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LES VOYAGES DIPLOMATIQUES

Reprise des négociations diplomatiques. Voyages en Espagne et en Angleterre.

Ouvrages exécutés pendant ces années.

Philippe IV, roi d’Espagne (Pinacothèque, Munich).

Reprise des négociations diplomatiques. — L’intervention artificieuse de la France avait fait échouer en septembre 1627, les négociations entre l’Espagne et l’Angleterre.

Rubens s’était retiré, déçu et découragé tandis que Gerbier irrité et aigri retournait en Angleterre. On pouvait s’attendre qu’il passerait de l’eau sous le pont avant que la situation changeât et que l’on pût reprendre les négociations interrompues.

Elles furent cependant reprises plus tôt qu’on ne s’y attendait. Lorsque Gerbier débarqua en Angleterre, son maître Buckingham s’était embarqué depuis deux mois environ pour la côte occidentale de France, à la tête d'une armée destinée à secourir les Huguenots français assiégés dans La Rochelle par Louis XIII. Il réussit à jeter ses troupes de débarquement dans l’île de Rhé, située en face de la ville assiégée, mais il fut repoussé à l’assaut du fort

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Saint-Martin et contraint de battre en retraite le 29 octobre 1627. Il regagna son pays avec la moitié de ses troupes.

En temps ordinaires, cet échec aurait peut-être poussé le peuple anglais à un nouvel effort contre l’ennemi de son pays et de sa religion, mais la situation intérieure du royaume détourna l’attention de ce qui se passait à l’étranger. Le mécontentement était général. La Chambre des Communes à laquelle se joignit bientôt celle des Lords, avait reconnu en Buckingham l’homme qui conduisait le pays à sa perte. En 1626, on avait refusé de voter les impôts nécessaires pour la continuation de la guerre aussi longtemps que le roi n’aurait pas révoqué son favori de ses fonctions de ministre tout-puissant. Charles 1 préféra dissoudre le parlement et faire jeter en prison les chefs de l’opposition. N’ayant aucun moyen légal de se procurer de l’argent, il eut recours à la levée d’impôts arbitraires, ce qui naturellement augmenta encore le mécontentement général.

Sur ces entrefaites, on reçut la nouvelle du traité conclu à Paris par don Diego Messia entre la Lrance et l’Espagne contre l’Angleterre. Au lieu d’un ennemi qui s’était déjà montré trop fort pour lui, Charles allait avoir à tenir tête à un second et redoutable adversaire. Buckingham et lui avisèrent aux moyens de se tirer d’affaire et chargèrent Gerbier de reprendre les négociations avec Rubens, afin de se débarrasser au moins d’un de leurs ennemis.

A ce qu’assure Gerbier, Rubens aurait continué de lui écrire après l’insuccès de leurs efforts en faveur de la paix. Il ajoute même que lorsque Rubens insista pour continuer la correspondance, I s’y refusa, disant que la comédie était finie et qu’il n’avait pas envie de la recommencer. Là-dessus, Rubens aurait renoncé à toute nouvelle tentative, mais sur l’ordre du marquis Spinola, qui allait partir pour l’Espagne, il aurait écrit de nouveau à Gerbier et lui aurait envoyé une copie de la lettre de Spinola. Nous n’en croyons rien, et sommes d’avis que cette fois c’est de Londres que vinrent les ouvertures. Quoiqu’il en soit, vers la mi-décembre 1627, Rubens reçut en même temps par un courrier extraordinaire une lettre de Gerbier et une autre de Scaglia, qui se trouvait alors également à Londres, d’où il lui avait écrit le 3 décembre. Tous les deux lui demandaient d’intervenir pour faire reprendre les négociations interrompues.

Le 17 décembre 1627, Rubens envoya la lettre de Scaglia à Spinola; il garda celle de Gerbier rédigée en flamand ; elles contenaient du reste la même chose, déclarait-il. Il traduisit pour le marquis un passage de la lettre de Gerbier. Le négociateur anglais s’efforçait de colorer la défaite des Anglais devant La Rochelle, et de la faire passer pour une ruse de guerre, imaginée par eux pour revenir bientôt à la charge avec des forces supérieures et plus de chances de succès. Rubens ne fut pas dupe de cette invention, et écrivit à Spinola que les Anglais étaient tellement aigris contre les Français à cause de leur défaite, qu’ils voulaient faire à tout prix la paix avec l’Espagne, afin de pouvoir tourner toutes leurs forces contre leur vainqueur et empêcher que les deux nations qui venaient de s’allier n’entrassent en campagne contre eux. Il déclara sans ambages à Pierre Dupuy que la lettre de Gerbier était pleine de mensonges, et qu’il trouvait ridicule sa tentative pour déguiser la défaite des Anglais.

