ALBERT ET ISABELLE
et courageux sur le champ de bataille. Pendant les vingt-deux ans qu’il fut associé au gouvernement de nos provinces, il ne s éleva pas une plainte contre lui. 11 aimait beaucoup les aits et en particulier la peinture, à l’exemple de beaucoup de princes de la maison de Bourgogne. Ses collections, qui formaient un véritable musée, sont connues par les reproductions qu’en a faites Breughel. Il donna le titre de peintre de la cour à Otto Vænius, à Jean Breughel et à Rubens. Son château de Tervueren contenait deux cents tableaux de valeur, sans parler de ceux qui ornaient son palais de Bruxelles et son château de Mariemont. Mais son génie ne prit jamais un grand essort et ses qualités étaient modestes et sans éclat.
Isabelle lui était supérieure. Son père l’aimait beaucoup: dans son testament, il l’appelle la lumière de ses yeux. Pour un autre de ses enfants il n’eût peut-être pas consenti à détacher les Pays-Bas de l’Espagne ; mais il s’y résigna pour lui assurer un rang princier, lui qui attachait un si grand prix à la possession de nos provinces. Elle régna sur ce pays pendant un tiers de siècle sous la réserve mentionnée plus haut, et dirigea avec zèle et application la politique et la guerre. Elle avait hérité de son père une ferveur religieuse sévère, un peu sombre, qui, tempérée chez-elle par une douceur féminine, ne dégénéra pas en fanatisme ni en intolérance. Dans la seconde moitié de son règne, après la mort de son époux, elle étala davantage ses tendances piétistes, et alla jusqu’à adopter le costume des religieuses Franciscaines; elle finit par ressembler à la supérieure d’un ordre monastique qui dirige avec soin et intelligence sa communauté et prend plaisir à enrichir et à orner ses églises et ses couvents. Rubens dit d’elle : < Elle est parée de toutes les vertus qu’on peut trouver chez une femme; une longue expérience l’a rendue habile dans le gouvernement des peuples et lui a fait voir la fausseté des théories que les nouveaux venus nous apportent d’Espagne. (1 ) Elle différait de son frère Philippe III et de son neveu Philippe IV, en ce qu’elle gouvernait elle-même et n’abandonnait pas la conduite des affaires à des favoris. Durant les dernières années de sa vie, elle mit en Rubens une confiance sans bornes et bien justifiée, et dans les circonstances les plus difficiles de la politique extérieure eile recourait à sa sagacité et à son dévouement. Il ne fut pas seulement pour elle un protégé, mais un collaborateur et un conseiller autorisé.
Lorsque l’artiste revint dans son pays, les forces militaires des Provinces-Unies étaient commandées par le prince Maurice, fils de Guillaume d’Orange, le héros national, et lui-même
(1) Rubens à Jacques Dupuy, 20 juillet 1628.
ANVERS AU COMMENCEMENT DU XVIime SIÈCLE
un des plus habiles généraux de son temps. Albert commandait en personne les armées des provinces méridionales, mais le véritable général était le marquis Génois Ambroise Spinola. Celui-ci appartenait à une famille de négociants et de banquiers, mais il s’était senti attiré par une vocation irrésistible vers la carrière des armes. Il avait mis au service de l’Espagne son immense fortune qui s’élevait, assurait-on, à quatorze millions de ducats, et qu’il sacrifia complètement. Il recruta à ses frais une armée de huit mille hommes, qu’il conduisit dans les Pays- Bas, et avec laquelle il se rangea sous les drapeaux des Archiducs. Aussi lui confièrent-ils le commandement en chef de leurs forces. Dans la première rencontre importante qu’Albert eut, en 1600, avec Maurice sous les murs de Nieuport, avant l’arrivée de Spinola, les soldats de l’Archiduc, les vétérans espagnols si aguerris, furent défaits, après un combat acharné, par les jeunes troupes de la république. L’année suivante, Albert mit le siège devant Ostende dont les Hollandais s'étaient emparés. Ce ne fut qu’au bout de trois ans, et avec l’aide des renforts amenés par Spinola qu’il put s’emparer de la place, qui n'était plus qu’un monceau de ruines. L’ennemi était chassé de Flandre, mais la guerre continua en 1605 et 1606, sur les bords de la Meuse et du Rhin, au grand dommage du pays et sans grands avantages pour aucun des deux partis. Des deux côtés, on se fatigua de ces efforts inutiles, et en 1607, à la demande d’Albert on conclut un armistice, qui rendit possible la négociation d’un traité de paix. Les pourparlers n’aboutirent qu’en 1609. Le 9 avril, la trêve fut conclue et proclamée. Durant douze ans les hostilités seraient suspendues entre les deux pays, tout resterait dans le statu-quo existant au moment de la signature de la convention. Les relations et le commerce entre les Pays-Bas septentrionaux et méridionaux seraient libres. La trêve fut respectée, et, si courte qu’elle fût, les deux pays en goûtèrent les fruits. Le début de cette période d’apaisement coïncida à peu près avec le retour de Rubens à Anvers. Alors commença pour les arts une époque de splendeur comme jamais notre pays n’en avait connue, et pendant laquelle le plus grand de nos peintres trouva l’occasion de faire reconnaître dans sa patrie et à l’étranger la supériorité de son talent.
