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NOUVELLE INTERVENTION DANS LES AFFAIRES POLITIQUES

assistant à une fête champêtre. Ce tableau appartient au Musée impérial de Vienne (Œuvre. N° 1190). La maladie Là déjà affaibli et il s’appuie sur une canne; elle était encore dans tout l’éclat de sa florissante santé.

Nouvelle intervention dans les affaires politiques. — Après sa longue absence et son nouveau mariage, il était à supposer que Rubens éprouverait le besoin de jouir au sein de sa famille d’un repos bien mérité, et de se livrer en paix à ses travaux artistiques. C’était sans

Un paysage avec des couples folâtrants (Galerie impériale, Vienne).

doute son désir; mais il devait se passer du temps avant qu’il se réalisât. A peine marié, il fut question de l’envoyer en Angleterre avec une nouvelle mission. La paix était conclue entre la cour de Londres et celle de Madrid, on avait besoin de don Carlos Coloma en Flandre pour commander les armées et il était probable qu’on ne pourrait de sitôt le remplacer à Londres par un ambassadeur ayant les mêmes titres et les mêmes pouvoirs. Dans un conseil d’état, tenu à Madrid le 21 décembre 1630, on s’occupa du choix de cet envoyé. On proposa comme candidats Juan de Necolalde, secrétaire du roi, qui séjournait depuis deux ans dans les Pays-Bas, Jean-Baptiste Van Male, membre du conseil des finances et ancien chargé d’affaires à Londres, et enfin Rubens.

Le roi nomma Necolalde en qualité de chargé d’affaires temporaire, et le marquis de Castaneda en qualité d’ambassadeur. L’infante qui avait besoin de Necolalde, ne donna pas suite à cette décision, et envoya en son lieu et place à Londres, un Anglais, établi à Bruxelles, Henri Taylor, qu’elle avait chargé à diverses reprises de missions politiques dans son pays natal. Mais le roi avait réservé un rôle à Rubens. En prévision des difficultés qui pourraient surgir à la suite de la mésintelligence qui régnait de nouveau à Paris entre Louis XIII et sa

INTERVENTION DE RUBENS DANS LES DIFFÉRENDS ENTRE MARIE DE MÉDICIS ET LOUIS XIII 507

mère, Philippe IV se persuada que nul n’était plus capable que Rubens d’aller négocier avec la cour d’Angleterre. Le 6 avril 1631, il écrivit dans ce sens à l’infante : elle en parla à Rubens, qui se montra peu pressé de quitter sa jeune femme.

Mais ce répit devait être court. Il est vrai que depuis son retour d’Angleterre, il n’avait jamais cessé de se préoccuper de la situation politique de son pays, comme le prouve le rapport de la séance du conseil d’état tenue à Madrid le 23 mai 1631. Le 10 et le 18 mars de cette année, il avait écrit à Olivarez au sujet de diverses questions, concernant le service du roi en Flandre. Le conseil proposa de lui voter des remerciements, ce que le roi approuva.

Intervention de Rubens dans les différends entre marie de médicis et louis xiii.

Ce furent les événements survenus en France et auxquels Philippe IV avait fait allusion dans sa lettre du 6 avril 1631 à l’infante qui amenèrent la rentrée de Rubens dans la vie politique.

En 1620, Marie de Médicis s’était réconciliée avec Louis XIII. Elle prit place au conseil d’état et accompagna le roi et la reine dans leurs voyages en province. Mais elle ne pouvait se résigner à son rôle d’ex-reine et d’ex-régente ; dévorée d’ambition et d’orgueil, elle voulait sa large part de pouvoir et d’honneurs. Pour accroître son influence, elle voulait autant que possible faire nommer ses amis aux hautes fonctions de l’état. L’homme sur lequel elle comptait le plus pour la soutenir, c’était l’évêque de Luçon, Armand-Jean du Plessis, plus tard cardinal de Richelieu. Il était son chapelain depuis 1614 ; deux ans après, il fut nommé secrétaire d’état à la guerre et aux affaires étrangères par le maréchal d’Ancre, le favori de Louis XIII et de la reine-mère. Il avait suivi celle-ci dans son exil à Blois sans encourir d’abord par là le déplaisir du roi. Mais plus tard, Louis XIII commença à se défier de lui, et pour l'éloigner de Blois, lui ordonna d’aller se fixer à Avignon. Après la réconciliation de Marie de Médicis avec son fils, l’évêque de Luçon était revenu à la cour et sa royale protectrice l’avait fait nommer membre du conseil d’état. En 1622, elle lui fit obtenir le chapeau de cardinal. Son pouvoir avait grandi de jour en jour et avait fini par devenir à peu près illimité dans les questions relatives à la paix et à la guerre, à l’intérieur et à l’étranger. Il devint le véritable souverain de la France, et il faut dire à son honneur que, sous aucun roi, ce pays ne fut gouverné par une tête plus puissante et une main plus vigoureuse.

La reine-mère, qui avait espéré trouver en lui un serviteur, éprouva bientôt qu’elle s’était donné un maître, qui ne lui laissait aucun pouvoir ni même aucun espoir d’en recouvrer jamais la moindre parcelle. Alors elle entra en lutte avec son ancien protégé ; elle eut recours à tous les moyens pour obtenir de son fils le renvoi du tout-puissant ministre. A un moment donné, en septembre 1630, elle parut avoir réussi à ébranler le roi, mais le cardinal ne tarda pas à reprendre définitivement son ascendant sur le monarque, et Marie de Médicis fut exilée au château de Compiègne. Elle parvint à s’évader et voulut se rendre à La Capelle, place forte située dans le nord de la France, et qui devait lui être livrée par sou gouverneur. Ce plan échoua au dernier moment et la reine fugitive dut se résoudre à passer la frontière belge. Le *20 juillet 1631, elle atteignit la petite ville d’Avesnes, alors en Hainaut.

Informée de son arrivée, l’infante lui envoya le marquis d'Aytona, pour lui assurer qu’elle ferait tout ce qui serait en son pouvoir pour lui rendre le séjour des Pays-Bas agréable et pour

l’engager à ne pas rester dans cette petite ville-frontière, où elle était exposée à une surprise de la part des Français. La fugitive suivit ce conseil, et partit le 29 juillet pour Mons, en Hainaut, où elle fut reçue par les autorités et les habitants avec toute la pompe qu’on déployait à l’entrée des souverains du pays. Elle y resta une quinzaine de jours. Le 1 1 août, Isabelle vint la voir. Le lendemain, les deux princesses partirent pour Mariemont, d’où elles repartirent le 13 août

Baigneuses (S. M. l'Empereur d’Allemagne).

pour Bruxelles. Lorsque Aytona avait été reçu à Avesnes par la reine-mère il lui avait demandé de désigner une personne de sa suite, avec laquelle il pût s’entretenir des affaires courantes ; elle fit choix du marquis de la Vieuville. De son côté, Isabelle avait chargé Rubens, qui accompagnait Aytona, de la représenter auprès de la reine-mère, bien qu’un homme de la plus haute noblesse, Albert de Ligne, prince de Barbançon, se fût offert à remplir cette tâche. Cette mission délicate fut donc confiée à notre artiste, qui suivit Marie de Médicis d’Avesnes à Mons.

Avant d’aller trouver la reine-mère, il avait eu déjà à se mêler des événements amenés par

MARIE DE MÉDICIS ET LOUIS XIII

des dissensions qui avaient éclaté au sein de la maison royale de France. Dans sa lutte avec Richelieu, Marie de Médicis était soutenue par son second fils, Gaston, duc d’Orléans. Lui aussi avait voué une haine mortelle au cardinal. En apprenant que sa mère était enfermée au château de Compiègne, il forma le projet de prendre les armes contre le ministre. Quelques gentilshommes se joignirent à lui ; il leva de l’argent et des troupes en France, et tenta de s’enfermer dans Orléans pour y tenir tête à l’armée royale. Mais à l’approche de celle-ci, il s’en-

Diane surprise (S. M. l’Empereur d’Allemagne).

fuit en Bourgogne, puis en Franche-Comté, qui appartenait encore à l’Espagne. De là, il envoya un de ses affidés à l’infante pour lui demander de le soutenir contre Louis XIII et Richelieu.

Isabelle, qui voyait un danger pour l’Espagne à ce que l’on fît en Franche-Comté des préparatifs de guerre contre la France, fit conseiller au duc d’Orléans de chercher un refuge en Lorraine. Il suivit ce conseil, et le duc de Lorraine, Charles IV, se déclara prêt à soutenir par les armes le prince français. En juin 1631, Gaston envoya à l’infante un de ses partisans, Achille d'Etampes, commandeur de Valençay, pour solliciter des secours pécuniaires, et l'autorisation de lever des troupes dans les Pays-Bas espagnols. Le duc d’Orléans demandait également que l’escadre de Dunkerque fût mise à sa disposition pour une attaque sur la côte

de France. Lorsque son envoyé arriva à Bruxelles, l'archiduchesse avait reçu une lettre de Philippe IV, qui approuvait qu'on accordât des subsides à Gaston d’Orléans, mais se refusait à aller plus loin. Le commandeur de Valençay fut donc reçu froidement et renvoyé à Aytona pour discuter ses propositions. Obligé de quitter la capitale pour prendre le commandemant en chef de l’armée, celui-ci pria l'infante de désigner Rubens pour le remplacer. C’est ce qu’elle fit et l'artiste-diplomate fut chargé de la conduite de l’affaire. C’est donc à juste titre qu’il put écrire trois ans plus tard à son ami Peiresc que c’était à lui seul qu’on avait confié toutes les négociations secrètes relatives à Marie de Médicis et au duc d’Orléans, à l’époque où ils s’étaient enfuis de leur pays pour chercher un asile dans nos provinces. (1) Les longs pourparlers qui s’échangèrent entre lui et le commandeur de Valençay, n’aboutirent qu’à faire décider le retour d’Etampes en Lorraine, pour y demander de nouvelles instructions. Le 10 juillet 1631, Rubens partit pour Dunkerque afin d’informer Aytona de ce qui avait été convenu entre lui et l’envoyé du duc d’Orléans.