Le 21 décembre, Spinola écrivit à Rubens par ordre de l’infante, qu’elle et lui étaient disposés à favoriser les négociations de paix, qu’il partait dans deux jours pour l’Espagne, qu’il informerait le roi de ce qui était arrivé, et que Sa Majesté lui ferait alors savoir ce qu’elle

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désirait que fît Rubens. Il se bornait à insister pour que Gerbier et Scaglia déclarassent nettement sur quelle base l’Angleterre entendait traiter, et fissent des propositions acceptables.

L’infante n’avait pas attendu pour reprendre les négociations que des ouvertures vinssent de Londres. Dans son désir ardent de rétablir la paix dans nos provinces et les pays voisins, elle avait écrit à Olivarez peu après la rupture des pourparlers entre Rubens et Gerbier, pour lui demander de permettre à Spinola de se rendre à Madrid, afin d’éclairer le roi sur la situation. Par une lettre du 11 novembre 1627, Philippe IV avait accordé au marquis un congé de trois mois à partir du 1er décembre, pour qu’il se rendît à Madrid. Spinola ne put se mettre en route que le 3 janvier suivant. Le marquis de Léganès l’accompagna. Ils se rendirent en France et allèrent voir le siège de La Rochelle, où ils restèrent quelque temps, de sorte qu’ils n’arrivèrent à Madrid que le 26 février. Spinola était tout à fait d’accord avec l’infante et avec Rubens, et son séjour à la cour devait faire faire à la question un pas décisif. Dans nos provinces, on attendait beaucoup de l’intervention du marquis ; on était convaincu qu’on ne viendrait pas à bout des Hollandais par les armes, et que la paix seule pouvait ramener l'ancienne prospérité dans ces régions si rudement éprouvées. (1)

Mais Spinola ne devait plus revoir les Pays-Bas. Le roi le retint à Madrid jusqu’en juillet 1629, et au lieu de lui permettre de retourner à Bruxelles, il l’envoya à Milan avec le titre de gouverneur et de commandant général des troupes dans ce pays. Philippe avait promis à l’infante de lui renvoyer le grand capitaine, mais jugeant ou prétextant qu’il pouvait mieux l’employer en Italie, où la guerre avait éclaté entre l’Espagne et le duc de Savoie pour la possession des états du feu duc de Mantoue, il le retint dans ce pays. Le marquis mourut à Castel Nuovo di Scrivia le 25 septembre 1630. Il était partisan de la paix, mais il briguait le commandement des troupes royales pour le cas où la guerre aurait éclaté avec l’Angleterre. On croit que le souverain lui en avait voulu de ses démarches en faveur de la paix et que, s’il l’avait retenu à Madrid pour l’envoyer ensuite au-delà des Alpes, ce ne fut que pour masquer la disgrâce où était tombé Spinola. En apprenant la mort de celui-ci, Rubens écrivit à Dupuy : « Quant à la mort de Spinola, la seule chose que je puisse vous en dire, c’est qu’elle a été » causée par ses préoccupations et ses soucis trop lourds pour ses forces et son âge. Il semblait fatigué de la vie. On a vu une lettre écrite par lui lorsqu’il était encore en bonne santé et où il dit : «« J’espère que le Seigneur me fera la grâce de m’ôter la vie en septembre »» ou plus tôt. »» J’ai perdu en lui un de mes plus grands amis et protecteurs, comme on peut » le voir par une centaine de lettres qu’il m'a écrites. » (2)

Tout ce que nous savons des relations du grand général avec le grand artiste, prouve le cas qu’il faisait de Rubens. Roger de Piles déclare que Spinola avait l’habitude de dire qu'il voyait briller tant de qualités dans l’âme de cet homme éminent, qu’il croyait que son talent pour la peinture était le moindre de ses dons. (3)

(1) Une lettre de Balthasar Moretus à son ami Jean van Vucht, à Madrid, montre l’état des esprits dans les Pays-Bas Espagnols : Dieu veuille, dit cette lettre, que le marquis Spinola y (à Madrid) puisse faire quelque chose en faveur de la paix qu’on désire ardemment ici, car je crains que nous ne verrons jamais les Hollandais vaincus par les armes. Nous en avons la preuve depuis bieo des années. — Anvers 3 août 1628. (Archives du Musée Plantin-Moretus).

(2) Lettre à Dupuy. — Lettre datée de l’année 1630 et probablement du mois d’octobre.

(3) Œuvres diverses — • 1767 — IV. 368.

