RETOUR DE MADRID
conseil privé. Après comme avant, il resta le conseiller intime et le mandataire officieux de la princesse. En revanche, son fils Albert, à qui il transmit sa charge quelques semaines avant sa mort, et qui alla peu après se fixer à Bruxelles, s’acquitta de la besogne qui lui incombait en vertu de ces hautes fonctions. Nous avons déjà dit d’après le livre de Pachéco, que Philippe IV remit à Rubens, le jour de son départ, un anneau enrichi de diamants, en témoignage de sa satisfaction.
Le 29 avril 1629, Rubens quitta Madrid. Il n’avait guère donné de ses nouvelles pendant son séjour en cette ville. Il entretint sans doute l’infante de ce qui se passait dans le monde politique; mais par malheur aucune de ses lettres n’a été conservée. Il envoya aussi à ses amis de France quelques lettres, où il n’est pas question de politique. Il écrivit le 29 décembre 1628 à Gevartius, mais n’aborde la politique que pour dire qu’il n’a rien à lui apprendre : « Sur les affaires d’état, je ne puis rien affirmer de certain, car je n’y vois pas encore clair, » dit-il en flamand. Puis il traduit l’impression que lui fait la politique espagnole, impression qui n’est rien moins que favorable. Il avait beaucoup de sympathie pour le roi, tout en regrettant qu’il se laissât guider par son entourage. Il tenait en médiocre estime les dépositaires du pouvoir. Piet Hein avait capturé peu auparavant (le 9 septembre 1628) les galions d’Espagne. Voici ce que Rubens écrit à ce propos à son ami d’Anvers : La perte de la flotte à fait grand bruit
ici, mais on n'y veut point croire, tant qu’on n’en aura pas avis de notre côté; pourtant ce » n’est que trop vrai, selon l’opinion publique » et poursuivant en latin, il s’épanche librement et fait un sombre tableau de la situation. « C’est une lourde perte, dit-il, qu’ils doivent attribuer » à leur propre sottise et à leur négligence plutôt qu’à leur mauvaise fortune. On les a infor- » més assez souvent et assez à temps, mais ils n’ont pas pris soin de détourner le mal ou » bien ils ont manqué de prévoyance pour s’en défendre. Je voudrais que vous vissiez comment » tous se réjouissent ici parce qu’ils voient dans la calamité publique un moyen de satisfaire » leur rancune par le discrédit des gouvernants. Tel est le pouvoir de la haine, qu’on oublie » son propre dommage, pour ne sentir que la douceur de la vengeance. Je ne plains que » le roi ; la nature l’a doué de toutes les qualités de l’esprit et du corps, comme j’ai pu le » constater, maintenant que je le connais de près. S’il se défiait moins de lui-même et s’en » reposait moins sur les autres, il serait à la hauteur du rang le plus élevé et capable de gouverner tous les empires. Mais maintenant, il expie sa propre crédulité et l’incapacité des » autres, objet d’une haine qu’il n’a rien fait pour mériter. »
Retour de Madrid. La mission de Rubens demandait qu’on fît diligence; il gagna Paris par l’Ouest de la France. Dans cette ville où il se trouvait le 10 mai 1629, il logea chez le baron Henri de Vicq, envoyé de l’infante, où il reçut le peintre Adrien De Vries qui était très bien vu de Peiresc et de ses amis. Il vit les derniers ouvrages de ce portraitiste estimé, et les loua hautement. Il visita aussi le palais de Marie de Médicis, alors complètement meublé, et déclara qu’il n’avait rien vu de si somptueux à la cour d’Espagne. (1) Le 1 1 mai, au soir, il quitta
(1) Lettre de Pierre Dupuy à Peiresc. 18 mai 1629.