Quelques jours après, il se rendit avec Aytona chez la reine-mère, à Avesnes, d’où il la suivit à Mous. Lorsqu’il fut au courant des intentions et des désirs des deux ennemis de Richelieu, il écrivit de Mous, le 1er août 1631, une longue lettre où il communiquait à Olivarez ses impressions et sa manière de voir. Il appuyait la demande de secours. A son avis, le cardinal-ministre seul était le fauteur de la mésintelligence qui existait au sein de la famille royale. Rubens avait acquis en Angleterre la preuve de sa perfidie; aussi longtemps qu’il resterait au pouvoir, toute entente était impossible entre le roi Louis d’une part, sa mère et son frère de l’autre. S’il ne s’était agi que des intérêts d’une seule personne, quelque élevé que fût son rang, il aurait hésité à recommander l’intervention ; mais l’occasion se présentait de réduire à l’impuissance le plus redoutable des adversaires de l’Espagne, et de mettre pour longtemps la France hors d’état d’entreprendre quoi que ce fût contre un autre pays. Richelieu avait toujours employé son intelligence et son pouvoir à combattre l'Espagne, à l’humilier, à l’affaiblir, et ce pays ne devait regarder à aucun sacrifice pour se débarrasser de ce dangereux ennemi. « Les Français que nous aiderons, ajoutait-il, ne nous en seront peut-être pas reconnaissants, mais, par leurs luttes civiles, ils nous rendront toujours le service de s’affaiblir de leurs propres mains. » Rubens ajoutait une énumération très exagérée des partisans que Gaston d’Orléans comptait en France, des gouverneurs de ‘provinces et de villes qui se rallieraient à sa cause, et des troupes qu’il pourrait lever. Wallenstein, lui avait-on assuré, avait offert ses services, plusieurs princes allemands le suivraient, le roi d’Angleterre viendrait à son aide. Il fallait que l’Espagne accordât aux ennemis de Richelieu un subside de 300.000 écus d’or, et fermât les yeux sur les enrôlements de soldats qu’ils pourraient faire dans les Pays-Bas espagnols. On devait donner à leurs troupes libre passage par ces provinces. A ceux qui verraient dans cette attitude une infraction au droit des gens et à la foi jurée, on pourrait répondre que Richelieu avait fait bien pis à l’égard du roi d’Espagne.

Cette lettre de Rubens que nous résumons est extrêmement remarquable. Il s’y montre

(1) Lettre du 18 décembre 1634.

MARIE DE MÉDICIS ET LOUIS XIII

en contradiction avec son amour de la paix et ses efforts incessants pour l’obtenir, comme avec l’amitié jurée entre les deux rois. Il voulait faire entrer l’Espagne dans une alliance, qui pouvait amener une guerre périlleuse. Jusqu’alors les efforts des deux royaumes pour arriver à la suprématie, avaient eu le caractère plutôt d’une sourde compétition, que celui d’une hostilité déclarée. Si Gaston d’Orléans tentait d’envahir le royaume de son frère avec l’aide des Espagnols, c’était la rupture entre les deux rois, et il était à craindre que, si Louis triomphait des rebelles, il ne tentât de se venger sur la nation qui les avaient aidés. Rubens voulait donc aventurer ce qui lui était le plus cher, la tranquillité de l’Europe occidentale et de son propre pays. Sa conception du rôle à jouer par l’Espagne était celle d’un politique peu scrupuleux, qui ne tient aucun compte des traités, et n’hésite pas à violer la paix lorsque l’occasion se présente de porter un coup sensible à l’adversaire. C’était hélas ! la politique du temps ; est-elle bien autre aujourd’hui ? En admettant que cette conduite intéressée ne donnait pas une trop grave entorse aux idées d'alors en matière de droit international, il faut reconnaître que le plan de Rubens avait quelque chose de grand et de hardi, et que ses conseils étaient ceux d’un politique avisé. Il voyait clairement que Richelieu voulait la ruine de l’Espagne, et l’annexion des provinces voisines. Il savait qu’après avoir soumis les protestants en France, le cardinal aurait les mains libres pour faire plier aussi les nations étrangères et surtout l’Espagne. C’était de ce côté que venait pour la paix et le droit le péril terrible et imminent ; il fallait y parer ou y périr, occuper Richelieu chez lui, et après les Huguenots, lui donner à combattre un ennemi, qui pût le tenir en échec durant des années et même lui faire perdre la partie. L’enjeu était considérable, le gain pouvait être important. Mais qui ne risque rien, n’a rien ; il ne fallait pas hésiter, ni agir mollement, mais soutenir énergiquement les rebelles. Quant aux scrupules de loyauté, on pouvait, selon Rubens, les sacrifier à la nécessité de se défendre dans une lutte à mort; tous les moyens étaient bons contre un adversaire qui ne reculait devant rien. Nous ne contesterons pas que Rubens ne se soit laissé entraîner par son imagination, et que le poète et le rêveur n’aient joué un tour à l'homme d’état. De nouveaux et vastes horizons s’ouvraient devant son esprit ; il voyait son souverain prendre une résolution hardie, et entamer une action décisive, un ennemi héréditaire écrasé ou réduit à l’impuissance, son pays grand et libre, et pour atteindre de pareils résultats il n’hésitait pas à risquer ce qu’il avait de plus cher. Son conseil fut d’abord rejeté, puis suivi partiellement et avec hésitation. Il était trop viril, trop hardi pour l’Espagne affaiblie et irrésolue, vouée à une décadence irrémédiable. Richelieu ne lui porta pas le coup de grâce, mais la mit hors de combat, et s’il ne put donner à son pays la frontière du Rhin et des provinces belges, ce ne fut certes pas sa faute.

Rubens n’était pas seul à croire qu’il fallait soutenir énergiquement Gaston d’Orléans, et il paraît que les deux représentants de l’infante auprès de la reine-mère agissaient de concert. Aytona était à peu près d’accord avec Rubens. Dans sa lettre du 30 juillet au roi, antérieure de deux jours à celle de Rubens à Oiivarez, il s’exprime ainsi : Jamais V. M., ni aucun de ses

prédécesseurs n'a eu une occasion aussi favorable d’humilier ses ennemis les plus opiniâtres » et qui ont traversé le plus constamment ses desseins, car V. M. peut compter aujourd’hui sur le concours d’une reine, qui a gouverné si longtemps la France, où elle compte tant de » partisans, et sur celui d’un frère du roi, héritier présomptif du trône. Il écrivit le même jour

et dans le même sens à Olivarez : « A mon avis, c’est un des évènements les plus importants » du temps de Votre Excellence, et une bonne occasion de nous venger des torts que » nous a faits la France. » Le marquis de Mirabel, ambassadeur d’Espagne à Paris, était du même avis.

Mais il n’était pas dans le caractère du roi de tenter un coup si hardi ; il ne voulait pas risquer une rupture avec la France; aussi informa-t-il l’infante que s’il consentait à négocier en faveur de la reine-mère, il n’entendait pas la soutenir par les armes. 11 écrivit au pape, à l’empereur, au roi d’Angleterre, au grand-duc de Toscane et au duc de Savoie pour leur demander de s’occuper à réconcilier le roi avec sa mère. Lorsqu’il eut reçu les lettres de Rubens, d’Aytona et de Mirabel, il convoqua le conseil d’état pour en délibérer. Le conseil se réunit le 16 août 1631 et se prononça à l’unanimité contre l’intervention dans les affaires de France, telle que Rubens la recommandait. Olivarez, tout en reconnaissant les bonnes intentions de notre artiste-politicien, déclara que sa lettre contenait beaucoup d’extravagances et de babil italien. Le 23 août, le roi écrivit à l’infante qu’il n’avait pas l’intention de soutenir la reine-mère et le duc d’Orléans de la façon qu'on lui conseillait. Il jugeait les ressources et les forces dont disposaient les fugitifs, trop faibles et trop incertaines pour qu’on pût y compter dans une guerre avec la France ; si les ennemis de Richelieu parvenaient à s’emparer d’une place forte comme Calais, où l’on serait certain de pouvoir les secourir, il voulait bien tenter l’aventure.

Mais avant la fin de l’année, on changea d’avis à la cour d’Espagne. A la séance du conseil d’état du 19 décembre 1631, les principaux membres et Olivarez en tête, résolurent d’engager le roi à intervenir sérieusement en faveur du duc d’Orléans afin d’entraver les desseins du roi de France, des protestants allemands, et du roi de Suède, Gustave-Adolphe, dont les progrès devenaient inquiétants. Mais, comme toujours, on agit sans vigueur à Madrid, et lorsque plus tard, pressé par les circonstances, on se décida à suivre le conseil de Rubens, on prit des demi-mesures et l’on n’aboutit à rien.

Après avoir écrit à Olivarez, Rubens quitta Mons ; le 7 août, il était de retour à Anvers, car Ophovius note dans son journal qu’il rendit visite au peintre ce jour là.

