JUSTE VAN EGMONT
des biens de la mortuaire d’Isabelle Brant, il y mentionna: « Une somme de 34 florins payée » au peintre Juste pour ce qui lui revenait ; » c’est encore van Egmont qui est désigné ici sous son prénom. Lorsque le 19 août de la même année, Rubens délivra un certificat à Dieudonné del Monte, van Egmont est mentionné comme témoin dans l’acte notarié. (1)
La même année, la Confrérie de Saint-Luc mentionne son départ. Il se rendit sans doute à Paris, où nous savons avec certitude qu’il se trouvait dans les premiers jours de 1636; il portait dès lors le titre de « peintre de la Chambre du Roy, » ce qui prouve le chemin rapide qu’il avait fait. (2) En 1643, il peignit le portrait de Louis XIII, qui fut gravé sur cuivre par Jérémie Falck. Lorsque l’Académie de Peinture et de Sculpture fut fondée à Paris en février 1648, il fut au nombre des douze premiers membres nommés; l’année suivante il fit don à l’Académie du portrait de Gaston d’Orléans.
En 1649, il se trouvait à Bruxelles où il peignit le portrait du gouverneur Léopold-Guillaume, qui se trouve aujourd’hui au Musée impérial de Vienne, et plus tard, il revint encore à diverses reprises dans notre pays, bien qu’il résidât d’habitude à Paris : c’est ainsi que le 18 mars 1656 il acheta plusieurs maisons à Anvers. En 1658, il peignit encore à Paris le portrait d’une dame de Normanville, en l’honneur de laquelle il composa en français un sonnet, qu’il écrivit sur le revers du panneau. A Paris, il était très recherché comme peintre de portraits : les princes et les gentilshommes du plus haut rang se faisaient peindre par lui. Au château de Chantilly, nous trouvons un portrait du prince de Coudé, peint par lui en 1656, et un autre du même illustre général daté de 1662, ainsi qu’un portrait de la duchesse de Daumont. Ces œuvres sont d’une valeur assez inégale. Le portrait de Mme de Normanville est chaud de ton et d’une exécution habile ; celui de Léopold-Guillaume, traité à la manière de van Dijck, n’a pas grande valeur ; ceux du grand Condé sont d’une couleur lourde. Celui de la duchesse de Daumont est assez décoratif, mais tient de la peinture sur porcelaine. Un portrait d’Honorine de Hornes, comtesse d’Ursel, est insignifiant et de mauvais goût.
Le meilleur ouvrage que nous connaissions de lui, ce sont les trois enfants Goubau, peints en 1663, et appartenant à M. le baron de Borrekens à Anvers. C’est une peinture fine et moelleuse, sans grand effet de lumière, mais d’une teinte blonde, délicate et douce, dans le goût de Rubens, un peu enjolivée à la française et incomparablement supérieure à tous les portraits de grandes personnes que nous connaissons de lui. Van Egmont acquit une fortune considérable. La vanité lui vint en même temps que l’argent et vers la fin de sa carrière ce fils de menuisier se fit passer et voulut se faire reconnaître pour un descendant de la grande maison historique d’Egmont.
Outre les portraits, il peignit encore d’autres sujets : c’est ainsi que van den Branden mentionne deux séries de tapisseries représentant l’histoire de César-Auguste, et celle de Marc-Antoine et de Cléopâtre, qui furent tissées en 1659 et 1661 d’après ses cartons. Mais tous ses tableaux historiques et religieux se sont perdus, ce qui prouve leur peu de valeur. Nous possédons en somme trop peu de ses œuvres pour pouvoir nous former une idée juste de sa manière propre et de la part prise par lui aux tableaux de Rubens. Il se sera borné sans doute
(1) De Bie : Gulden Cabinet. Page 136.
(2) J al : Dictionnaire critique.
THÉODORE VAN THULDEN
à rendre des services accessoires. Il passa ses dernières années à Anvers, où il mourut le 8 janvier 1674. Son service funèbre eut lieu le 24 à l’église Saint-Jacques.