Anvers au commencement du xvunie siècle. Il s’en fallait que toutes les plaies produites par de longues luttes fussent cicatrisées, et que l’on vît revenir pour Anvers et pour notre pays, la prospérité dont ils avaient joui un demi siècle auparavant. Les ravages causés dans les villes et les campagnes par les terribles guerres des cinquante années précédentes avaient dépeuplé et appauvri les provinces flamandes. Des milliers d’habitants, les forces vives de la patrie, les artisans de sa prospérité dans le commerce, l’industrie, les scierrces et les lettres, s’étaient exilés ou avaient été bannis à cause de leur foi et avaient cherché un refuge dans les provinces du nord. La population d’Anvers, qu’on évaluait en 1585, avant le siège à 90.000 habitants, avait diminué de moitié et les temps allaient devenir de plus en plus mauvais pour la ville et le pays, dont la décadence devait s’accentuer encore. Pendant les dernières années, les généraux hollandais avaient fait une guerre plus offensive que défensive, leurs soldats avaient pris ou ménacé les villes frontières, leurs vaisseaux avaient barré l’Escaut en aval d’Anvers et lors de la négociation de la trêve on n’avait pas songé à stipuler que la navigation de l’Escaut serait libre poulies Pays-Bas méridionaux. L’Escaut resta fermé et le commerce d’Anvers fut anéanti pour deux siècles entiers.
Gaspard Gevartius
(Musée, Anvers)
ANVERS AU COMMENCEMENT DU XVIIe SIÈCLE
Dudley Carleton, qui ne devait pas tarder à entrer en relations avec Rubens, passa en septembre 1616 un jour ou deux dans notre ville. Dans une lettre, écrite le 15 de ce mois à son ami John Chamberlain, il fait un triste tableau de l’aspect que présentait la cité. « Nous arrivâ- » mes donc à Anvers, dit-il, ville qui surpasse tout ce que nous avons vu ailleurs, par la beauté » et la régularité des rues, comme par la force de ses remparts. Mais je dois vous peindre sa » situation d’un mot vrai à la lettre: c’est une grande ville et un grand désert (magna civitas » magna solitudo), car pendant tout le temps que nous y avons passé, je n’ai jamais vu » quarante personnes à la fois dans toute la » longueur d’une rue; je n’ai vu ni un cava- » lier, ni une voiture; bien que les deux jours » que nous avons passés ici fussent des jours » ouvrables, personne de notre compagnie n’a .» vu vendre ou acheter pour un sou dans » une boutique ou dans la rue. Deux colpor- » teurs et un chanteur ambulant auraient pu » porter très facilement sur leurs épaules tout » ce qui se trouvait étalé aux deux étages de » la Bourse; en beaucoup d’endroits, l’herbe » croît dans les rues, bien que, chose étrange » dans un pareil désert, tous les bâtiments » soient bien entretenus. Il est assez étonnant » que la situation ait encore empiré depuis » le commencement de la trêve, et tout le Bra- » bant ressemble à cette ville pauvre et su- » perbe. (1) » Golnitzius, qui visita et décrivit la Ville huit ans plus tard, après avoir parlé de Sénèque mourant (Pinacothèque, Munich),
l’animation qui régnait autrefois à la Bourse et
dans les galeries supérieures, aujoute : « Mais de tout cela il ne reste qu’une immense solitude; » les échoppes sont couvertes de poussière et de toiles d’araignées. On n'y rencontre plus un » marchand, ni un courtier. Tout a disparu, tout a sombré dans les flots de la guerre civile. »
Comment l’art pouvait-il fleurir dans ce pays à demi dépeuplé, dans ces villes mises au pillage? Comment un maître tel que Rubens pouvait-il encore y célébrer ses triomphes ? Comment pouvons-nous appeler propices des temps pareils ? Le fait peut paraître étrange, il n’en est pas moins vrai.
Quoi que le pays eût souffert et dût souffrir encore, les années qui s’écoulèrent de 1609 à 1621, offrirent un contraste heureux avec les précédentes ; on avait la paix, on pouvait espérer un avenir meilleur, on pouvait songer avec plus de tranquillité d’esprit aux travaux qui enfantent la prospérité, aux arts qui embellissent la vie. Bien qu’Anvers eût beaucoup perdu, il lui restait encore assez de son ancienne richesse pour pouvoir se permettre des dépenses de luxe. Lorsqu’en 1599, Albert et Isabelle firent leur entrée dans la ville, celle-ci était comme autrefois
(1) Noël Sainsbury : Papers relating to Rubens. Page 11.