Bien qu’on n’eut guère tenu compte de son avis, il continua de servir d’intermédiaire entre la reine-mère de France et le roi d’Espagne. Pendant le séjour que fit Marie de Médicis à Bruxelles, en août 1631, elle envoya par son entremise à Olivarez un projet de traité entre elle et son fils. Le comte-duc trouva qu’il était rédigé en termes fort pertinents, mais le marquis de Mirabel jugea qu’il n’avait aucune chance de succès, parce que Richelieu s’y opposerait. Rubens tenait aussi Olivarez au courant de ce que la reine-mère faisait à Bruxelles, c’est ainsi qu’il l’informa, qu’en août 1631, elle avait envoyé un de ses gentilshommes au prince d’Orange pour l’engager à se montrer favorable à la conclusion d'une trêve entre l’Espagne et les Provinces-Unies. Pour l’indemniser de son intervention dans toutes ces affaires, on lui paya le 17 novembre 1631 une somme de 500 livres. (1)

(1) 17 novembre 1631 : A Rubens 500 livres pour estre employé en affaires secretz dont n’est besoing faire plus ample déclaration. Bulletin-Rubens. III, p. 128.

MARIE DE MÉDICIS ET LOUIS XIII

Le 4 septembre 1631, Marie de Médicis partit pour Anvers ; elle s’embarqua à Willebroek et débarqua à la Tête de la Grue. Elle s’installa dans les appartements princiers de l’abbaye de Saint-Michel. L’infante, qui l’accompagnait, lui avait cédé ce logement et avait pris le sien dans l’hôtel de feu Simon Rodriguez. On fit aux princesses une réception brillante, et pendant tout le séjour de la reine, qui se prolongea jusqu’au 16 octobre, les plus grands honneurs lui furent rendus. Le 10 octobre, elle visita l’imprimerie plantinienne. La Serre, le courtisan qui a raconté dans un langage emphatique et boursoufflé, le voyage de Marie de Médicis aux Pays-Bas espagnols, rapporte qu’elle manifesta le désir de voir les superbes tableaux qui décoraient la maison de Rubens. « Celui-ci, affirme le même auteur, est un » homme dont l’industrie, quoy que rare et merveilleuse, est » la moindre de ses qualitez : son jugement d’Estat, et son » esprit et gouvernement l’eslèvent si haut au dessus de » la condition qu’il professe, que les œuvres de sa pruden- » ce sont aussi remarquables que celles de son pinceau.

» Sa Majesté receut un extrême contentement à contem- » pler les merveilles animées de ses tableaux: dont l’admi- » ration, sans doute, doit avoir broyé elle mesine les » couleurs, puis qu’on ne se lasse jamais d’en admirer la » beauté et la perfection. » Elle alla aussi visiter van Dijck et fit faire son portrait par lui. (1) Ce ne fut pas seulement pour voir les curiosités de la ville qu’elle passa six semaines à Anvers ; elle désirait aussi y mettre ses bijoux en gage pour se procurer l’argent nécessaire à l’exécution des plans de son fils Gaston. Rubens lui prêta de l’argent sur deux joyaux, qu’il montra à Gerbier, comme celui-ci l’écrit le 2 octobre 1631 au roi Charles. (2)

Revenue à Bruxelles, elle reprit sa lutte contre Richelieu.

Elle s’adressa successivement au roi Louis et au Parlement, dans l’espoir d’amener la chute du tout-puissant ministre, mais sans résultat. Les armes furent aussi impuissantes que la plume à faire tomber le cardinal. Le duc de Lorraine, qui avait rassemblé une armée sous prétexte de soutenir les catholiques d’Allemagne dans leur lutte avec Gustave-Adolphe, fut contraint par Richelieu de passer le Rhin et d’exécuter effectivement son prétendu dessein. Les troupes réunies par Gaston étaient trop faibles pour rien faire de sérieux ; après son échec en Lorraine, le prince rejoignit sa mère à Bruxelles, le 28 janvier 1632. Les réfugiés comptaient encore sur le duc de Bouillon, qui avait promis de s’emparer de Sedan, et de leur livrer cette place ; mais dans la prévision d’un insuccès, le duc voulait s’assurer l’appui de l’Espagne. En mai 1632, il envoya un gentilhomme à Rubens, pour le prier d’intervenir en sa faveur auprès de l’infante ; Rubens y consentit et

(1) De La Serre : Histoire curieuse de tout ce qui c'est passé à t'entrée de la Reyne Mere du roy treschrestien dans tes villes des Pays-Bas. Plantin, 1632. P. 49, 68, 69.

(2) Noël Sainsburv : Op. cit. P. 162.

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écrivit à l’archiduchesse, le 11 du même mois, pour l’engager à accorder l’appui demandé. II est probable que la demande ne fut pas accordée, car il n’est plus question de l'intervention du duc de Bouillon en faveur des réfugiés français, et lui-même ne tarda pas à prendre du service dans l’armée hollandaise qui cernait Maastricht.

Lorsque Gaston d’Orléans fut arrivé à Bruxelles, sa mère et lui insistèrent plus que jamais pour obtenir l’appui du gouvernement espagnol. Philippe et l’infante ne purent se dérober plus longtemps, car l’attitude de Richelieu dans les affaires d’Allemagne devenait de plus en plus menaçante. Ils donnèrent au duc d’Orléans les moyens de rassembler une petite armée à Trêves, où il se rendit le 18 mai 1632. Il entra en France avec une poignée de soldats ; mais partout, il fut reçu en ennemi. Il poussa jusqu’en Languedoc, où le duc de Montmorency se joignit à lui avec quelques troupes. Le 1er septembre, il fut attaqué à Castelnaudary par l’armée royale que commandait le maréchal de Schomberg. Sa petite armée fut mise en fuite ; Montmorency fut blessé, fait prisonnier, condamné à mort et exécuté à Toulouse. Gaston d’Orléans, qui avait compté sur des secours plus sérieux de la part de l’Espagne, finit par se soumettre, et le 29 septembre 1632, l’acte de réconciliation fut signé à Béziers. Gaston n’en quitta cependant pas moins de nouveau la France deux mois après, et le 21 novembre, il rejoignait sa mère à Bruxelles.

La mère et le fils restèrent encore de nombreuses années dans les Pays-Bas espagnols, où leur présence troublait la paix et occasionnait de fortes dépenses. Ils firent tant que la guerre éclata enfin en 1635 entre la France et l’Espagne. Ils finirent aussi par se brouiller entre eux. Gaston d'Orléans était le plus inconstant des amis et des ennemis, tantôt conspirant contre le cardinal, tantôt s’entendant avec lui pour trahir sa mère. En 1642, il se réconcilia avec son frère, qui mourut le 14 mai 1643. Marie de Médieis et Richelieu l’avaient précédé dans la tombe, l’une le 3 juillet 1642, l’autre le 4 décembre de la même année. La reine-mère séjourna dans les Pays-Bas jusqu’en 1638, tâchant toujours d’arriver à une entente avec son fils, toujours contrecarrée et vaincue par le cardinal. Alors elle se rendit en Flollande, d’où elle passa en Angleterre ; enfin elle alla se fixer à Cologne, où elle mourut pauvre et délaissée, après avoir été durant de longues années à charge à elle-même et aux autres.

Nous n’avons fait qu’effleurer en passant ses aventures et celles de son fils, parce que dès le mois d’avril 1632, Rubens avait demandé et obtenu l’autorisation de ne plus se mêler des mesquines intrigues, ni des questions de rancunes privées et d’intérêt personnel qui s’agitaient autour de la reine-mère et de son fils, encore moins sympathique qu’elle.

Mais notre artiste n’était pas encore au bout de sa carrière politique ; de nouveaux déboires et des désillusions nouvelles l’attendaient. Son objectif restait toujours de mettre un terme à la lutte entre les Pays-Bas espagnols et les Provinces-Unies, afin de rendre à son pays la tranquillité et la prospérité perdues. Il était parfaitement d’accord en cela avec l’infante, qui lui gardait une confiance illimitée.

Négociations avec les Provinces-Unies. En décembre 1631, Rubens fut envoyé par l’infante en Flollande avec une mission secrète, concernant sans doute la conclusion d’un traité île paix. Il partit vers le 15 décembre, et resta deux jours à La Haye. Frédéric-Henri refusa

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d’abord de le recevoir. Comme il insistait, se basant sur un passe-port que le prince lui avait donné l’année précédente, il finit par obtenir audience. Il fit alors des propositions que le prince rejeta, déclarant que les États Généraux seuls pouvaient décider ces questions. L’artiste désappointé quitta la Hollande, voyageant à petites journées, et mettant quatre jours à faire le trajet de La Haye à Bruxelles. Là, il rendit compte à l’infante de sa mission, et repartit le lendemain de grand matin pour Anvers. Ce fut l’avant dernière fois qu’il eut à s’occuper d’affaires d’état. L’infante recourut encore à son intervention en 1632, à l’occasion d’une de ces agitations si fréquentes dans nos provinces depuis qu’elles subissaient de nouveau la domination espagnole.

Après la mort de l’archiduc Albert, notre pays était redevenu une possession directe de l’Espagne ; on respectait trop Isabelle à Madrid pour la traiter comme une gouvernante ordinaire, mais on n’en visait pas moins à faire disparaître toute trace d’indépendance. C’est ainsi que de plus en plus on nommait exclusivement des Espagnols aux hautes fonctions. En 1628, on avait rappelé Spinola dont le seul crime était d’être Italien et on l’avait remplacé à la tête des armées par don Alvarez de Bazan, marquis de Santa-Cruz, Espagnol de pur sang, mais déplorablement incapable. Il en résulta une série de défaites. Le Conseil d’État, composé de membres de la haute noblesse belge, fut dépouillé de ses attributions au profit d’une Junte et d’un conseil adjoint, composés d'Espagnols. La haute noblesse, atteinte dans ses intérêts et ses ambitions, en conçut un vif ressentiment.