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Rubens envoya à Gerbier une copie de la lettre de Spinola du 21 décembre, et reçut de lui une réponse datée du 18 février 1628. Scaglia, à qui cette copie fut communiquée, répondit le 21 février. Ces lettres montraient le désir qu’avait l’Angleterre de conclure la paix avec l’Espagne. Le 30 mars, Rubens les envoya à Spinola, après les avoir communiquées à l’infante. Au moment de fermer le paquet, il reçut encore trois lettres de Gerbier, dont l’une était écrite en français, et les deux autres, très longues, en flamand ; il envoya la première à Spinola, en y joignant le résumé des deux autres. Gerbier insiste de nouveau pour que l’Espagne dise clairement ce qu’elle veut, et ne se borne pas, comme l’année précédente, lorsqu’il négociait avec Rubens, à ne charger celui-ci que de paroles en l’air et de vaines promesses, tandis que l’Angleterre faisait des propositions sérieuses et se faisait représenter par des personnes autorisées.

Rubens partageait cette manière de voir. Il tenait lui aussi à ce que les négociations fussent entamées sur des bases solides et avec le désir d’aboutir. Il est à peine nécessaire de dire qu’il était poussé par le désir d’être chargé lui-même des négociations, et que la voie recommandée par lui était en contradiction directe avec les hésitations continuelles de la cour d’Espagne et sa répugnance à déclarer franchement où elle voulait en venir. Le roi et ses conseillers étaient d’avis qu’il fallait toujours agir de façon qu’on pût faire le contraire le lendemain, et parler de manière à ce que les paroles dites pussent être interprétées dans deux sens.

En envoyant ces pièces à Spinola, Rubens lui demanda une prompte réponse, attendu qu’un voyage qu’il se proposait de faire l’année suivante en Italie, dépendait de la décision qu’on prendrait. En effet, Rubens paraît avoir songé sérieusement à se rendre en Italie. Il avait promis à Peiresc d’aller le visiter pendant l’automne de 1628, et celui-ci avait communiqué la bonne nouvelle à ses amis. Déjà auparavant, il avait eu l’idée de ce voyage, car, comme nous l’avons vu plus haut, Philippe Chifflet note ce qui suit à la date du 21 mai 1627 ; « Rubens » songe à partir pour Rome vers le mois de septembre, après avoir achevé quelques tableaux » qu’il peint pour l’infante. » Gevartius avait également la conviction que son ami allait entreprendre un voyage au-delà des Alpes, car il avait annoncé à Aléandre que Rubens irait le voir à Rome, et le 23 septembre 1628, l’érudit italien lui écrivit pour le remercier de cette bonne nouvelle. Mais cette année pas plus que la précédente, Rubens n’ébruita le rôle qu’il jouait en politique, et même au moment où il s’attendait à être appelé à Madrid, il laissa ses amis dans l'idée qu’il allait partir pour l’Italie. Le 31 août, lorsque déjà Rubens s’était mis en route, Peiresc croyait encore qu’il partait pour l’Italie, et viendrait le voir à Aix.

En même temps qu’il écrivait à Spinola, le 30 mars 1628, Rubens informa Gerbier, que, par ordre de l’infante, il pouvait donner au roi d’Angleterre et à Buckingham l’assurance que l’archiduchesse Isabelle s’employait activement en faveur de la paix, qu’elle s’efforcerait de faire partager ses idées à son neveu, et qu’elle avait chargé Spinola de faire tous ses efforts à la cour d’Espagne pour atteindre le même but.

Le résultat fut favorable, mais selon l’habitude espagnole la décision se fit attendre. Le roi à qui Spinola avait communiqué les lettres que Rubens lui avait envoyées chargea l'infante d’inviter son peintre à transmettre les originaux de ces pièces dont il n’avait communiqué que des copies ou des extraits ; il se peut en effet, écrivait Philippe le 1er mai, qu’il ait omis, mal compris ou mal transcrit quelque passage. Rubens répondit qu’il était prêt à obéir, mais que lui seul

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pouvait comprendre ces lettres qui traitaient d’ailleurs d’autres choses encore que de celles dont il avait entretenu Spirlola ; que, si le roi voulait lui indiquer à Bruxelles une personne à qui il pût les communiquer en toute confiance, il s’empresserait de le faire, ou bien qu’il les apporterait lui-même à Madrid, si tel était le bon plaisir de Sa Majesté. Cette réponse était évidemment combinée pour se faire inviter à aller en Espagne. Rubens comprenait que le moment approchait, où, suivant son désir, il pourrait être chargé d’une mission importante et faire œuvre utile. Il fit ce qui dépendait de lui pour le hâter et y réussit. Le 31 mai, l’infante