ANVERS AU COMMENCEMENT DU XVIIe SIÈCLE
somptueusement décorée d'arcs-de-triomphe et de peintures ; les nations étrangères qui avaient encore leurs comptoirs à Anvers, avaient élevé chacune un de ces arcs-de-triomphe. Lorsqu’en 1592, les joyaux, les tapis et les dentelles de la couronne de France durent être vendus au profit de la Ligue, les ennemis de Henri IV firent choix d’Anvers comme du meilleur marché pour y réaliser ces objets précieux. Les nationaux et les étrangers pouvaient encore espérer que la guerre, si longue qu'elle eût été, n’était qu’un temps de crise, qui devait bien finir une fois, et après l’avènement des Archiducs, on eut plus de confiance dans une issue favorable. La conclusion de la trêve accrut ces espérances ; la prospérité passée avait été trop grande, la population avait trop de qualités pour qu’on pût désespérer de l’avenir. C’est ainsi qu’avec un mélange de crainte et d’espérance, on se préparait courageusement à une vie nouvelle en 1609.
Une autre cause contribua aussi à la floraison de l’art. Pendant les troubles, la réforme avait triomphé dans le pays flamand, les iconoclastes avaient détruit toutes les œuvres d’art qui décoraient les églises ; dès que l’ancien ordre de choses eut été rétabli, on rendit au culte catholique tout son pouvoir et tout son éclat, et on le favorisa de toutes les façons ; on s’appliqua aux études théologiques avec plus de zèle qu’avant la réforme, on vit naître toute une littérature ecclésiastique; ici comme en d'autres pays de l’Europe, la réaction en faveur de Rome se manifesta avec énergie. Personne ne songeait à faire obstacle à cette ardeur religieuse; au contraire, chacun cherchait à se distinguer par son attachement à la foi de ses pères. Les églises et les couvents furent rouverts et rétablis dans tout leur lustre, et de tous les côtés on se mit à en bâtir d’autres. Le 20 août 1585, cinq jours après qu'Anvers fut tombé au pouvoir des Espagnols, le clergé romain était rentré dans la ville; le 27, les Récollets, les Dominicains et les Norbertins firent leur entrée; la même année on vit revenir les Capucins, qui inaugurèrent leur nouvelle église en 1589; en 1591, les religieux de Pierre-Pot et les Beggards rebâtirent la leur. Et cela continua, surtout après la conclusion de la trêve. En 1614, les Jésuites posèrent la première pierre de leur église, et la même année, les Annonciades, celle de la leur, rue de la Boutique ; l’année suivante ce fut au tour des Augustins, qui étaient revenus en 1608; en 1627, les Carmes déchaussés fondèrent leur couvent Marché-aux-Grains ; en 1630, les Frères cellites s’établirent dans la rue qui porte leur nom; en 1634, les Chartreux, dans la rue Saint-Roch ; en 1635, les Thérésiennes espagnoles. Pendant le règne des Archiducs, dix nouveaux ordres monastiques et autant d’hospices s’établirent dans la ville. Vieilles ou nouvelles, les chapelles et les églises avaient besoin de tableaux, et Rubens fut bientôt l’artiste auquel on s’adressa de préférence pour décorer leurs autels de grands rétables.
Les Archiducs donnaient l’exemple. Leur cour était somptueuse et réglée suivant la minutieuse étiquette espagnole. Dans un moment où la pénurie d’argent était arrivée à son comble dans le pays, durant le siège d’Ostende, les dépenses de la maison princière s’élevaient à deux mille écus d’or par jour; les fêtes étaient brillantes et les libéralités envers les églises et les couvents étaient sans bornes. Les grandes familles, les autorités communales et la bourgeoisie aisée suivaient l’exemple des souverains; rien n’était trop précieux lorsqu’il s’agissait d’orner les temples et les autels. L’église des Jésuites d’Anvers, achevée en 1621, et que Rubens décora de ses tableaux, était complètement revêtue de marbres précieux ; la façade en était couverte de sculptures; la tour était un chef-d’œuvre; l’édifice, dans son ensemble, était le plus somptueux que cet ordre puissant ait jamais possédé.