De même que sous le règne de Philippe II et sous le gouvernement de Marguerite de Parme, d’Orange et d’Egmont avaient protesté contre la nomination d’étrangers aux plus hautes fonctions de l'état, beaucoup de notables s’opposèrent aujourd’hui à ce qu’on revînt aux mêmes errements. Le duc Henri de Bergh, le plus distingué des lieutenants de Spinola, qui avait commandé en chef après le départ du général, et s’était vu forcé de céder le commandement à Santa Cruz, se montra plus irrité que personne de voir exclure les nationaux de tous les emplois importants. En février 1632, il prêta l’oreille aux conseils du comte de Warfusée, que ses malversations avaient fait destituer de ses fonctions de surintendent des finances, et qui s’était vendu au gouvernement hollandais. De Bergh s’entendit avec un envoyé de ce même gouvernement pour trahir l’Espagne, et se mettre au service des Provinces-Unies avec toutes les troupes dont il disposait et celles qu’il pourrait lever. Le 4 juin 1632, il livra Venloo ; le stadhouder Frédéric-Henri s’empara ensuite de Ruremonde et assiégea Maastricht, qu’il prit le 24 août. Poussés par un émissaire de Richelieu, Carondelet, doyen de Cambrai, quelques membres de la plus haute aristocratie belge s’abouchèrent avec de Bergh, et sans Limiter dans sa trahison tramèrent un complot pour soulever le pays contre l’Espagne, secouer avec l’aide des armes françaises le joug étranger, et fonder un état indépendant, gouverné par des nationaux. Les principaux meneurs étaient les princes d’Epinoy et de Barbançon, le duc de Bournonville et le comte d’Egmont. Il se mirent en quête d’un homme influent pour le mettre à leur tête, et jetèrent les yeux sur Philippe, duc d’Aerschot, et prince d’Arenberg. Celui-ci se montra disposé à se joindre à eux ; mais Isabelle, informée du complot, le manda à Bruxelles et fit un pressant appel à sa fidelité. Il se rendit à ces instances et rompit avec les conspirateurs, dont les plans furent ainsi déjoués.

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Mais voulant donner quelques satisfactions aux mécontents, et réaliser ses propres desseins, le duc d’Aerschot conseilla à l’infante de réunir les États du pays. Isabelle y consentit, et le 9 septembre 1632, s’ouvrit à Bruxelles l’assemblée des députés de toutes nos provinces. Un des premiers vœux qu’elle émit, fut qu’on entamât des négociations avec les Provinces- Unies, en vue de la conclusion d’un traité de paix. Les États désiraient conduire eux-mêmes ces négociations, à titre de dépositaires légitimes de la souveraineté, comme l’étaient les États Généraux dans les provinces séptentrionales. Isabelle y consentit encore, bien que cette prétention fût en contradiction avec toutes les traditions de la monarchie espagnole, et que le but que se proposaient les États de Bruxelles ne fût autre que de s’entendre avec ceux de La Haye pour délivrer le pays du joug de l’Espagne. Ils invoquaient le secours de la France et s’étaient mis en rapport avec Richelieu, qui, dès le début, avait tendu la main aux mécontents, et attisé les troubles. Ils n’auraient pas hésité à livrer le pays au voisin du sud ou à celui du nord, soit même à consentir à ce qu'il fût partagé entre eux, à la seule condition qu’on leur promît le pouvoir.

Le peuple ne les suivit pas ; leur parti resta celui d’une petite minorité aristocratique, d’une poignée de mécontents, qui se plaignaient beaucoup, mais ne faisaient pas grand’chose.

Tout en cédant aux exigences des Jean VAN Havre (D’après la gravure de Corneille Galle). seigneurs, l’infante lie resta pas inactive.

Comme nous l’avons dit, vers la fin de 1631, et avant que les États fussent réunis, se doutant bien de ce que projetaient les mécontents, elle avait essayé de renouer des négociations avec le gouvernement des Provinces-Unies. Dans les premiers jours d’août 1632, elle envoya Rubens son homme de confiance à Liège, où se trouvaient quelques membres des États de Hollande, chargés de suivre de près la marche du siège de Maastricht. Il était porteur de lettres de créance de l’infante, qui d’accord avec le roi, l’autorisait à traiter en son nom. Après une première entrevue avec les députés des États- Généraux, il revint à Bruxelles rendre compte à l’infante de ce qui s’était dit. Le 26 du même mois, il se rendit à Maastricht, où Frédéric-Henri avait fait son entrée quatre jours auparavant ; le 29, il retourna à Bruxelles sans avoir réussi. Enhardis par leurs succès, les Hollandais ne voulaient plus traiter avec l’Espagne ni avec ses alliés.

Ces allées et venues de Rubens avaient excité à La Haye la méfiance des envoyés des puissances qui avaient intérêt à la continuation des hostilités, en même temps que celle des

NÉGOCIATIONS AVEC LES PROVINCES-UNIES

États de Bruxelles qui voyaient de mauvais œil qu’un autre fût chargé des négociations. Avec l’autorisation de l’infante, ils envoyèrent à leur tour trois de leurs membres au prince d’Orange et aux représentants des États-Généraux à Maastricht, pour s’entendre avec eux sur le temps et le lieu d’une conférence où l’on traiterait de la paix.

11 fut convenu qu’elle aurait lieu à La Haye, où les pourparlers s’ouvrirent en effet le 13 décembre 1632. Les envoyés belges, au nombre de dix, voulaient qu’on conclût d’abord un armistice. Le prince d’Orange et les États-Généraux hollandais engagèrent leurs voisins du Midi à se déclarer indépendants de l’Espagne, promettant de leur venir en aide dans la lutte; mais refusèrent de traiter sur la base de la trêve de 1609. On n’ignorait pas en Hollande que les propositions apportées par Rubens au mois d’août, étaient plus avantageuses que celles qu’on faisait aujourd’hui, et l’on comptait sur des concessions de la part de gens moins dévoués à l’Espagne.

Les députés belges voyant que les affaires n’avançaient pas, envoyèrent dans les derniers jours de décembre, quatre des leurs à Bruxelles, pour informer leurs mandants des difficultés qu’ils rencontraient et se plaindre du rôle confié à Rubens. Les États de Bruxelles savaient déjà par le prince d’Orange que Rubens était venu lui faire des propositions à Maastricht, et attribuant à Isabelle et à son émissaire l’échec de leurs propres envoyés, ils résolurent dans leur séance du 4 janvier 1633, de demander à l’infante quelles instructions elle avait données au mois d’août à Rubens. Cette demande resta sans réponse. Mais nous savons ce que désirait l’infante.

Elle eut voulu traiter sans l’intervention des États bruxellois et avait compté pour cela sur Rubens.

Les États de Bruxelles ayant pris la résolution de traiter eux-mêmes avec les Hollandais, l’infante voulut du moins faire surveiller leurs faits et gestes et confia cette tâche à Rubens. Le 13 décembre 1632, le jour même où les négociations devaient commencer à La Haye, Rubens écrivit au prince Frédéric-Henri, lui demandant un passe-port pour lui-même et pour deux ou trois serviteurs, afin de pouvoir se rendre à La Haye et y assister les députés en éclaircissant quelques points, dont il était plus particulièrement au courant. Le prince remit cette lettre aux États-Généraux, qui accordèrent le passe-port le 19 janvier 1633. Au commencement du même mois, Rubens avait été appelé à Bruxelles, pour donner aux États des explications sur son - immixtion dans ces affaires ; le 24, l’assemblée députa trois de ses membres à l’infante pour se plaindre de l’intervention de Rubens. Isabelle répondit, que, si Rubens avait demandé un passe-port au prince d'Orange, c’était afin de se trouver à La Haye, lorsque les députés désireraient voir les documents relatifs à ses négociations antérieures au sujet de la trêve, et nullement pour prendre part aux discussions actuelles.

Le duc d’Aerschot se montra extrêmement indigné de ce que l’infante eût accordé sa confiance à un simple artiste, plutôt qu’à un grand seigneur comme lui. Le 28 janvier 1633, il retourna à La Haye avec ses trois collègues. Ils s’arrêtèrent un jour à Anvers, et invitèrent

L’Enfant Jésus, sauveur du Monde (Steengraclit van Duivenvoorde, La Haye)

NEGOCIATIONS AVEC LES PROVINCES-UNIES

Rubens à leur remettre les papiers qu’il avait entre les mains. L’artiste, sachant ce qui s’était passé à Bruxelles, et combien le duc d’Aerschot lui en voulait, n’alla point le visiter. Le duc plus irrité encore par cette abstention et voulant lui rendre toute intervention ultérieure impossible, lui fit savoir qu’il était mécontent de son attitude et de sa demande de passe-port. Là-dessus, Rubens lui écrivit le 29 janvier ce billet :

Monseigneur,

Je suis bien marry d’entendre le ressentiment que Vostre Excellence a monstré sur la demande de mon passe-port, car je marche de bon pied, et vous supplie de croire que je rendray tousjours bon compte de mes actions. Aussi je proteste devant Dieu, que je n’ay eu jamais aultre charge de mes supérieurs que de servir Vostre Excellence, par toutes les voyes, en l’entremise de cette affaire, si nécessaire au service du roy et pour la conservation de la patrie que j’estimerois indigne de vie celuy qui pour ses intérêts particuliers y apporterait le moindre retardement. Je ne vois pas pourtant quel inconvénient en fust résulté, si j’eusse porté à La Haye et mis entre les mains de Vostre Excellence mes papiers, sans aucun aultre employ ou qualité que de vous rendre très-humble service, ne désirant aultre chose en ce » monde tant que des occasions pour monstrer par effet que je suis, de tout mon cœur, etc. » Aussi vindicatif qu’orgueilleux, le duc répondit à cette lettre si courtoise par ce billet méprisant :