L’Enfant Jésus, Saint-Jean, deux Anges et un agneau (Musée, Berlin).

transmit sa réponse au roi d’Espagne; elle assura à son neveu que l’Angleterre désirait la conclusion d’un traité et que Rubens avait fidèlement interprété les communications de Gerbier. Là-dessus, le roi convoqua le Conseil d ’ État, pour lui soumettre la proposition de l’artiste anversois. Le Conseil opina qu’il convenait de mander Rubens à Madrid, et de l’inviter à apporter les papiers qu’il avait en sa possession. On pourra, concluait le Conseil, hâter ou » retarder les négociations selon qu'on le jugera opportun. S’il faut les continuer, la venue de » Rubens sera plus utile que nuisible. Le roi approuva cette manière de voir, mais fidèle à son caractère il ajouta : « Il ne faut pas insister pour que Rubens fasse le voyage, c’est à lui de » juger s’il est de son intérêt de l’entreprendre.

Ceci se passait le 4 juillet 1628. Le 6 juillet, le roi écrivit à l’infante : J’ai lu la lettre de V. A.

» en réponse à la mienne du 31 mai, au sujet de Pierre-Paul Rubens. Puisqu’il a fait entendre » qu'il ira à Madrid si on le lui ordonne, et qu'il apportera les lettres qu’il possède au sujet des

ÉTAT DES BIENS PROVENANT DE LA SUCCESSION D’iSABELLE BRANT

» négociations avec l’Angleterre, il sera bon que V. A. l’invite à le faire; mais après être » convenue avec lui qu’il aura soin d’apporter toutes les pièces de ce genre qu’il a entre les » mains. Si les Anglais voulaient envoyer secrètement dans un des ports de la Biscaye, une personne munie des pouvoirs nécessaires, V. A. pourrait lui donner un passe-port et le » voyage de Rubens offrirait une utilité plus grande. 11 faut néanmoins s’abstenir d’insister » auprès de lui, mais le laisser décider selon ses propres convenances. »

Le 13 août, l’infante informa le roi que Rubens allait partir sous peu de jours ; elle écrivit à Olivarez qu’il n’apporterait pas seulement ses propres pièces, mais aussi celles qui reposaient à la secrétairerie d’Etat. Trois jours auparavant, Rubens lui-même avait écrit à Pierre Dupuy, qu’il craignait de voir leur correspondance interrompue pour quelques mois, par suite d’un grand voyage qu’il allait entreprendre ; mais, ajoutait-il, comme il n’y a rien de certain en ce monde, que lorsque c’est fait, je vous donnerai avis de mon départ et afin que vous » n’écriviez pas inutilement, je vous informerai de tout retard ou de tout empêchement qui » pourrait survenir. »

Toujours pas un mot de sa destination, ni de la mission qui lui était confiée. Il dit à Philippe Chifflet, qu'il doit avoir rencontré à Bruxelles, qu’il allait en Espagne pour faire le portrait du roi ; mais Chifflet, qui avait des accointances avec la cour de Bruxelles, avait appris que Rubens était envoyé par l’infante, afin de poursuivre les négociations qu’il avait commencées avec l’Angleterre, relativement au commerce. On savait si peu à Bruxelles, même dans les cercles d’ordinaire bien informés, de quelle mission Rubens était chargé, que deux jours avant son départ, l’envoyé de Florence écrivait à son gouvernement, que Rubens était parti pour Venise, pour y traiter avec le comte de Carlisle. En effet, notre artiste avait été en relations avec celui-ci, qui avait été chargé, vers la fin de mai, par son souverain d’une mission extraordinaire pour le duc de Lorraine et le duc de Savoie. Il avait fait demander par l’entremise de Rubens un passe-port pour traverser les Pays-Bas espagnols et l’avait obtenu à condition de ne pas s’arrêter à Bruxelles. Carlisle alla trouver Rubens à Anvers et se plaignit d’être moins bien traité que d’autres envoyés. Rubens transmit à Bruxelles les plaintes du diplomate anglais, et obtint que Carlisle serait reçu par l’infante. Elle lui donna deux fois audience, et chargea l’artiste de le renconduire lors de son départ. Pendant ce petit voyage comme lors de leurs entrevues, Rubens eut l’occasion de s’entretenir longuement avec Carlisle sur la situation politique et de ce qu'il allait faire à Madrid, et si soigneusement qu’on gardât le secret, les mieux informés des diplomates étrangers qui résidaient à Bruxelles, durent bien soupçonner de quoi il était question. L’ambassadeur de France informa à diverses reprises son gouvernement, qu’ils s’étaient occupés de la paix entre l’Espagne et l’Angleterre, dont Rubens était le proxénète. (1) Avant de partir pour l’Espagne, celui-ci mit ordre à quelques affaires. Le 19 août, il fit devant le notaire de Breuseghem, en faveur de Déodat del Monte, la déclaration dont nous avons parlé plus haut (p. 208).

