ALBERT ET ISABELLE
désigna pour le remplacer, le frère d’Ernest, Albert, cardinal-archevêque de Tolède et vice-roi de Portugal, au profit duquel fut enfin exécuté le plan qu’on avait formé. On lui donna Isabelle en mariage avec les Pays-Bas pour dot. Philippe 11 mourut avant l’exécution du projet, le 13 septembre 1598. Deux mois après, le mariage fut célébré par ambassadeur à Ferrare et en 1599, les nouveaux souverains, les Archiducs, comme on les appela désormais, furent solennellement inaugurés dans nos provinces.
Albert et Isabelle. Ils étaient devenus, nominalement du moins, les souverains indépendants de notre pays, où ils devaient exercer une autorité absolue. En réalité cependant quelques restrictions d’une certaine importance avaient été apportées à leur souveraineté, dans le contrat par lequel le roi leur cédait nos provinces. Ainsi dans le cas où ils n'auraient point d’enfants, le pays devait faire retour à l’Espagne ; si Isabelle mourait avant Albert, celui-ci ne devait plus régir nos provinces qu’à titre de gouverneur; s’ils n’avaient que des filles, la princesse héritière devait épouser le roi d’Espagne ou son successeur présomptif. Les Pays-Bas devenaient ainsi une sorte de fief de la couronne d’Espagne, destiné à faire retour au suzerain à la mort des vassaux. Même du vivant de l’infante, l’autonomie de ses états n’était pas respectée. En vertu d’une convention secrète, des garnisons espagnoles devaient occuper les principales places fortes. L’Espagne ne voulait ni ne pouvait aliéner définitivement le plus beau fleuron de sa couronne. Les exigences de sa politique, le désir de conserver son influence prépondérante en Europe, l’obligeaient à garder au Nord-Ouest un point d’appui sur lequel elle pût compter. Dans sa lutte avec la France pour l’hégémonie, dans sa compétition possible avec l’Angleterre pour l’empire des mers, il fallait qu'elle fût autre chose que la péninsule ibérique isolée par les mers et les montagnes, et elle ne pouvait trouver dans ses possessions d’Italie les ressources nécessaires pour jouer avec succès le rôle de première puissance du monde. Durant tout le règne d’Albert et d’Isabelle, l’Espagne surveilla et protégea nos provinces, qui ne jouirent que par tolérance d’une indépendance incomplète. D’ailleurs, les Archiducs prirent le pouvoir en main dans des circonstances si difficiles, et ils se sentaient si peu chez eux dans nos contrées, que les limites apportées à leur autorité, loin de leur être à charge, leur apparaissaient au contraire comme un soulagement.
Albert était un homme bon et doux, suffisamment initié à la politique lorsqu’il arriva dans ce pays, car il avait gouverné le Portugal durant onze ans; il était versé dans l’art de la guerre,
L’Archiduc Albert d’Autriche (Richard C. Jackson, Camberwell).