« Monsieur Rubens,

J’ay veu par vostre billet le marryssement que vous avez de ce que j’aurais monstré du ressentiment sur la demande de vostre passe-port, et que vous marchez de bon pied, et me priez de croire que vous rendrez toujours bon compte de vos actions. J’eusse bien pu obmettre de vous faire l’honneur de vous respondre, pour avoir si notablement manqué à vostre debvoir de venir me trouver en personne, sans faire le confident à m’escrire ce billet, qui est bon pour personnes égales, puisque j’ay esté, depuis onze heures jusques à douze heures et demie, à la taverne, et y suis retourné le soir à cinq heures et demie, et vous avez eu assez de loisir pour me parler. Néantmoins je vous diray que toute l’assemblée qui a esté à Bruxelles a trouvé très-estrange, qu 'après avoir supplié Son Altesse et requis le marquis d’Ayetone de vous mander pour nous communiquer vos papiers, lesquels vous m’escrivez avoir, ce qu’ils nous promirent, au lieu de ce, vous ayez demandé un passe-port; m’important fort peu de quel pied vous marchez, et quel compte vous pouvez rendre de vos actions. Tout ce que je vous puis dire, c’est que je seray bien ayse que vous appreniez d’ores en avant comme doibvent escrire à des gens de ma sorte ceux de la vostre. Et lors vous pouvez estre assuré que je seray, etc.

Le duc d’Aerschot atteignit son but. Rubens ne se mêla plus de cette affaire et ce monument de grossièreté voulue, marque en réalité la fin de la carrière diplomatique du grand artiste. (1) Les deux lettres firent quelque bruit. Le duc d’Aerschot en envoya copie aux

(1) Gachard cite le témoignage de l’envoyé vénitien Alviso Contarini (Op. cit. p. 251), pour démontrer qu après avoir reçu la lettre du duc d’Aerschot, Rubens lui écrivit encore et reçut une réponse de lui. Cet historien distingué se trompe : les lettres rapportées plus haut sont celles auxquelles Contarini fait allusion et il n’en fut plus échangé d autres.

États, qui à leur tour les communiquèrent à l’infante et au marquis d’Aytona; l’ambassadeur de France en envoya une copie au secrétaire d’état. Chacun y vit un sujet de scandale et une insulte faite publiquement et avec préméditation par le grand seigneur à l'homme de confiance de l’infante et par conséquent à l’infante elle-même. C’était l’explosion d’une vieille rancune : le duc d’Aerschot et les États de Bruxelles ne pouvaient pardonner à la princesse de leur avoir préféré un homme qui ne faisait pas partie de l’assemblée. « S’ils lui en veulent de s’être mêlé » de leurs affaires, écrit à son gouvernement l’envoyé anglais, William Boswell, c’est probable- » ment surtout parce qu’ils savent bien qu’il s’y entend mieux qu’eux tous. »

La conduite du duc d’Aerschot nous indigne, certes plus encore, qu’elle n’indigna ses contemporains : ils savaient que le ton pris par le grand seigneur avec l’artiste de génie était celui dont se servaient les gens de sa qualité en parlant à des bourgeois, quel que fût leur mérite, ou à des gens de petite noblesse. Lorsqu’au début du soulèvement contre l’Espagne, le président de la Cour des comptes de Brabant, l’un des plus hauts fonctionnaires du pays, se permit de défendre les intérêts du pays contre le comte de Hoogstraten, celui-ci lui dit en présence du prince d’Orange : Tous ces gens de robe sont des vilains et vous êtes un vilain

» Monsieur et les vilaines gens font de vilaines choses. » (1) C’est bien là le ton que prenait d’Aerschot à l'égard de Rubens.

Celui-ci refusa de se rendre à La Haye et pria l’infante de le dispenser à l’avenir de s’occuper de politique. « Je me jetai aux pieds de S. A., écrivait-il plus tard à Peiresc, et lui demandai » pour unique récompense de mes peines, qu’elle me dispensât de nouvelles missions et me » permît de remplir mes fonctions sans sortir de chez moi. J’ai eu plus de difficulté à obtenir » cette faveur qu’aucune de celles qu’on m’avait accordées jusque là et l’on m’a même réservé » quelques affaires, dont je puis m’occuper sans trop me déranger. » (2) L’infante se rendit à son désir, et envoya en son lieu et place son ami Jean van den Wouwer, chargé en apparence de renseigner les envoyés, mais en réalité de les surveiller, et de sauvegarder les intérêts de la couronne d’Espagne et des Pays-Bas espagnols.

Dernière intervention de Rubens dans la politique. Rubens essaya cependant de jouer une fois encore un rôle dans les affaires politiques ; ce fut de nouveau son désir ardent de voir la paix rétablie entre son pays et les Provinces-Unies, qui le fit songer à quitter son atelier et sa ville natale. C’était en juillet 1635. L’évêque de Gand, Antoine Triest, ami de Rubens et partisan de la paix, était en relations avec M. van Berckel, ancien bourgmestre de Rotterdam. Il le fit sonder, avec l’assentiment du gouverneur, pour savoir s’il voudrait l’aider à amener une réconciliation entre les deux pays. Van Berckel y consentit et se rendit à Anvers, où il rencontra l’évêque Triest, qui alla ensuite trouver Rubens, et lui fit part de leur entretien, l’engageant à joindre ses efforts aux leurs. Les victoires remportées dans le courant de l’année par le gouverneur Ferdinand sur les forces combinées de la France et de la Hollande, devaient suivant eux,

(1) Rob. Fruin : Verspreide Geschriften. 1, p. 339

(2) Lettre du 18 décembre 1634.

engager la seconde de ces puissances à prêter une oreille plus favorable à des propositions de paix. Ce fut aussi l'avis de Rubens, qui offrit à l’évêque de se rendre, si c’était le désir du cardinal-infant, chez le prince d’Orange, pour lui demander, ainsi qu’à quelques amis qu’il comptait à La Haye, s’ils croyaient à la possibilité de la paix. 11 pourrait faire cette démarche sans exciter de soupçons, ayant été invité à se rendre à Amsterdam, pour y voir des tableaux de maîtres anciens envoyés d’Italie. Pour cacher le but de son voyage, il se ferait accompagner de cinq ou six amateurs, et il était convaincu, qu’à La Haye on lui parlerait d’un traité de paix, avant que lui-même en touchât un mot.

L’évêque Triest communiqua leur entretien au secrétaire d’état, Martin van Axpe ; celui-ci répondit par ordre du gouverneur, qu’il n’y avait pas d’inconvénient à ce que Rubens entreprît le voyage. Le gouvernement de Bruxelles donna donc en août 1635 un passe-port à notre artiste et à ses compagnons de route. Rubens demanda aux États de la province de Hollande un sauf-conduit pour se rendre avec ses deux fils en Angleterre en passant par la Hollande, afin de porter à Charles I les tableaux que celui-ci lui avait commandés pour la salle des fêtes de Whitehall. Les États en délibérèrent. Le secrétaire de l’ambassade de France, à La Haye, leur fit remarquer, qu’en se rendant dans leur pays, Rubens avait un tout autre but que celui qu’il alléguait et que sa venue exciterait le mécontentement et la discorde. N’osant prendre une résolution, les États provinciaux renvoyèrent la demande de Rubens aux États-Généraux. Ceux-ci la transmirent à leur tour à Frédéric-Henri, qui ne se pressa pas de donner son consentement. Il résulte d’une lettre de Constantin Huyghens, de novembre 1635, que le passeport n’était pas encore accordé à cette date. Rubens ne l’avait pas attendu ; le 8 octobre, il avait envoyé les tableaux par Dunkerque et avait renoncé à son voyage en Hollande.

C’est sans doute à cette dernière et inutile tentative d’intervention dans les affaires d’état, qu’il fait allusion dans sa lettre du 16 mars 1636, à Peiresc, où il dit: <■ J’ai passé malgré moi quelques jours à Bruxelles, pour une affaire personnelle. Ne croyez pas que ce fût pour ce que vous soupçonnez. Je parle franchement et vous pouvez m’en croire. Je conviens qu’on m’invita d’abord à m’occuper de l’affaire. Mais, comme à mon avis, elle ne présentait pas grand intérêt et qu’on faisait quelques difficultés pour me délivrer mes passe-ports, j’ai provoqué de mon côté des retards volontaires, et comme il ne manquait pas de gens désireux de se charger de l’affaire, j’ai pu, grâce à Dieu, rester tranquillement chez moi. » Ainsi Rubens prit définitivement congé de la vie politique en août 1635. Tous ceux qu’il avait servis, ou avec lesquels il avait été en relations, gardèrent une idée très haute de ses talents : princes, ministres, hommes d’état, amis et ennemis, avaient appris à l’estimer, et son nom était resté vierge de toute souillure dans ce monde d’intrigues, où fourmillaient les gens suspects et où les meilleurs ne reculaient pas devant des manœuvres déloyales. Plus d’une fois dans sa carrière politique, il avait manifesté son aversion et son dégoût pour le manque de sincérité, de décision et de sagacité, contre lequel il lui avait fallu lutter. 11 se sentait trop grand, lui, le créateur d’un monde de géants et de héros, pour se traîner dans ces sentiers tortueux, où il s’était aventuré dans l’espoir de rendre service et d’en sortir avec honneur. 11 revint à son art, au domaine où il régnait absolu et tout-puissant.