Rubens a Anvers. Dès son arrivée, Rubens occupa le premier rang entre les peintres
de la ville et du pays. Outre ses maîtres Otto Vænius et Adam van Noort, les anciens peintres d’histoire encore vivants étaient : Jean Snellinck, Frans le Vieux et Ambroise, Frans le Jeune et Jérôme Francken, Abraham Janssens, Henri van Balen et Martin Pepijn, tous italianisants. A côté des peintres d’histoire, il existait un groupe de maîtres secondaires, qui peignaient avec un soin minutienx de petits tableaux d’un coloris riche et vif, mais rappelant la peinture sur porcelaine. A ce groupe appartiennent : Henri van Balen, dans ses petits panneaux, Jean Breughel de Velours, Sébastien Vrancx. A l’apparition de Rubens, la vieille et froide école disparut ; les peintres nouveaux subirent l’ascendant de Rubens, dont le retour à Anvers eut bien l’air d’une entrée triomphale dans l’empire de l’art. Les jeunes artistes reçurent ses leçons, les peintres trop léchés élargirent leur manière pour la mettre en harmonie avec la sienne, il infusa une vie nouvelle et féconde dans les veines taries de l’école anversoise.
Parmi les peintres qu’il rencontra ici à son retour, un groupe l’attira surtout, celui des artistes qui avaient séjourné en Italie, et qui, revenus à Anvers, y avaient formé une association sous le nom de Romanistes. On y admettait non seulement les peintres, mais aussi les érudits et même toutes les personnes qui avaient visité l’Italie. En 1609, Jean Breughel était doyen de la guilde, et au banquet annuel, qui eut lieu le 29 juin, if souhaita la bienvenue au « signor Pietro-Paolo Rubens. »
Rubens noua bien vite des relations d’amitié non seulement avec ses confrères, mais aussi avec les membres les plus considérés de la bourgeoisie. Malgré les malheurs de sa famille, elle jouissait toujours d’une grande estime à Anvers. Jean Rubens avait occupé une position importante dans le conseil de la ville, et son fils Philippe put dire sans présomption aux noces de Pierre-Paul : Oui, frère, notre père a siégé dans le même hôtel de ville que votre beau-père,
et la place qu’il occupa dans le conseil ne fut pas des plus médiocres, soit qu’il expliquât les énigmes des lois obscures, soit qu’il donnât son avis en paroles éloquentes. » Marie Pypelincx jouissait d’une grande considération parmi ses connaissances, qui appartenaient aux plus hautes classes. Dans la déclaration qu’ils firent en 1589, et à laquelle nous avons fait allusion déjà, l’échevin André van Brueseghem, messire Lazare Haller et messire Gilles de Meere déclarent qu’ils ont toujours entretenu de bonnes et familières relations » avec elle et ses enfants. L’aristocratie intellectuelle tenait Philippe Rubens en haute estime, et ses amis ne tardèrent pas à devenir ceux de son frère et les premiers admirateurs du talent de celui-ci. Nous pouvons l’affirmer d’une façon positive de Nicolas Rockox, bourgmestre de la ville et chef des Arquebusiers, dont le neveu, Jean Baptiste Perez de Baron, avait rencontré les Rubens en Italie; de Jean Woverius, le compagnon d’études de Philippe, de Balthazar Moretus, l'ancien camarade d’école de Pierre-Paul, de Jean Brant, l’échevin lettré, de Corneille van der Geest, le protecteur éclairé des arts, par l’entremise duquel Y Elévation de la Croix fut commandée à Rubens, de François Sweertius, qui fut à la fois un grand négociant et un littérateur distingué. Tous ces hommes étaient au nombre des plus éminents par le rang et les connaissances entre les patriciens anversois; Rubens fut reçu dans leur cercle et entra avec eux en relations journalières.
Ce monde représentait assez exactement la haute bourgeoisie éclairée du temps les intellectuels, comme nous dirions aujourd’hui. L’état d’esprit de cette classe présentait une certaine
originalité. Tous ces gens avaient reçu à l’école une éducation classique latine et on leur avait inculqué en même temps que la langue, une admiration profonde pour la grande république païenne; par contre, dans la vie pratique, on leur recommandait, on leur imposait même le respect pour la monarchie espagnole et pour l’église catholique romaine. Juste Lipse expliquait Tacite, et portait aux nues le Stoïcien Sénèque; mais il écrivait aussi l’histoire des miracles de Notre-Dame de Montaigu et de Notre-Dame de Hal et offrait sa plume d’argent à cette dernière. Rubens leur ressemblait et faisait comme eux. Dans ce monde dont la vie était double, et où l’on vantait dans le passé les vertus du citoyen, dans le présent, celle du moine, lui aussi était à la fois un citoyen romain et un catholique romain. II vivait dans un temps malheureux et dans un pays qu’on conduisait à sa perte; il ne pouvait que s’affliger en constatant combien était triste et lourde l’atmosphère qu’il respirait, mais ses regards se tournaient avec regret vers le monde idéal, où les hommes avaient la fierté des héros et les femmes la beauté des statues. C’est là qu’il trouva les modèles de son humanité, aux muscles puissants, aux formes opulentes, au cœur ferme, entourée de pompe et d’éclat, luttant avec rage, jouissant sans mesure ou souffrant horriblement. Les bourreaux qui dressent la croix du Christ; le Sauveur expirant, Decius qui, pour sauver sa patrie, se précipite dans la mêlée où il va périr, l’Église qui s’avance triomphante sur son char trainé par huit chevaux blancs, tout l’Olympe en fête avec Marie de Médicis, les rois qui adorent l’enfant, Marie montant au ciel, les saints qu’on martyrise, Silène qui trébuche dans son ivresse sans vergogne, les mères qui défendent leurs enfants contre les bourreaux d’Hérode, sont autant de rejetons d’une race héroïque, éclose dans le cerveau d’un grand artiste plein de rêves sublimes et de visions lumineuses.
