SITUATION POLITIQUE DE L’EUROPE OCCIDENTALE
idée de la situation embrouillée de l’Europe en 1628. Il faut s’en rendre un compte exact, ce qui n’est pas toujours facile, pour comprendre le caractère de l’intervention de Rubens.
Situation politique de l’Europe Occidentale. A regarder les choses d’un peu haut, il semble que les intérêts religieux aient déterminé la ligne de conduite des hommes d’État de l’Europe Occidentale durant la première moitié du xviu siècle. L’Allemagne était divisée en deux camps par la lutte pour ou contre la réforme, et la guerre de trente ans y sévissait; en France, les armées royales étaient sur pied au nord, au midi et à l’ouest pour soumettre les Huguenots ; dans les Pays-bas, la lutte continuait entre les armées catholiques de l’Espagne et les troupes calvinistes de Frédéric-Henri, soutenu par l’Angleterre. Dans ce dernier pays, on continuait de refuser tous droits aux catholiques et le peuple applaudissait avec enthousiasme à l’appui donné aux protestants étrangers. Deux partis étaient en présence : les adhérents de l’ancienne doctrine et ceux de la nouvelle, et l’on devait considérer comme une conséquence naturelle de cet état de choses, la coalition des États catholiques, l’Espagne, les Pays-Bas espagnols, l’empereur et les princes catholiques d’Allemagne, la France et les états indépendants d’Italie, d’une part, et celle des pays protestants, l’Angleterre, les Provinces-Unies des Pays-Bas, l’Allemagne du Nord, le Danemarck et la Suède de l’autre. C’était la politique du temps de Philippe II ; elle serait restée la plus simple et la plus naturelle sous ses successeurs, si d’autres intérêts n’avaient poussé les princes et les peuples dans des voies différentes.
L’Espagne elle-même avait donné l’exemple. Sa puissance colossale n’avait pas suffi à soumettre un état pygmée comme les provinces septentrionales des Pays-Bas ; la soumission des provinces méridionales avait coûté durant de longues années à Philippe II le plus clair de ses ressources et avait affaibli pour toujours son royaume. Au commencement du xvne siècle, la guerre durait depuis quarante ans dans nos régions ; si Philippe III voulait faire un effort extraordinaire pour y mettre fin, il lui fallait conclure la paix avec les autres puissances; c’est ce qu'il fit avec l’Angleterre en 1604 ; mais il était trop tard. L’Espagne était trop épuisée ; elle n’était plus en mesure de réduire à l’obéissance le petit coin qui s’était séparé de son immense empire. En 1609, elle fut forcée de conclure une trêve de douze ans. Près de vingt ans s’étaient passés depuis lors; son impuissance continuait, s’était même aggravée. Le gouvernement pouvait se faire illusion, croire qu’un effort suprême et une politique habile pouvaient tout réparer; mais les faits devaient montrer que les hommes à qui incombait cette mission, n’étaient pas à la hauteur de leur tâche : peut-être aussi dépassait-elle les forces humaines. En tout cas, une paix honorable avec l’un des pays ennemis devait être la bienvenue, puisqu’ainsi on aurait les mains libres pour agir énergiquement ailleurs et dès lors le roi catholique ne devait plus s’inquiéter si ce pays était catholique ou protestant.
La France avait à lutter à l’intérieur contre les Huguenots; la prise de La Rochelle devait amener la soumission de ceux-ci, et l’on pouvait s’attendre qu’un pays catholique gouverné par un cardinal, se rangerait du côté de l’Espagne et de l’Autriche pour la croisade contre les protestants. Mais en débarrassant ces deux états coreligionnaires de leurs ennemis, elle se serait