckelycke Historié de Mudzaert de 1622 (Œuvre. N11 1291), une marque d’imprimeur de van Keerbergen