‹ RubensChapitre 78 sur 164 · L’ASSOMPTION DE N.-D. A AUOSBOURG. L’ADORATION DES ROIS AU LOUVRE · texte numérisé non relu

L’ASSOMPTION DE N.-D. A AUOSBOURG. L’ADORATION DES ROIS AU LOUVRE

variées, où le bleu éclatant se relève discrètement de blanc et d’or, la chair moelleuse des esprits célestes, les anges de droite, drapés d’écarlate et de vert clair, dont les teintes tranchent par leur richesse sur le noir des nuages, enfin la multitude bariolée qui occupe le bas de la composition, donnent au tableau une intensité et une variété de tons peu ordinaires. Le bleu brillant de la robe de Marie, le bleu plus intense encore, dont est vêtu l’apôtre qui se penche, ces deux taches dont la couleur fut payée à Rubens 45 florins extra, ressortent, lumineuses, au milieu de teintes plus douces et plus chaudes. A part quelques tons vigoureux, toutes les couleurs sont nuancées, tempérées par les ombres et modifiées par les reflets. Le contraste du groupe plus léger, plus aérien, qui monte aux cieux, avec la masse plus solide qui reste sur la terre, est moins accusé ici que dans les premières Assomptions ; sans disparaître, il est fondu d'une manière plus harmonieuse. Les lignes aussi sont brisées, contournées, effacées. Tout est clair, moelleux, épanoui ; les ombres sont adoucies, le moment n’est pas loin où elles vont disparaître. Partout régnent l’allégresse et le bonheur, c’est une véritable assomption, pleine d’anges qui folâtrent avec de joyeuses clameurs, soulevée d’un mouvement vif et animé, resplendissante de la joie des couleurs.

L’Assomption de N.-D. a Auosbourg. En 1627, Rubens peignit encore une Assomption de N.-D. pour Otton-Henri Fugger, de l’opulente famille de banquiers de ce nom à Augsbourg. Le 16 août de cette année, on paya une somme de 300 florins pour un cadre en noyer destiné à un tableau que Fugger avait fait peindre aux Pays-Bas par Rubens. Ce tableau était destiné à l’un des autels de l’église de la Sainte Croix à Augsbourg, où il se trouve encore [Œuvre. 5e partie, p. 329). C’est une œuvre de second ordre, comme Rubens en livrait aux églises de l’étranger; elle est exécutée par ses élèves d’après son esquisse et retouchée par lui, dans les figures principales.

L’Adoration des Rois au Louvre. Parmi les œuvres les plus importantes de cette époque, il faut compter Y Adoration des Rois, peinte pour le maître-autel de l’église des Annonciades à Bruxelles, et qui se trouve aujourd’hui au Louvre [Œuvre. No 159). Ce tableau était un don de la veuve de Pierre Peckius, chancelier de Brabant, mort le 18 juillet 1625, et enterré dans cette église. On avait commencé à la bâtir en 1620 ; elle fut consacrée le 24 janvier 1627; les trois autels furent construits en 1626: il n’y a donc pas de doute que le tableau n’ait été achevé en 1626 ou au commencement de 1627. En 1777, les religieuses le vendirent au roi de France Louis XVI.

De toutes les Adorations des Rois, c’est celle-ci qui se distingue par le plus de sobriété dans la composition : la suite nombreuse, la pompe éclatante des monarques orientaux ont disparu ; outre les trois princes et la sainte famille on ne compte que cinq personnages ; encore ne voit-on que la tête de quatre d’entre eux et le buste du cinquième. Il y a plus de calme et de retenue aussi dans le groupement et les attitudes : deux des rois sont agenouillés, le premier tout près de l’enfant, l’autre à côté, tandis que le troisième, le nègre, se tient debout derrière les deux premiers. Ils forment avec Marie un groupe serré et charmant, autour du Sauveur nouveau-né. Le tableau est remarquable surtout par la couleur. Le vieux roi agenouillé auprès de l'enfant, porte un riche manteau de drap d’or sur une robe violet clair ; le roi qui se voit au premier plan, est enveloppé dans un manteau rouge bordé d’hermine, le roi nègre

438 S. FAMILLE — TROIS NYMPHES A LA CORNE D’ABONDANCE - PORTRAITS ET FRONTISP. DE LIVRES

est drapé de soie blanche. La Vierge porte une robe rouge sur une robe blanche, une draperie bleue et un voile blanc : tous ces tons riches et éclatants se juxtaposent en s’harmonisant. L’exécution rappelle celle de Y Adoration des Rois, à Anvers ; la facture est large, les couleurs sont nuancées, la lumière douce et égale argente ou dore les teintes et les reflets, et se relève d’ombres obscures.

La Sainte Famille. Il ne nous reste plus beaucoup de tableaux de cette époque à mentionner. Quelques-uns de ceux que peignit Rubens pendant la seconde moitié de 1625, et

au cours des deux années suivantes, figurent parmi les œuvres qu’il vendit au duc de Buckingham ; d’autres auront été emportés par lui en Espagne en 1628. Je crois pouvoir rapporter à la même époque, une Sainte Famille (Œuvre. N° 218), ayant jadis appartenu au duc de Marlborough, achetée lors de la vente de celui-ci par M. Charles Sedelmeyer à Paris, vendue avant 1890, à M. A. Thiem, exposée par lui à Berlin en 1890, et donnée plus tard par M. Matthisen au Métropolitan Muséum de New-York.

Le tableau est tout entier de la main de Rubens et d’une couleur très vive.

Les trois Nymphes a la corne d’Abondance. A la même époque appartiennent encore les Trois Nymphes à la corne d' Abondance (Œuvre. N» 651), qui faisaient partie , de la succession de Rubens. Elles furent

Une femme tenant une corbeille — Dessin (Albertine, Vienne)

achetées pour 740 florins par le roi d’Espagne, et appartiennent aujourd’hui au Musée de Madrid. Une des nymphes est accroupie au premier plan, une deuxième est assise à ses côtés, la troisième se tient debout. Toutes trois soutiennent une grande corne d’abondance posée sur la pointe. Un petit singe joue sur le sol, qui est jonché de fruits; un perroquet est perché sur les fruits qui remplissent la corne; un autre vole à l’entour. Les figures, d’une touche large et ferme et superbement drapées sont de la main de Rubens ; les animaux et les fruits, sont de Snijders. L’esquisse du tableau sans les animaux et avec quelques modifications dans les figures, se trouve dans la Galerie de Dulwich College.

Portraits et frontispices de livres. - Vers la même époque, Rubens peignit le portrait de son ami Gevartius (Œuvre. N" 958) qui appartient aujourd’hui au Musée d’Anvers, auquel il fut donné en 1874 par M. et M||ie Gillis de ’s Gravenwezel. L’érudit secrétaire de la ville d’Anvers est assis dans un fauteuil devant sa table de travail, sur laquelle est posé le buste de l’empereur Marc-Aurèle, l’auteur favori de Gevartius. Plus haut, sur un rayon, on voit quelques

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