Le premier mariage de Rubens. Rubens ne tarda pas à nouer des relations plus étroites avec Jean Brant, un des notables anversois dont nous venons de parler. Il était né à Anvers, le 30 septembre 1559, avait fait ses humanités dans sa ville natale, avait étudié ensuite à Louvain, où il avait obtenu le diplôme de maître ès belles-lettres et commencé ensuite ses études de droit ; après quoi, il avait visité en France les universités d’Orléans et de Bourges, et suivi en Italie les cours universitaires. Vers 1585, il était revenu dans son pays et s’était d’abord fixé à Bruxelles, où il avait pratiqué cinq ans comme avocat. En 1590, il avait épousé, à Anvers, Claire
Isabelle Brant — Dessin (National Gallery, Londres).
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Rubens et Isabelle Brant
(Pinacothèque, Munich)
De Moy, dont la sœur devint plus tard la femme de Philippe Rubens, puis il était venu habiter sa ville natale, où il occupa durant trente et un ans une des quatre places de secrétaire de la ville. Il résilia alors ses fonctions en faveur de son fils Henri, et fut nommé échevin ; il mourut à quatre-vingts ans, le 28 août 1639. Il avait 75 ans lorsque Rubens fit son portrait en 1635; le tableau se trouve à la Pinacothèque de Munich. Jean Brant était un représentant distingué du patriciat flamand de l’époque ; il cultivait les belles lettres pour se délasser de ses travaux officiels. On entendait alors par belles-lettres la philologie grecque et latine et la critique des textes ; la langue maternelle et les autres langues modernes ne comptaient pas. La biographie de Brant a été écrite par son ami Valerius Andréas, qui déclare qu’il possédait à fond les principes des deux langues, et ne croit pas devoir prendre la peine de dire lesquelles.
En homme bien élevé et qui se respecte, il publia des notes politiques et critiques (Notœ politicœ et criticœ) sur Jules César; réunit en volume les éloges des Romains répandus dans les ouvrages de Cicéron et donna un essai critique sur les œuvres d’Apulée. Comme œuvre originale, il publia sur les devoirs du conseiller vraiment digne de ce nom, une dissertation nourrie de la sagesse des anciens, et écrite dans une langue calquée sur la leur. 11 mérita ainsi le renom dont ses contemporains étaient le plus fiers, celui de bon latiniste.
Du mariage de Jean Brant étaient nés quatre enfants : Isabelle ou Elisabeth, baptisée le 20 octobre 1591; Henri, le 31 juillet 1594; Jean, le 22 août 1596 et Claire, le 4 novembre 1599. Rubens fit la connaissance de la fille aînée peu après son retour, l’aima et obtint sa main. Les deux fiancés habitaient la même rue, non loin l’un de l’autre. Philippe Rubens, qui était déjà l’oncle d’Isabelle Brant, devint aussi son beau-frère. Le mariage eut lieu le 8 octobre 1609; le même jour, Balthazar Moretus écrivit à son frère Jean qui séjournait temporairement à Cologne : « La fille de Brant a épousé aujourd’hui le peintre Pierre Rubens. » (1) La bénédiction nuptiale fut donnée dans 1 église de I abbaye de Saint-Michel, située à quelques pas de la demeure des jeunes époux. Comme ce n'était pas une église paroissiale, l’inscription du mariage dut se faire dans les registres de l’église Saint-André, ce qui n’eut lieu qu’à la fin de l’année et sans indication de date. (2)
(1) Hodie nupta Brantii filia Petro Rubenio pictori. Correspondance de Rubens. II, page 10.
(2) Sr Petrus-Pauwels Rubens, Joff" Isabella Brant Solennisatum in Ecclesia D : Michaëlis (P. Visschers : Geschiedenis van St-Andries Kerk te Antwerpen. I, page 90).
Rubens, à ce que raconte son neveu Philippe dans la Vit ci, alla habiter avec sa jeune femme la maison de ses beaux-parents. Dans la liste des invités à l’enterrement de Jean Moretus, dressée en 1610, nous trouvons mentionnés immédiatement l’un après l’autre : « M. Brandt, greffier et Pierre Rubens, peintre rue Saint-Michel. 11 y habita jusqu’à l’achèvement de la maison qu’il faisait bâtir au Wapper.
