PIERRE SOUTMAN
les gravures exécutées sous sa direction. Ils rendent dans leurs moindres détails les dentelles, les rubans et les bijoux portés par les princes, mais on n’y reconnaît guère la facture large du maître. Ce sont des portraits de parade, travaillés avec une minutie extrême. Le fait que la légende qualifie Rubens de peintre en titre des Archiducs corrobore la supposition que les portraits avaient un caractère officiel.
Michel Lasne. — En 1617, Rubens éprouva le besoin de confier la reproduction de ses œuvres à des graveurs travaillant dans sa manière et sous sa direction. 11 comprenait quel moyen puissant ce serait là de faire pénétrer partout la réforme qu’il avait introduite dans l’art, et de donner une vie nouvelle à la gravure, qui avait pris une si grande importance à Anvers. Il chercha donc un artiste capable de le comprendre et de l’aider dans l’exécution de ses plans. Son premier choix tomba sur un Français, Michel Lasne, né à Caen, qui était venu s’établir à Anvers et qui avait payé, en 1617, 6 florins à la Confrérie de Saint-Luc « pour avoir le droit de » travailler deux mois en cette ville. » Il est probable que son séjour se sera prolongé au-delà de ce terme, car il grava au moins six planches pour Rubens. Il faut citer d’abord les deux frontispices des ouvrages de Goltzius publiés par De Bie: Numismatci imperatomm romanomm aurea et argentea de 1617 (Œuvre. N° 1270) et Grœciœ Universœ Asiœque minons et insularum Numismata de 1618 (Œuvre. N° 1271) ; puis Susanne et les deux vieillards (Œuvre. N° 133), une Sainte Famille (Œuvre. N° 227) et deux reproductions différentes du Saint François d' Assise recevant l'enfant Jésus des mains de Marie (Œuvre. N°s 419, 420) ; enfin sans doute aussi une Madone (Œuvre. N° 194) et un Christ en Croix (Œuvre. N° 299). Il est probable que Michel Lasne avait passé un an ou deux dans notre pays avant de rentrer en France. Rubens le vit partir sans beaucoup de regret; ce n’était pas l’homme qu’il cherchait, sa manière ressemblait trop à celle de ses prédécesseurs : elle était trop raide, trop compassée pour les conceptions passionnées de Rubens et sa chaude couleur.
Pierre Soutman. 11 fit donc un nouvel essai ; il s’adressa cette fois à un Hollandais, Pierre Soutman, que nous avons rencontré déjà comme peintre parmi ses élèves. En 1619-1620, il résida à Anvers et fit inscrire un élève dans la Confrérie de Saint-Luc; il est probable qu'il y habitait déjà à l’époque où Rubens peignit ses Chasses truculentes et qu’il y collabora comme peintre et comme graveur. Il burina à cette époque quatre de ces Chasses, celle du Lion et de la Lionne (Œuvre. N° 1153), celle des Loups et des Renards (Œuvre. N° 1156), celle du Sanglier (Œuvre. N° 1159) et celle du Crocodile et de l’Hippopotame (Œuvre. N° 1161) et sous toutes les quatre il écrivit: Composé par Rubens » et à côté: Composé, dessiné et publié
par Soutman, » s’attribuant ainsi dans la composition originale de l’ouvrage une part égale à celle du maître. Cette prétention n’est évidemment pas fondée ; Soutman peut avoir trouvé la manière de graver ; il n'a eu aucune part à la composition des Chasses. Il grava encore plusieurs autres planches d’après des tableaux de Rubens : la Défaite de Sennachérib (Œuvre. N° 124), une Pêche Miraculeuse (Œuvre. N° 253), le Christ en Croix (Œuvre. N° 289), un Christ descendu de la Croix (Œuvre. N° 326), un Enlèvement de Proserpine (Œuvre. 672), une Marche de Silène (Œuvre. N° 679) et une Naissance de Vénus (Œuvre. N» 686). Il ne grava pas seulement les tableaux de Rubens, mais aussi les dessins faits par celui-ci d’après d’autres maîtres,