Etat des biens provenant de la succession d’Isabelle Brant. Le 28 du même mois, il passa un acte plus important. Il soumit aux tuteurs de ses enfants, son beau-père

(1) Qachard : Particularités et Documents inédits sur Rubens. Page 19.

ŒUVRES DE 1628 LE RETABLE DU MAÎTRE-AUTEL DE L’ÉGLISE DES AUGUSTINS 451

Jean Brant et son beau-frère Henri Brant, l’état de ses biens au moment du décès de sa femme, ainsi que ses comptes relatifs à la gestion de ces biens, depuis le décès de celle-ci. L’état et les comptes furent approuvés. Il en résulte, qu’avant la mort d’Isabelle Brant, Rubens possédait en immeubles et rentes sa grande maison à la Bascule, une autre maison contiguë rue des Agneaux (aujourd’hui rue Houblonnière) et une maison rue des Juifs, une ferme avec 32 arpents de terre à Zwyndrecht, qu’il avait achetée le 15 juin 1619 de Nicolas Rockox, et 3717 florins de rentes annuelles à charge des états du Brabant, des villes d’Anvers, d’Ypres et de Ninove et de plusieurs propriétés particulières. Après le décès, il avait acquis pour les 84000 florins qui lui avaient été payés pour les œuvres d’art vendues au duc de Buckingham, trois maisons à la Bascule, à côté de la sienne, et quatre maisons rue des Agneaux, contiguës à sa propriété, une ferme à Eeckeren, rapportant 400 florins l’an, et 3173 florins de rente à charge des états de Brabant, du canal de Bruxelles et des propriétés de Messire Jean Doyenbrugge de Duras. Provisoirement, on ne porta pas en compte ce qu’il possédait encore en fait de tableaux de sa main ou d’autres maîtres, ainsi que d’œuvres d’art et autres objets précieux, telles que pierres gravées, qu’on se réservait d’estimer plus tard, ainsi que les bijoux de la défunte, qu’on évaluait à 2700 florins. Tous ces biens étaient la propriété commune de Rubens et de sa femme défunte; la moitié en revenait donc à leurs fils (1). Le jour même où il régla ces comptes ou le lendemain, il se mit en route.

Œuvres de 1628. Le retable du maître-autel de l’église des Augustins. — Les nombreuses occupations politiques qui absorbèrent une partie de son temps pendant les huit premiers mois de l’année 1628, ne l’empêchèrent probablement pas d’exécuter plusieurs tableaux. C’est certainement le cas pour le retable qu’il peignit pour le maître-autel de l’église des Augustins à Anvers (Œuvre. N° 214).

Les P.P. de l’Observance de saint Augustin s’étaient établis à Anvers en 1608. En 1615, ils commencèrent à bâtir leur église, qui fut achevée en 1618, et consacrée par l’évêque Malderus. Quelques années après, ils résolurent d’orner de retables les trois autels de leur église et eurent l’heureuse inspiration de s’adresser aux trois peintres les plus distingués d’Anvers : Rubens, van Dijck et Jordaens. On peut supposer que Rubens, dont le fils aîné Albert fréquentait alors l’école latine des Augustins, les aura aidés de ses conseils. Rubens peignit pour le maître-autel, une de ces Santé Conversazioni, comme les peintres italiens avaient l’habitude d’en faire, et où l’on voyait la Vierge entourée de nombreux saints. Il fondit ce sujet avec un mariage mystique de sainte Catherine, autre motif favori à cette époque. Van Dijck peignit pour l'autel situé dans la nef latérale de gauche, un Saint Augustin méditant dans l'extase le mystère de la sainte Trinité. Jordaens livra pour l’autel de droite un Martyre de sainte Apolline.

D’après une note du livre de compte du couvent, transcrite par un religieux pour François Mois, auteur de recherches érudites sur Rubens, on paya en 1628 à van Dijck pour son tableau, 600 florins, autant à Jordaens, et 3000 florins à Rubens pour son retable.

Vers le milieu de la hauteur de cette toile, on voit la sainte Vierge, assise sur une sorte de

(1) Bulletin- Rubens. IV, page 154-188.

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