Théodore van Thulden. Un autre des collaborateurs de Rubens a plus d’importance : c’est Théodore van Thulden, venu également des Pays-Bas septentrionaux à Anvers. Il était né à Bois-le-Duc, où il fut baptisé le 9 août 1606. En 1622, il fut reçu en qualité d’élève chez un peintre, d’ailleurs tout à fait inconnu, Abraham Blyenberch ; quatre ans après, il fut reçu maître dans la Confrérie de Saint-Luc. On dit que lui aussi aida Rubens à peindre la Galerie de Médicis ; cette assertion est néanmoins sujette à caution, car il n’avait pas dix-neuf ans lors de
l’achèvement de cette œuvre. Comme Juste van Egmont, il travailla quelque temps en France, où il peignit en 1632 pour l’église des Trinitaires une série de tableaux, représentant la Vie de Jean de Martha, qu’il grava lui-même à l’eau-forte en 24 planches. L’année suivante, il reproduisit à l’eauforte les Aventures d'Ulysse d’après les fresques de Nicolas dell’Abbate, au château de Fontainebleau. En 1635, il était de retour à Anvers, où il prit une part active à la peinture des arcs de triomphe élevés pour l'entrée du Cardinal-infant Ferdinand. Il grava à l’eau-forte les planches qui représentaient ces arcs de triomphe, et illustraient la description de l’entrée. Nous y reviendrons plus tard ; bornons-nous pour le moment à mentionner que Gevartius déclare dans la préface de cet ouvrage que les eaux-fortes ont été faites d’après les créations de Rubens par le célèbre peintre Théodore van Thulden, jadis élève du maître. Il est clair que notre artiste n’était plus élève à l’époque de son retour de France ; son apprentissage et son séjour dans l’atelier de Rubens sont donc antérieurs à son voyage dans le midi et à l'année 1632. Il resta encore quelques années à Anvers : en avril 1646, il habitait dans cette ville une maison située longue rue Neuve. Mais l’année suivante, il se trouvait à Paris où il peignit trois tableaux pour l’église des Trinitaires pour laquelle il avait déjà travaillé auparavant. En 1648, il fut appelé à La Haye, où il travailla avec d’autres peintres à la décoration de la célèbre salle d’Orange, au Palais-du-Bois. Après l’achèvement de ce travail en 1652, il se fixa dans sa ville natale, qui appartenait depuis 1629 aux Provinces-Unies. Il y habita jusqu’à sa mort, vers 1676. Dans l’intervalle, il lui vint à diverses reprises des commandes des Pays-Bas méridionaux. En 1654 et 1655, il peignit pour le gouverneur Léopold-Guillaume, deux ouvrages importants, qui se trouvent aujourd’hui au Musée impérial de Vienne. En 1656, il dessina les vitraux pour la
GUILLAUME PANNEELS
chapelle de Notre-Dame à l’église Sainte-Gudule à Bruxelles. Ils furent peints sur verre par Jean de la Barre.
La plupart des oeuvres que nous connaissons de van Thulden, révèlent très clairement l’influence de Rubens par la santé des corps plantureux, l’intensité de la force et de la vie, la plénitude des chairs moelleuses, la richesse de la couleur et de la lumière. Une particularité qui nous frappe chez lui, c’est sa tendance à donner à ses personnages des formes agréables, des gestes gracieux, à adoucir sa couleur, à l’agrémenter de nuances et de reflets qui lui donnent quelque chose de fleuri et de nacré. Nous fondant sur cette particularité, que nous rencontrons également dans certaines œuvres du maître, auxquelles à collaboré un de ses élèves, nous croyons pouvoir attribuer cette collaboration à van Thulden. C’est le cas pour V Education de la sainte Vierge et pour Sainte Thérèse priant pour les âmes du Purgatoire au Musée d’Anvers, pour le Saint Ildephonse du Musée impérial de Vienne, pour le Massacre des innocents à la Pinacothèque de Munich, pour le Martyr de saint Liéviti au Musée de Bruxelles. Pendant les dernières années de Rubens, il collabora aux Métamorphoses d’Ovide, peintes pour Philippe IV. Pour sa part, il peignit dans cette série Orphée jouant de la lyre et la Découverte de la pourpre qui sont aujourd’hui au Musée de Madrid et qui comme d’autres de ses tableaux ont été attribués pendant quelque temps à Rubens.
Les plus remarquables des œuvres de van Thulden, sont celles qu’il peignit pour le gouverneur Léopold-Guillaume, les vitraux de Sainte-Gudule à Bruxelles et sa part dans la décoration du Palais-du-Bois. Les peintures qu’il a exécutées dans la grande salle historique révèlent clairement l’influence de Rubens, mais aussi une certaine dégénérescence de la manière du maître: il y a ici quelque chose de trop tendre, de trop arrondi, de trop efféminé. Plus tard, il subit, comme d’autres peintres de son temps, l’influence de van Dijck, que l’on constate clairement dans les tableaux du Musée de Vienne.
