‹ RubensChapitre 83 sur 164 · TABLEAUX EMPORTÉS POUR MADRID · texte numérisé non relu

TABLEAUX EMPORTÉS POUR MADRID

Rosalie, dans laquelle on reconnaît la jeune Hélène Fourment, donnent les notes claires et suaves de la gamme des couleurs.

Et cependant la couleur et la lumière manquent d’éclat; une tonalité douce et mate prévaut dans le tableau tout entier, ne permet à aucun détail de saillir, à aucun rayonnement de se faire jour. On ne peut dire que le tableau soit en mauvais état. Il a été nettoyé il y a quelques années et cependant il doit avoir souffert. Lorsque nous voyons qu’à la fin du siècle dernier, sir Joshua Reinolds, connaisseur très compétent et peu porté à l’exagération, en parle en ces termes : « J’ai été frappé de l’éclat du coloris, au point que je crois n’avoir jamais trouvé plus de » puissance dans une œuvre d’art, » nous devons constater que nous ne retrouvons plus cette puissance. 11 ne reste qu’une lumière douce et subtile, tamisée sur de riches draperies et de beaux corps nus de femmes et d’enfants, sans qu’aucun détail ressorte puissamment, sans que l’ensemble nous impressionne avec force. Il est vrai que le tableau est mal éclairé, les fenêtres qui s’ouvrent des deux côtés au-dessus de l’autel, lui font certainement du tort, mais elles existaient aussi au temps de Reynolds, et ne nuisaient point alors au puissant effet de la peinture.

Rubens a peint les parties inférieures et a fait exécuter par ses élèves les parties supérieures qu’il a achevées lui-même. Le tableau fut envoyé en 1794 à Paris, d’où il revint en 1815. Il faut qu'il ait eu un grand succès dans les premières années de son existence, car il n’en est aucun dont on ait fait autant de réductions. Ces exemplaires en miniature permettent, mieux que le tableau lui-même dans son état actuel, de juger de la couleur éclatante du retable original. Le Musée de Madrid en possède un ; il s’en trouvait dans la mortuaire de Rubens un autre, qui fut cédé à don Francisco de Rochas, en rémunération de son entremise dans la vente des tableaux acquis par le roi d’Espagne. C’est peut-être celui qui se trouve au Musée de Berlin. Au milieu du xvmme siècle, Descamps en comptait encore trois dans des collections françaises. Dans le catalogue de la galerie Sedelmeyer de 1897, figure une esquisse du tableau, d’où il résulte que celui-ci n’avait pas été conçu primitivement sous la forme rectangulaire, mais qu’il devait être cintré à la partie supérieure. Le Musée de Francfort-sur-le-Main possède une première esquisse sommaire de la composition.

Frontispice. Un des derniers ouvrages exécutés par Rubens avant son départ pour l’Espagne, c’est le frontispice de la Catena sexaginta quinque grœcorum patrum in S. Lncam (Œuvre. N° 1264), de Balthasar Corderius. La gravure fut payée à Théodore Galle le 8 septembre 1628. Le livre parut la même année. Rubens avait représenté sur ce frontispice la Vérité, suspendant au cou de saint Luc une chaîne formée de 65 médaillons représentant les saints Pères. Mais comme d’habitude l’allégorie était très légèrement vêtue, cette figure de femme Rubénienne ne plut guère à l’auteur. Balthasar Moretus lui fit remarquer que dans la conception de Rubens, la Vérité devait être nue, et que le peintre la jugeait suffisamment voilée telle qu’il l’avait dessinée. La figure resta donc telle que le peintre l’avait conçue.

Tableaux emportés pour Madrid. Lorsque Rubens partit pour Madrid en 1628, il emporta plusieurs tableaux, et s’en fit envoyer d’autres encore; le roi avait invité l’infante à

Page 1