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FIN DES NÉGOCIATIONS

Fin des négociations. Les négociations entre les Pays-Bas catholiques et les Provinces- Unies, restèrent sans résultat. Le roi d’Espagne avait vu de mauvais œil la réunion des États- Généraux à Bruxelles, et chargé Pierre Roose, président du Conseil privé, qui se trouvait alors à Madrid, de contrecarrer ces messieurs lorsqu’il serait de retour à Bruxelles, et de dissoudre l’Assemblée. Dès lors le gouvernement d’Isabelle s’appliqua à contrarier et à faire échouer tout ce que tentaient les États; leurs demandes restaient sans réponse, leurs résolutions sans effet, et ils ne disposaient d’aucune force pour se faire obéir. Ils avaient demandé au roi l’autorisation de conclure en leur propre nom la paix avec la Hollande ; ils ne reçurent point de réponse, et leurs envoyés restèrent des mois à La Haye, sans pouvoir rien faire. Le 12 novembre 1633, ils résolurent d’envoyer deux des leurs, l’évêque d’Ypres et le duc d’Aerschot à Madrid, pour demander à Philippe l’autorisation de conclure en leur propre nom une trêve avec la Hollande. L’évêque renonça au voyage, et le duc partit seul à la mi-novembre. Avant qu’il arrivât à Madrid, l’infante mourut, le 2 décembre 1633. Il apprit cette nouvelle à Irun, sur la frontière d'Espagne, et hésita s’il poursuivrait son voyage, où s’il retournerait à Bruxelles, pour siéger dans le Conseil de Régence, dont la défunte l’avait nommé membre. Il jugea que sa présence serait plus utile à Madrid qu’à Bruxelles, et, pour son malheur, poursuivit sa route vers la capitale, où il arriva le 26 décembre.

Là commença pour lui la plus triste aventure qui ait signalé ces troubles peu sanglants et cet imbroglio peu sérieux ; le roi ne tenait pas à la visite du duc d’Aerschot, que l’infante avait engagé à se rendre à Madrid pour se débarrasser du chef de l’opposition présente et future. Il importe, écrivait-elle à son neveu, de recevoir le duc le plus courtoisement possible, et de le garder là-bas le plus longtemps que vous pourrez, car si réellement il a pris part au complot, comme Gerbier se déclare prêt à le prouver, il sera bon de l’avoir sous la main. »

Qu’est-ce que Gerbier avait promis de prouver ? Au début de la conspiration des nobles, l’agent secret qui représentait alors le roi d’Angleterre à Bruxelles, avait fait miroiter à leurs yeux l’appui de son maître, et c’était chez lui que Henri de Bergh s’était abouché avec ses partisans. Il connaissait donc leurs plans. Flatté d’être en relations avec les notables du pays, et né pour l’intrigue, il espérait peut-être arriver à jouer un rôle important et pêcher avec profit dans une eau qu’il aidait lui-même à troubler, car il n’avait pas de fortune, était mal payé et aimait à vivre largement. Lorsqu’il devint manifeste que le complot n’aboutirait à rien de sérieux, il songea à tirer parti de ce qu’il savait. Il en voulait d’ailleurs personnellement au duc d’Aerschot, et se flattait d’avoir trouvé une excellente occasion de satisfaire sa rancune, tout en remplissant ses poches. Lorsque le duc se fut mis en route pour Madrid, Gerbier fit savoir à l’infante que moyennant une bonne récompense, il lui ferait connaître les noms et les plans des conspirateurs de 1632. La princesse promit de lui payer sa délation 20.000 écus et le roi lui promit sa protection particulière pour l’avenir. Le honteux marché fut conclu, le traître reçut son salaire, et communiqua son secret au secrétaire d’état François Galeratta, qui à son tour en fit part au père Philippe, capucin. Celui-ci partit le 22 ou le 23 novembre 1633 pour Madrid pour y porter la nouvelle, et arriva quelques jours avant le duc d’Aerschot.

Ayant pris connaissance des révélations de Gerbier, le Conseil d’État y attacha d’abord

FIN DES NÉGOCIATIONS

peu d'importance, d’autant plus que l’entreprise avait complètement échoué et que tout danger avait disparu. Mais bientôt arrivèrent des plaintes du marquis d’Aytona et des révélations d’autres personnes, qui rendirent le duc de plus en plus suspect. Le roi était peu disposé à le condamner. Il le reçut le 15 avril 1634 et lui conseilla de dire la vérité, lui promettant sa grâce s’il se repentait, et jurait fidélité pour l’avenir. Le duc d’Aerschot qui, en réalité, ne s’était pas joint aux conspirateurs, et avait plutôt contribué à faire avorter leurs projets qu’à les seconder, mais avait été en rapports avec eux, et connaissait leurs plans, eut la malheureuse inspiration de prétendre qu’il ne savait rien que par ouï-dire. Le roi et ses ministres insistèrent pour qu’il fît des aveux plus complets ; il raconta alors par pièces et morceaux une partie de ce qu’il savait. Irrité de ce manque de sincérité, le roi ordonna une enquête et fit mettre le duc eu prison. Le procès du malheureux et présomptueux gentilhomme ne paraît pas avoir été instruit, mais il ne recouvra jamais la liberté. Il mourut le 24 septembre 1640 dans la forteresse de Pinto.

Nous sommes heureux de pouvoir affirmer que Rubens ne prit aucune part directe ou indirecte à la félonie de son ami Oerbier. Le 16 juin 1634, il alla à Bruxelles, pour discuter avec le marquis d’Aytona le projet de fortifier les digues aux environs d’Anvers, question au sujet de laquelle il écrivit également à Olivarez. A cette occasion, il montra à Gerbier un procèsverbal de l’interrogatoire du duc d’Aerschot, où celui-ci accusait l’envoyé anglais d’avoir fomenté le complot contre le roi d’Espagne. Gerbier nia tout, et Rubens paraît l’avoir cru, de sorte qu’il ne sut jamais quel vil coquin il avait eu pour ami. Gerbier sut si bien cacher sa trahison, que durant des années encore il resta dans nos provinces le chargé d’affaires du roi d’Angleterre. A la cour de Bruxelles, on eût bien voulu se débarrasser de ce misérable, et l’on demanda au roi de le rappeler. Mais il plaida si bien sa cause, qu’il garda son emploi jusqu’en 1641. Ensuite il retourna à Londres, où au mois de juin de cette année, il fut mêlé à un procès contre lord Cottington qu’il accusait d’avoir trahi des secrets d’état. Il perdit son procès en même temps que sa charge. Mais jusqu’aux derniers temps de son séjour à Bruxelles, il jouit de la confiance du roi. Nous avons raconté ailleurs la suite de ses aventures.

Dans nos provinces, les évènements suivaient leur cours à travers des vicissitudes peu réjouissantes. Il n’était plus question d’insurrection. Les députés bruxellois passèrent un an à La Haye, à attendre et à discuter, puis s’en revinrent sans avoir rien conclu. Les États furent dissous le 5 juillet 1634 et ne furent plus convoqués ni par le gouvernement espagnol, ni plus tard par le gouvernement autrichien. En 1635, la guerre entre les Pays-Bas du nord et ceux du sud prit une autre tournure. Le 8 février, le roi de France avait conclu un traité avec les Provinces- Unies, pour attaquer de concert les Pays-Bas espagnols, projet caressé depuis longtemps par Richelieu. Le 19 mai suivant, la guerre fut déclarée, et le pays envahi. Mais il y avait alors à la tête du gouvernement et des armées un homme doué de talents militaires, le cardinal-infant Ferdinand, frère de Philippe IV. Il infligea de rudes défaites aux alliés, qui virent s’évanouir leurs brillantes espérances. Ils ne renoncèrent pas pour cela à leurs plans. La guerre dura encore de longues années, épuisant le pays, anéantissant les restes de sa prospérité passée,

L’HISTOIRE DE HENRI IV

tarissant les sources de sa régénération future. Ce ne fut qu’en 1648 que la paix de Munster mit fin aux hostilités en sacrifiant notre malheureuse patrie.

L’histoire de Henri IV. — La brouille de Louis XIII et de Marie de Médicis, et la fuite de celle-ci, eurent des conséquences malheureuses pour Rubens et pour l’art. Comme nous l’avons dit, l’artiste avait entrepris de peindre non seulement la vie de la reine-mère, mais aussi celle de son époux, Henri IV. Cette seconde série de tableaux devait décorer une galerie, pareille à celle où était placée la première et située à gauche de la cour intérieure du nouveau Luxembourg. Rubens avait stipulé pour ces deux grands travaux un prix total de 20.000 écus, qui lui avait été accordé en février 1622. Il se proposait de commencer les peintures de la seconde galerie immédiatement après le placement de celles de la première, et pendant son dernier séjour à Paris, en mai 1625, il avait fait par écrit un programme de cet ouvrage et l’avait envoyé au cardinal de Richelieu. Mais le ministre avait les mains si pleines d’affaires d’état, qu’il ne put prendre connaissance du projet ; Rubens partit donc sans que rien eût été décidé. Il comptait que le cardinal et l’abbé de Saint-Ambroise lui feraient connaître plus tard leurs intentions. Le 12 février 1626, on ne s’était pas encore occupé de la question à Paris, et Rubens craignit qu’en dépit de la convention conclue avec lui, on ne chargeât du travail un artiste étranger. Deux ans après, en janvier 1628, il avait commencé à faire les dessins. Il se faisait à bon droit une haute idée de ce travail. « Le sujet est si étendu et si grandiose, écrivait-il le 13 » mai 1625 à Peiresc, qu’il y a de quoi décorer dix galeries, » et le 27 janvier 1628, il écrivait à Pierre Dupuy que cette seconde série lui réussirait mieux que la première, le sujet étant plus heureux.