L’histoire ne sait que peu de chose d’Isabelle Brant, mais ce peu lui fait honneur. C’est une parole élogieuse, écrite par Rubens le 15 juillet 1626 en réponse aux condoléances que lui avait envoyées de Paris Pierre Dupuy à l’occasion de la mort de sa femme. « En effet, écrivait-il, » j'ai perdu une excellente compagne, qu’on pouvait ou plutôt qu’on devait aimer, avec raison, car elle n’avait aucun des défauts propres à son sexe ; toujours de bonne humeur, elle était exempte de toutes les faiblesses féminines ; elle était toute bonté, toute amabilité ; vivante, on l’aimait pour ses vertus, morte, elle est regrettée de tous. » L’oraison funèbre est courte, mais elle en dit long; il serait difficile de dire plus de bien d’une femme en moins de mots. Rubens aura plus tard une nouvelle compagne qu’il aimera d’un amour plus passionné et dont il glorifiera la beauté aux yeux de l’univers ; mais aux côtés d’Isabelle Brant, il paraît avoir joui d’un bonheur domestique plus calme; son premier amour fut aussi raissonnable que profond.
Rien de charmant, de touchant même, comme le groupe où il se peint lui-même avec sa jeune femme; tout parle de confiance mutuelle, de bonheur pur et tranquille dans cette scène rendue d’une façon si simple et si sincère (Œuvre. N° 1050). Parée de ses habits les plus somptueux, peut-être de sa toilette de noce, elle est assise sur un banc si bas que ses genoux touchent presque la terre. Elle porte un haut chapeau pointu, dont le large bord doublé de vert est relevé et attaché d’un côté au moyen d’un bijou de prix, et qui est posé crânement sur l’oreille à la mode du temps. Les riches dentelles d’un petit bonnet s’échappent du chapeau, tombent jusqu’à l’oreille et cachent en grande partie la chevelure d’un brun châtain; la jolie tête est encadrée d’une riche fraise de dentelle. Une jaquette rayée de noir et ouverte sur la poitrine, laisse voir un corsage de satin blanc, brodé de fleurs noir et or, qui descend très bas sur la jupe. Celle-ci est violette et se relève sur un jupon de dessous de couleur jaune. De fines manchettes retroussées et plissées sur les manches, complètent avec un bracelet, où sont enchâssées des pierres ovales, cette élégante parure. Le fiancé aussi est en costume de gala; il porte un haut feutre conique à larges bords et orné d’un riche cordon garni de pierres précieuses, un large col de dentelle rabattu sur les épaules, un pourpoint collant jaune à reflets verdâtres, garni de galons noirs, de larges chausses en velours noir d’un riche travail et des bas oranges. Son manteau brun doublé de noir est placé sur ses genoux.
La composition du groupe est des plus agréables. Lui est assis les jambes croisées, le bras gauche reposant sur le dossier du banc dont on ne voit que le pied carré et massif, la main gauche est posée sur la poignée de l’épée, et la droite sur ses genoux ; le haut du corps s’incline vers la bien-aimée. Elle est assise beaucoup plus bas, la tête penchée vers lui et reposant sur son bras, tandis que d’un geste confiant et affectueux, elle place la main droite sur la sienne, et que de la gauche pendante le long du corps elle tient son évantail fermé. Elle a dix-huit ans, ses yeux limpides rayonnent de bonheur. Elle n’est pas d’une beauté régulière et classique: ses grands yeux bruns et ses fins sourcils se relèvent un peu obliquement, le bas du visage est un peu petit en proportion du front, les coins de la bouche se relèvent un peu
trop et les mâchoires sont trop saillantes ; elle n’en est pas moins charmante. C’est lui évidemment qui est le maître, le seigneur. Il est si beau, avec ses longs cheveux châtains, légèrement frisés, son collier de barbe clair-semée, ses longues moustaches plus blondes, retroussées d’un air vainqueur, et ses grands yeux qui contemplent l’avenir avec sérénité, qu’on se dit qu’il a pu suffire de son extérieur pour séduire sa femme. Il a l’attitude élégante et l’aisance
de mouvement de l’homme qui se présente bien, quelque part que ce soit ; chez elle perce la
jeune bourgeoise qui vivait hier encore sous l’œil de sa mère et qui aujourd’hui est devenue la compagne d’un artiste, et de quel artiste ! Et puis, c’est le printemps, les fleurs éclosent sous leurs pieds comme dans leurs cœurs. Ils sont assis au jardin sous un berceau, et le chèvrefeuille, cet ami de la maison dans la vieille Flandre, les entoure de son feuillage épais et de
ses fleurs sans nombre, vrai régal de couleur et de parfum.
