PORTRAITS ET FRONTISPICES DE LIVRES
livres. Le visage est maigre, le teint frais ; les cheveux rares au-dessus du front, tombent des deux côtés en longues boucles brun foncé ; les moustaches et la royale sont d’une nuance claire. Le cou est entouré d’une fraise, l’habit est noir avec des reflets lumineux. Un surtout fourré, à peine entrevu, couvre l’épaule. C’est bien le portrait du patricien érudit, grave et digne, de l’homme de marque, conscient de sa valeur et se plaisant à la voir reconnue par autrui, calme d’attitude comme l’étaient sa vie et son tempérament. La peinture est très soignée; des teintes claires et lumineuses sont étendues sur le [visage, émacié par l’étude et le labeur intellectuel ; les mains d’une touche plus moelleuse sont traitées en teintes grasses et crémeuses.
Un autre portrait, appartenant également au Musée d’Anvers, paraît remonter à la même époque (Œuvre.
N» 1082). Il représente un jeune homme, enveloppé dans son manteau, la main droite sur la hanche, la gauche pendant le long du corps et rassemblant les plis du manteau, dans une attitude raide, fixant devant lui un regard farouche. Le modelé est moins moelleux, la touche plus rude et la couleur plus brune que dans le portrait de Gevartius.
Le pendant, un portrait de femme, fut séparé lors de la vente Cornelissen, du portrait d’homme qui y figurait aussi. En 1873, il appartenait à M. Wilson (Œuvre. N° 1083), dont le catalogue publié en cette année le mentionne. Mais il ne fut pas mis en vente à Paris en 1881 avec le reste de la collection.
De 1625 à 1627, Rubens dessina plusieurs portraits et frontispices de livres. Il dessina le titre de YObsidio Bredana de Herman Hugo, publiée par l’imprimerie Plantin en 1626 (Œuvre. N° 1278). Pour la collection des opuscules de Léonard Lessius, imprimée la même année par la même maison, il dessina le portrait de l’auteur, d’après un tableau peint par un autre artiste (Œuvre. N° 1280). L’année suivante, parut le portrait de Jean van Havre illustrant son recueil de vers Arx Virtutis (Œuvre. N° 1311); il fut gravé dès 1626 par Corneille Galle d’après un dessin de Rubens. En 1627, il dessina encore le portrait de don Diego Messia, marquis de Léganès, l’envoyé espagnol avec lequel nous l’avons vu en relation. C’est une fière et robuste figure, exécutée d’une main ferme et magistrale et appartenant à l’AIbertine (Œuvre. N° 1510). Il n’est pas douteux que ce ne fût une étude faite en vue d’un portrait peint ; mais nous ne savons pas si celui-ci fut éxécuté. Il est vrai que dans le postscriptum d’une lettre, adressée le 9 décembre 1627, à Pierre Dupuy, et où il est à diverses reprises question de don Diego Messia, marquis de Leganès, Rubens déclare que: Un de ces jours je vais me -mettre au
portrait du marquis ; mais, dans la même lettre, il est parlé du marquis Spinola, et comme
Rubens avait l'habitude de désigner celui-ci par son titre, sans y ajouter le nom, il est probable que c’est de lui et non de Léganès qu’il s’agit.
En 1626, Rubens exécuta en grisaille un encadrement pour le portrait du comte-duc d’OIivarez (Œuvre. N° 1011). La composition est allégorique, riche d’invention, comme il aimait à les faire, d’un agencement très décoratif ; c’est, en un mot, un des meilleurs ouvrages de ce genre qu’il ait exécutés. Le bord du portrait est entouré de palmes auxquelles sont attachées deux trompettes de la Renommée et deux torches enflammées, symboles de l’éclat qui entourait le ministre. Au-dessus du portrait, on voit un globe terrestre avec un gouvernail et un bâton de commandement, qui rappellent l’étendue de son autorité ; plus haut, une couronne d’olivier ailée symbolise son amour de la paix ; l’ensemble est surmonté d’une étoile qu’encercle un serpent qui se mord la queue, avec cette légende explicative : Hespere, quis cœlo lacet felicior ignis (Quelle clarté plus heureuse brille au firmament occidental). Le portrait, imité d’un tableau de Velasquez, est placé sur un piédestal, orné des armes d’OIivarez et sur lequel est assis, à droite, un Génie, qui porte la lance et le bouclier de Minerve avec la tête de Méduse, et à côté duquel vole la chouette consacrée à la déesse. A gauche est assis un autre Génie qui tient la massue et la peau de lion d’Hercule, qui symbolisent la Lorce et la Sagesse. L’œuvre fut gravée par Pontius. Cette glorification plut beaucoup au tout-puissant ministre, qui remercia Rubens dans une lettre du 6 août 1626. Le tableau a appartenu dans ces derniers temps à M. Ed. Kums. A la vente de la collection de celui-ci, à Anvers, en 1898, il fut acheté par M. Ern. Leroy.
Après 1621, plusieurs élèves nouveaux furent admis dans l’atelier de Rubens pour remplacer ceux qui s’en étaient allés, ou pour augmenter le nombre des collaborateurs du maître. Nous sommes convaincu que, pas plus que leurs devanciers, nous ne les connaissons tous et que les noms des plus remarquables d’entre eux sont seuls parvenus jusqu’à nous. Nous les passerons rapidement en revue.
Juste van Egmont. Un des plus connus est Juste van Egmont, né à Leyde, le 22 septembre 1601. En 1615, il arriva à Anvers où il entra en apprentissage chez Gaspard van den Hoeek; en octobre 1618, il partit pour l’Italie. La tradition veut qu’il ait collaboré avec Rubens aux peintures de la Galerie de Médicis ; cette tradition est confirmée par un mot du maître dans sa lettre du 3 juillet 1625 à Valavez. « Je m’étonne, dit-il, que Juste n’ait pas écrit par ce courrier et qu’il n’ait pas indiqué la date de son départ. Rubens était revenu de Paris depuis trois semaines, après avoir achevé la Galerie de Marie de Médicis, laissant derrière lui un certain Juste avec lequel il était en relations. Il est naturel de supposer que ce Juste n’était autre que son élève van Egmont, qui l’avait accompagné à Paris pour l’aider à achever la galerie.
Du reste, Juste van Egmont est du petit nombre des élèves dont la présence dans l’atelier de Rubens est attestée par un document officiel, une mention dans les registres de la Confrérie de Saint-Luc, qui constituent l’état civil de notre communauté artistique. On y lit à l’année 1627-1628: Juste van Egmont, peintre chez Rubens. En 1628, lorsque Rubens dressa l’état