Un an se passe alors sans que nous apprenions rien de nouveau au sujet de la galerie de Henri IV ; en 1629, il est question de confier le travail à un peintre italien. Le 22 avril, Richelieu écrit à Marie de Médicis : « Madame, j’ai creu que votre Majesté n’auroit pas désagréable » que je luy dise que j’estime qu'il seroit à propos qu’elle fît peindre la galerie de son palais par Josepin (d’Arpino) qui ne désire que d’avoir l’honneur de la servir et d’entreprendre » et parachever cet ouvrage pour le prix que Rubens a eu de l’autre galerie qu’il a peinte. Rubens était alors en Espagne et le cardinal savait bien qu’il n’y travaillait pas dans l’intérêt de la France. Il trouvait naturel de ne pas confier à un ennemi de son pays, la décoration d’un des palais royaux. La reine-mère doit avoir abondé dans le même sens, car elle s’adressa au cardinal Spada pour lui demander si Guido Reni ne pourrait venir à Paris peindre la seconde galerie ; elle l’informa en même temps qu’on faisait la même demande à Josepino. Le cardinal

répondit que Guido Reni ne pouvait quitter Bologne, que Josepino était trop vieux et pour

conclure, il conseillait de confier le travail au Guerchin.

De ces trois peintres, celui que Richelieu avait recommandé était évidemment le plus médiocre. Le Josépin (Giuseppe Cesari) ou le Cavalier d’Arpino, comme on l’appelait communément, était un de ces artistes très habiles à manier le pinceau, qui ont rampli les

palais et les églises de Rome de tant de peintures d’histoire, où se montre une certaine

dextérité, mais aucun mérite supérieur. Guido Réni et le Guerchin avaient bien plus

L’HISTOIRE DE HENRI IV

de talent et de renom ; c’étaient les plus distingués des artistes de cette dernière période de la renaissance italienne. Le premier avait de la grâce sans vigueur; le second de la vigueur sans grâce. Ni l’un ni l’autre ne pouvaient se comparer à Rubens. Les propositions des deux cardinaux restèrent sans résultat ; Marie de Médicis ne chercha plus au-delà des Alpes ; Rubens resta chargé du travail, et en 1630, à son retour d’Angleterre, il se mit sérieusement à l’œuvre. En octobre et novembre, il se plaignit à Dupuy qu’on eût raccourci ses tableaux de deux pieds en hauteur, et agrandi les portes, après qu’il eût commencé de peindre sur d’autres mesures.

Henri IV saisissant l’Occasion par les cheveux pour conclure la I’aix Esquisse (Galerie Liechtenstein, Vienne).

Il avait déjà mené loin quelques-unes des compositions, entre autres YEntrée triomphale du Roi, et il demandait qu’on lui accordât au moins un demi pied de plus en hauteur, pour ne pas le forcer de couper la tête au roi sur son char. Ces difficultés n’étaient pas encore aplanies le 27 mars 1631 ; mais Rubens cesse de s’en plaindre, et même s’en félicite, tout ce qu’il avait peint de V Histoire de Henri IV étant peine perdue. En effet, la reine-mère se trouvait alors exilée sous bonne garde à Compïègne, et devait passer la frontière peu de mois après, disant pour toujours adieu à la France.

La galerie de Henri IV aurait sans doute compté 24 tableaux, dont trois beaucoup plus grands que les autres. Rubens s’occupa d’abord de ceux-ci. Il acheva à moitié deux de ces trois tableaux, qui figuraient au nombre des six trouvés dans sa succession. La Victoire d'ivry

L HISTOIRE DE HENRI IV

et \' Entrée triomphale à Paris, deux immenses toiles, se trouvent aux Uffizi à Florence. En outre, Rubens avait ébauché d’autres tableaux à personnages de grandeur naturelle. D’après le catalogue des œuvres d’art laissées par lui, il y avait à son décès dans son atelier « Six » grandes pièces imparfaictes, contenans des sièges des villes, batailles et triumphes de Henry » quatriesme, roy de France, qui sont commencées depuis quelques années pour la Galerie » de l’hostel du Luxembourg, de la reyne-mère de France. »

Quel malheur que Rubens n’ait pu achever cet ouvrage ! II était arrivé à sa pleine maturité, sans avoir rien perdu de sa puissance créatrice, et son coloris avait beaucoup gagné en délicatesse et en vigueur. Il s’était pris d’amour pour cet ouvrage, dont le sujet était infiniment plus attrayant que Y Histoire de Marie de Médicis. Cette femme n’avait jamais rien fait de grand. Les épisodes de sa vie ne pouvaient fournir que des tableaux de parade agréables à l’œil, mais incapables d’émouvoir. Henri IV au contraire est une des plus grandes figures des temps modernes ; vaillant guerrier et sage législateur, il eut une carrière mouvementée aboutissant à une fin tragique. Son nom, ses actions d’éclat, sa mort violente avaient rempli, durant trente ans, l’Europe entière. Pendant sa jeunesse et au début de son âge viril, Rubens avait entendu cent fois parler de ses batailles, de ses victoires, de sa magnanimité, de l’amour qu’avait pour lui son peuple, et il voulait donner l’immortalité à cette grande figure, à ces actions glorieuses. La tâche lui souriait et il ne l’entreprit pas suivant l’ordre chronologique, mais en prenant au milieu de la série les faits les plus saisissants : la Bataille d'Ivry, la plus importante des victoires du roi ; la Prise de Paris, la plus ardue de ses entreprises et son Entrée triomphale dans la capitale, le plus beau jour de sa vie.

Les tableaux à demi achevés des Uffizi de Florence, nous permettent de juger à peu près ce qu’auraient été la Bataille d'Ivry et Y Entrée à Paris. Le premier (Œuvre. N° 757) nous montre la lutte arrivée à son paroxysme. Henri IV s’est jeté dans la mêlée ; l’épée à la main, il attaque le comte d’Egmont, chef des auxiliaires espagnols. Un officier français, placé au centre de la composition, porte un coup mortel au général espagnol. C’est un groupe superbe que celui de ces trois hommes qui s’enlacent dans une lutte à mort. Les chevaux furieux prennent part au combat; plus enragés que leurs maîtres, ils se jettent les uns sur les autres et cherchent à se déchirer. Un cavalier tombé avec son cheval, est foulé aux pieds par les combattants. A droite, derrière le roi, arrivent deux soldats à pied et un porte-étendard à cheval ; plus loin, on voit un groupe de soldats qui se battent ; sur le sol gît un cadavre. A droite, un groupe confus de cavaliers se disputent un drapeau. De ce côté aussi un cavalier et son cheval sont étendus morts sur le sol. Dans les airs planent Bellone et une Furie.

La lumière tombe en plein sur le groupe central, faisant ressortir le cheval blanc d’Egmont et étinceler l’armure de Henri IV ; le côté droit est plongé dans une ombre vigoureuse ; l’horizon est fermé par des nuages et par la fumée qui monte à flots au-dessus des combattants. Le combat se livre non seulement entre les hommes, mais aussi entre l’ombre et la lumière, et la victoire reste à celle-ci. Cette lutte n’est qu’indiquée. Il n’est pas douteux que si cette puissante composition eût été achevée, elle n’eût pris place au premier rang des œuvres de Rubens. Unité de plan, puissance dramatique de l’action, hardiesse dans le mouvement, opposition de lumière, simplicité du sujet, grandeur et puissance de l’exécution, voilà ce

L’HISTOIRE DE HENRI IV

que nous admirons déjà dans cette rapide ébauche ; quelle œuvre maîtresse si elle eût pu être achevée !

L 'Entrée triomphale est plus belle encore (Œuvre. N° 759). Ici aussi Henri IV est le centre de l’action, mais celle-ci est d’une nature toute différente. Ce n’est plus l’ardeur de la lutte, mais la joie du triomphe. Là, c’était la fumée de la poudre et l’affreux spectacle des morts et des mourants ; ici c’est la fumée de l’encens, les fanfares des clairons, les clameurs joyeuses des guerriers victorieux et de la foule enthousiaste. Le héros est debout sur un char romain, une palme dans sa droite levée vers le ciel ; il regarde fixement devant lui, pâle d’émotion et immobile comme si l’excès du bonheur le rendait étranger à toute cette animation ; il a la majesté d’un être supérieur, seul immobile au milieu de toute cette vie, de tout ce mouvement. A côté du char, marchent des trompettes et des joueurs de flûte, des porte-étendards et des porteurs de trophées; de l’autre côté, on devine la foule tumultueuse; à terre sont assis des hommes, des femmes et des enfants, qui contemplent ce spectacle émouvant ; le groupe de gauche, composé d’une vieille femme, d’une mère et d’un enfant, rappelle celui du volet de gauche de Y Erection de la Croix. Derrière, marchent les prisonniers, tristes gages de la victoire. Dans les airs, planent des figures symboliques qui apportent des couronnes et des lauriers. Les deux chevaux blancs qui traînent le char, vont passer sous l’arc de triomphe, élevé à l’angle de la rue. Tout est joie, animation, tout marche, tout vole, tout vibre d’une vie intense.