Tel qu’il est conçu et exécuté, ce groupe, plein d’harmonie, de sentiment et de grâce sans apprêt, est un vrai chef-d’œuvre et le digne précurseur de ceux qui lui succéderont. I) est placé comme une image de bonheur à l’entrée de l’existence nouvelle du maître, et l’impression
qui s’en dégage se retrouvera dans toutes les créations futures de celui-ci, où tout parlera
de force, de joie et de satisfaction intime puisée dans la conscience de cette joie et de cette
force. La couleur est sobre, un peu sèche et sombre, les contours sont nets; il n’y a ni reflet
ni effet de lumière; seule l’étoffe blanche du petit corsage de soie que porte l’épousée, ressort en pleine clarté. Les chairs sont fermes avec des reflets brunâtres sur les mains et l’ombre transparente portée par les bords des chapeaux sur les visages.
Ce tableau appartient à la Pinacothèque de Munich, qui l’a repris de la galerie de Dusseldorf. Peint primitivement sur toile, il a été transporté sur panneau. Il existe un dessin à la craie rouge, où Rubens a retracé sa propre tête pour servir de modèle à son portrait. (Œuvre. N° 1528). Ce beau dessin a figuré en 1767, à la vente Julienne, en 1857, à celle de Thibaudeau. Nous ne savons où il se trouve actuellement et ne le connaissons que par des gravures.
Nous avons ici le plus ancien portrait d’Isabelle Brant. Rubens la peignit encore plus tard à diverses reprises, moins souvent, il est vrai qu’Hélène Fourment, mais assez fréquemment cependant pour qu’une comparaison entre les premiers et les derniers portraits puisse offrir de l’intérêt. Le plus éloigné, dans l’ordre des dates, de ce premier portrait, et aussi le plus intéressant, est celui de Saint-Pétersbourg (Œuvre. N° 900), où l’on voit Isabelle assise dans la cour intérieure de sa demeure, ayant à sa gauche le portique qui donne accès au jardin. Elle est visiblement plus âgée et a dépassé la trentaine, ses traits sont plus accentués, la tendance de l’œil et du sourcil à obliquer vers le haut frappe davantage, le menton est plus pointu, les coins de la bouche sont plus écartés, les cheveux sont devenus d’un brun plus foncé, et, comme dans d’autres portraits où Isabelle est représentée tête nue, ils sont aplatis et réjetés en arrière, à l’exception de quelques petites boucles qui rompent l’alignement. Malgré la différence d’âge, la ressemblance entre les deux portraits est incontestable. Rubens avait fait pour le dernier un dessin à la craie noire et rouge, qui appartient au British Muséum.
Un deuxième portrait qui se trouve au Musée des Uffizi à Florence (N° 197 du catalogue) nous montre Isabelle Brant vue à peu près de face ; les formes sont plus pleines, les joues ne sont plus fermes, mais pendent vers le menton ; elle pose la main droite sur sa poitrine, et tient dans la gauche un petit livre à couverture rouge et à fermoirs d’or, entre les feuillets duquel elle
place l’index. Elle porte les mêmes bijoux que ceux dont elle est parée sur le portrait de Saint- Pétersbourg, une double rangée de perles au cou, une chaîne richement ouvrée qui descend sur la jaquette noire en trois rangs fort écartés l’un de l’autre; un diadème d’or enrichi de pierres précieuses ceint sa chevelure. Le visage respire la bonté et la bonne humeur, le portrait a été peint peu avant celui de Saint-Pétersbourg. L’exécution est très soignée, l’éclairage égal et chaud.
On en trouve une répétition dans le cabinet du duc de Norfolk. Waagen témoigne qu’elle
est d’une touche légère, et extrêmement remarquable par la chaleur et l’éclat du ton. (Œuvre. N° 899). (1)
Un troisième portrait d’Isabelle Brant se trouve au musée royal de La Haye; les mains sont croisées sur la ceinture, et les traits ne diffèrent que peu où point de ceux des portraits précédents. Le costume est simple : une robe de soie noire échancrée carrément sur la poitrine; par les crevés des larges manches on aperçoit une étoffe de soie blanche brodée d’or; autour du cou, elle porte une lourde chaîne d’or; un mouchoir de gaze ne couvre la gorge qu’à moitié; dans les cheveux on voit un joyau en or enrichi de perles blanches comme celles qui sont enchâssées dans les pendants d’oreille. La toile est antérieure de quelques années et date probablement de 1620 (Œuvre. N° 897). Monsieur Edmond Huybrechts d’Anvers possède une répétition de ce portrait, faite de la main de Rubens. Une copie se trouve dans la collection de Sir Richard Wallace, aujourd’hui, le Musée Wallace à Londres.