Guillaume Panneels. — Guillaume Panneels naquit en 1600. En 1628, il fut reçu en même temps que Juste van Egmont, dans la Confrérie de Saint-Luc avec cette mention : peintre
chez Rubens. * Il était entré en apprentissage chez celui-ci en 1624 ou 1625; en 1630, il le quitta pour se rendre en Allemagne. Le premier juin de cette année, Rubens lui délivra un certificat des plus flatteurs et assez intéressant pour que nous en transcrivions ici les parties essentielles. Les deux notaires, chargés de le rédiger attestent que Rubens a comparu par devant eux et a déclaré que Guillaume Panneels avait appris chez lui la peinture durant cinq ans et demi et avait fait des progrès remarquables; que lorsque lui, Rubens, était parti pour l’Espagne, et était allé ensuite s’occuper des intérêts de Sa Majesté Catholique en Angleterre, il avait commis Panneels à la garde de sa maison d’Anvers et de tout ce qu’elle contenait; que celui-ci s’était acquitté de ce mandat avec la plus grande fidélité, et avait rendu de tout un compte très satisfaisant. Là-dessus, Panneels partit pour l’Allemagne, où il habita Cologne en 1630, Francfortsur-le-Main en 1630 et 1631, Bade en 1631 et Bade et Strasbourg en 1632, comme il le mentionne lui-même sur les eaux-fortes qu’il y grava, et où il prend constamment le titre d’élève de Rubens. Plus tard, on perd sa trace. Il nous est impossible de dire à quels tableaux du maître il peut avoir collaboré et dans quelle mesure. Par ses eaux-fortes, nous voyons que c’était un peintre d’histoire, et qu’il avait complètement adopté la manière de son patron, au point qu’il
JACQUES MOERMANS
avait suffi d’aitérer les légendes pour faire attribuer sans difficulté à Rubens les planches gravées par Panneels d’après ses propres œuvres. Jusque dans ces derniers temps, nous ne connaissions en dehors de ses eaux-fortes aucune de ses productions ; tout récemment j’ai découvert au cours d’un même voyage le dessin de son Assomption de la Vierge, gravée par lui à l'eau-forte et qui se voit au Musée de Budapesth, et un tableau représentant le même sujet au Musée d’Insbruck. Ce dernier ouvrage est attribué à un peintre italien Domenico Pozzo, mais est évidemment d'un élève de Rubens. Il concorde dans les grandes lignes avec l’eau-forte, de Panneels, mais il s’en écarte dans les détails. Comme peinture, c’est une œuvre médiocre ; on dirait un tableau assez faible d’Erasme Quellin ; la couleur manque d’harmonie et la composition n’est pas heureuse.
Jacques Moermans. — Le seul peintre qu’on trouve inscrit comme élève de Rubens, c’est Jacques Moermans, né le 1er mai 1602. En 1621-22, il fut immatriculé dans les registres comme élève de Rubens ; en 1629-1630, il obtint la maîtrise. Le 22 décembre 1653, ses obsèques furent célébrées dans l’église Saint-Jacques, et il fut inhumé à côté de sa femme. Il habitait la maison dite du Sucre, Rempart Sainte-Catherine, et se noya dans le Canal-Sale. Il jouissait de la pleine confiance du maître et des héritiers de celui-ci ; Rubens fut parrain de l’un de ses enfants. Moermans, qui faisait aussi le commerce des objets d’art, vendait les gravures d’après des œuvres du maître, et fit graver depuis 1631 des planches pour Antoine Goetkint (Bonenfant), marchand d’estampes à Paris. Dans le testament de Rubens, fait le 27 mai 1640, il est disposé que : sa succession artistique « sera vendue en temps opportun soit publiquement, soit de la main à la main, selon qu’il paraîtra préférable et cela suivant l’avis de MM. François Snyders, Jean Wildens et Jacques Moermans. Les héritiers payèrent plus tard à Moermans diverses sommes pour aller chercher des tableaux à Malines, et pour aller en estimer d’autres en cette ville ou au château de Steen. On lui paya en outre mille florins « pour ses services, peines et vacations tant du vivant du défunt précité que depuis, à la vente et dans d’autres occasions. » Il n’est pas douteux que Jacques Moermans n’ait été peintre; comment il peignait et ce qu’il a produit, nous l’ignorons, car il n’est rien resté de ses œuvres. Nous ne pouvons donc déterminer, ni même supposer, quelle part il a prise à l’œuvre du maître. C’est comme marchand d’objets d’art que nous le connaissons le mieux et c’est aussi en cette qualité qu’il paraît avoir eu le plus de rapports avec Rubens. Nous avons exprimé ailleurs l’opinion, que nous croyons assez probable pour la répéter ici, que l’indication des noms des modèles de certains portraits dessinés par Rubens, est de la main de Moermans.
Étude de Lions — D’après la gravure de Blooteling.
La Cène — Dessin d’après Léonard da Vinci (Musée, Dijon).