La scène est traitée dans le goût classique, le char, les armures, les trophées, la musique, les prisonniers, tout rappelle les triomphes de la Rome antique et la peinture, tracée par Mantegna, de l’entrée de César dans la ville éternelle; mais ici le mouvement est plus libre, la joie plus enthousiaste, les figures plus puissantes et la lumière plus vive. Le tableau rappelle également un des Triomphes du saint Sacrement, la Victoire sur F Ignorance, où l’on voit la même animation, le même élan autour de la figure symbolique qui trône dans un calme solennel. Mais Henri IV vainqueur a quelque chose de plus élevé; son entourage, plus pressé, s’avance d’un allure plus impétueuse. Dans l’œuvre de Rubens, il n’y a pas un autre tableau où son puissant génie ait conçu et traduit avec plus de simplicité tout un monde de sentiments et d’actions, sans nuire à l’impression générale que doit produire une foule tumultueuse et bruyante.

Le Triomphe de Henri IV est bien plus achevé que la Bataille d'Ivry. Dans cette dernière, la plus grande partie des scènes s’efface dans un ton neutre comme dans un brouillard, d’où ne surgit distinctement qu’un seul des groupes du centre. Dans le Triomphe, toutes les couleurs sont marquées, tous les effets obtenus : pour mettre tout en harmonie, il ne manquait plus qu’une dernière touche. Les deux tableaux sont extrêmement intéressants comme témoignage de la manière dont Rubens travaillait. Il trace d’abord en couleurs ternes les grandes lignes de sa composition, mais ces indications sont justes dès l’abord. Dans la Bataille d'Ivry, Henri IV est un portrait, les mouvements des chevaux sont irréprochables, les rouges vifs sont marqués en quelques endroits par des tons relativement faibles, le grand effet d’ombre et de lumière au centre, est précisé ; de même que les dégradations de la lumière qui s’affaiblit plus à gauche qu’à droite. Des deux côtés, les groupes de combattants sont soigneusement indiqués avec leur couleur et leur éclairage. Les parties les moins finies, les génies, qui tiennent une palme et

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une couronne et planent au-dessus de la tête du roi, sont dessinés au pinceau en grisaille. Dans tout le tableau, le peintre s’est attachés urtout à produire un saisissant effet de lumière et c’est ce but qu’il a poursuivi depuis l’instant où il a mis la première touche de couleur sur la toile.

Nous connaissons les esquisses de ces deux grandes compositions. Celle de la Bataille d'Ivry appartient au peintre Bonnat de Paris. Il existe plusieurs esquisses de Y Entrée triomphale, deux en grisaille et une troisième en couleur ; cette dernière fait partie de la collection Wallace de Londres et s’écarte beaucoup de la composition du grand tableau de Florence.

Le troisième grand tableau de l’histoire de Henri IV, c’est la Prise de Paris, que nous ne connaissons que par une esquisse appartenant au Musée de Berlin (Œuvre. N° 758). La lutte est terminée. Du haut d’un pont, on jette les cadavres des vaincus à la Seine. A gauche, le roi Henri la couronne sur la tête, le sceptre à la main, reçoit les clefs que lui offre la pucelle de Paris. Derrière lui, on voit des musiciens et des soldats, au milieu desquels se tient un porte-étendard qui foule aux pieds la Discorde. Sous le pont, on en voit un autre en perspective. Au-delà, s’élèvent les maisons de la ville. Toutes les parties du sujet sont légèrement indiquées ; le pont et les cadavres qu’on jette à l’eau sont traités en grisaille ; dans le groupe du roi et de sa suite, on distingue la couleur des armures et les reflets qui se jouent sur l’acier; la tache rouge clair d’un manteau, le rouge foncé d’un haut-de-chausse, deux taches lumineuses sur les cadavres, des teintes roses sur les vivants et des reflets de lumière dans le ciel ; voilà toute la couleur qu’on relève sur ce premier jet du tableau.

Il existe aussi des esquisses de quelques-unes des petites compositions, entre-autre de la Naissance de Henri (Œuvre. N° 755) et de son Mariage avec Marie de Médicis, (Œuvre. N° 762), dont l’une ouvrait et l’autre fermait la série. Dans la première, on voit la ville de Pau, tenant sur ses genoux le nouveau-né, qui sera un jour roi de France. Mars, un trophée d’armes à la main, lui remet un glaive enflammé. Au-dessus, on voit un des signes du Zodiaque, le Sagittaire, qui correspond à décembre, mois où naquit le roi. Dans les airs, planent trois petits génies portant un bouclier et une lance. Dans le fond, on voit le château, au premier plan, le dieu du fleuve, couché dans les roseaux. Dans le Mariage de Henri IV avec Marie de Médicis, le roi, couronné de lauriers, entoure de l’un de ses bras la taille de sa fiancée, de l’autre main, il tient une palme. Il conduit la reine à l’autel en la carressant d’un regard amoureux. Entre eux, plane le génie de l’hyménée, un flambeau allumé à la main ; dans les airs, voltigent trois petits amours. Ces deux esquisses, qui se trouvaient vers 1774, dans la collection Schorel à Anvers et qui furent alors gravées par Martenasie, appartiennent aujourd'hui au Musée Wallace, à Londres.

Nous connaissons encore deux esquisses, qui se trouvent dans la galerie du prince Liechtenstein, et représentent des sujets tirés de Y Histoire de Henri IV. Elles forment à elles deux une composition bizarrement divisée : la partie supérieure représente un sujet historique, la partie inférieure, une allégorie. Il est probable qu’elles ont été faites pour des tableaux de la galerie de Henri IV, mais il est étrange que Rubens s’y soit écarté à ce point de la manière dont il a traité les autres sujets. La première esquisse (Œuvre. N° 756) représente dans sa partie supérieure un combat sur un pont. Dans la partie inférieure, complètement séparée du reste, on

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voit deux figures allégoriques : la Valeur Guerrière, le torse nu, le casque en tête, un glaive à la ceinture, le pied sur le cou d’un lion endormi, et à gauche, une figure qui symbolise probablement la Victoire, la tête couronnée de lauriers, et tenant d’une main un bâton de commandement, de l'autre, une corne d’abondance. Le catalogue de la Galerie Liechtenstein, appelle cette peinture « Horatius Codés défendant le pont ; » mais un cartouche placé dans la partie supérieure, porte une inscription, dont les deux premiers mots bataille de sont lisiblement écrits et dont le troisième et dernier mot paraît devoir se lire Coustra. C’est probablement la bataille de Coutras, une des victoires de Henri IV.

La Bataille d’Ivry (Uffizi, Florence).

La seconde esquisse de la Galerie Liechtenstein (Œuvre. N° 761), dont le duc d’Arenberg à Bruxelles possède un projet plus sommaire est comme la première en grisaille rehaussée d’un peu de bleu. La partie supérieure représente Henri IV conduit par Minerve et s’avançant pour saisir une femme nue par une boucle de cheveux, qui lui pend sur le front. Cette femme est accompagnée de deux figures allégoriques, le Temps et la Paix. L’artiste a sans doute voulu représenter Henri IV saisissant l’occasion aux cheveux pour conclure la paix. Dans le bas, on voit une figure allégorique nue, au regard perçant, une massue d’une main, un serpent de l’autre. C’est probablement la Prudence prête à agir au moment propice. La partie supérieure est figurée sur une tapisserie suspendue et cette circonstance, jointe à la disposition générale fait présumer que Rubens s’est proposé de peindre des cartons destinés à être reproduits en tapisseries. Peut-être avait-il reçu l’ordre ou conçu le projet de représenter de cette façon l’histoire de Henri IV et les deux esquisses appartiennent-elles à cette série inachevée.

L'HISTOIRE DF HENRI IV

La Galerie Liechtenstein possède aussi une esquisse représentant une femme assise au milieu d’un champ de bataille entre deux cadavres et plongée dans de tristes réflexions. Cette figure est si bien en harmonie avec les allégories de la partie inférieure des deux esquisses précédentes qu’elle nous paraît appartenir à Y Histoire de Henri IV.

La vente Burtin (Bruxelles, 1819) comprenait une petite esquisse (H. 22, L. 16 cm.) appartenant à la même série (Œuvre. N° 760) et ainsi décrite au catalogue: « Le génie de la France apporte la couronne à Henri IV. Le génie de la Paix et de l’Union écarte de lui l'Hypocrisie

L’Entrée triomphale de Henri IV a Paris (Uffizi, Florence).

» et la Discorde. Un page tient son casque et un chien l’accompagne, comme symbole de la » Fidélité. La scène se passe sous un dais, dans un palais d’une belle architecture. »

Le sujet de l'une des esquisses de la Galerie Liechtenstein a été traité par Rubens dans un tableau séparé, qu’on a supposé à tort faire partie de la suite destinée au Luxembourg. En 1897, il appartenait à M. Miethke, marchand de tableaux à Vienne. Il représente un guerrier cuirassé, portant au bras un bouclier à tête de Méduse, et se penchant vers l’Occasion, figurée par une femme nue, pour la saisir par une mèche de cheveux, que lui présente Minerve. L'ancien catalogue de la Galerie de Sans-Souci décrit une composition semblable ; on en voit un dessin au Musée de Weimar. Les principaux personnages sont les mêmes que ceux de l’esquisse de la Galerie Liechtenstein ; mais la composition et les attitudes sont très différentes. Nous croyons que le tableau est antérieur à l’époque ou Rubens commença de travailler à Y Histoire de Henri IV et qu’il a voulu utiliser pour celle-ci la composition d’un tableau déjà peint.

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