Entre tous ces portraits, il n’y a d’autre différence que celle qui provient de l’âge et de l’ajustement. Il n’en est pas de même du portrait qui se trouve dans la collection royale du château de Windsor (Œuvre. N" 895). On y voit Isabelle Brant encore jeune; les cheveux sont relevés en arrière sur le front, mais ils retombent sur les tempes et cachent presque complètement les oreilles; des fleurs sont piquées dans les torsades qu’entoure un cordon de perles. Elle porte un col relevé en dentelle fine, une robe jaune que recouvre un mantelet noir; au cou, un simple cordon de perles. Les ajustements et les bijoux sont différents de ceux des autres portraits. Les traits aussi sont autres que sur les portraits postérieurs; l’angle des yeux est bien un peu relevé et les mâchoires plus ou moins saillantes, mais ces particularités ne sont pas aussi accusées. C’est une jolie femme que baigne une lumière douce et pleine tombant sur ses cheveux châtains crespelés; le nez paraît plus long, le front plus grand, les doigts ont toute la finesse que van Dijck a donnée à ceux qu’il a peints.
Il faut que dans le cours des ans Isabelle Brant ait beaucoup changé, et non à son avantage. C’est vers 1614, que Rubens a peint ce portrait, con amore ; lorsque plus tard les traits de sa femme sont devenus plus marqués, il a fait ressortir également ce détail caractéristique.
Tête d’empereur romain Dessin (Duc de Devonshire).
(1) Waagen : Treasures of art in Great-Britain. Il, page 86.
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Isabelle Brant (Ermitage, St-Petersbourg)
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Il est inadmissible que le portrait de Windsor Castle ne représente pas Isabelle Brant; il provient de la famille Lunden, alliée à celle de Rubens, et a toujours porté le nom sous lequel il est connu aujourd’hui.
Le musée des Uffizi à Florence (N1^ 180) possède un second exemplaire de ce portrait. Il porte par erreur le nom d’Hélène Fourment. Sur cette toile, elle tient entre le pouce et l’index le cordon de perles qui descend du cou sur la poitrine, geste si naturel, qu’on ne peut guère douter que Rubens ne l’ait employé dans l’original. Si Isabelle Brant ne tient rien entre le pouce et l’index sur l’exemplaire de Windsor-Castle, c’est probablement une lacune dans la peinture. Une copie conforme au tableau de Florence se trouve au Musée de Nantes ; une seconde répétition appartient à la collection Sanderson à Learmouth Terrace. La National Gallery de Londres possède une étude pour ce portrait dessinée par Rubens (Œuvre. N° 1499).
Rubens passa de longues années avec sa jeune femme dans le bonheur conjugal le plus complet. Un seul coup sensible l'atteignit dans les premiers temps ; ce fut la perte de son meilleur ami, son frère Philippe, qui mourut le 28 août 1611. Il fut enterré dans l’église de l'abbaye de Saint-Michel. Pierre-Paul fit le portrait du défunt pour son tombeau, et Balthazar Moretus composa l’épitaphe. Le portrait s’est malheureusement perdu; il est probable qu’il servit de modèle pour celui qui fut gravé en 1615 pour son livre Asterii Homiliœ. En mentionnant la mort de Philippe Rubens dans la biographie de son beau-frère, Jean Brant constate que Pierre-Paul était le seul survivant de sept enfants.
Premiers tableaux peints par Rubens a Anvers. — La Dispute du saint Sacrement.
Les premières commandes importantes que Rubens reçut à Anvers, lui furent faites pour des autels de cette ville. La première de toutes, à mon avis, c’est la Dispute du saint Sacrement à l’église des Dominicains, aujourd’hui Saint-Paul (Œuvre. N° 376). Bellori témoigne qu’elle est au nombre des premiers ouvrages qu’il fit après son retour à Anvers. 11 ne peut exister de doute sur ce point, bien qu’aucun document contemporain ne nous donne la date précise. La meilleure preuve que cette toile est antérieure à toutes celles du même genre qu’il peignit à Anvers, c’est la facture même. On la cite du reste de très bonne heure. Lorsque, le 24 juillet 1616, les administrateurs de la chapelle du saint et doux Nom de Jésus et du saint Sacrement en l’église des Dominicains en cette ville d'Anvers » dressèrent un inventaire des meubles et ornements appartenant à la chapelle, ils mentionnèrent: Une peinture artistique de la Réalité du saint Sacrement, faite par monsieur Peeter Paulo Rubbens. Et en bas dans le piédestal des deux côtés de l’autel, les figures de Moïse et d’Aaron, faites par ledit monsieur Peeter Paulo Rubbens. » En 1643, trois ans après la mort de Rubens, l’ouvrage fut gravé sous son nom; jusque dans la
Tête d’empereur romain Dessin (Duc de Devonshire).